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Soient nn et pp deux entiers naturels non nuls. Pour deux matrices A=(ai,j)∈Mn(K)A = (a_{i,j}) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) et B∈Mp(K)B \in \mathcal{M}_p(\mathbb{K}), on définit le produit de Kronecker A⊗B∈Mnp(K)A \otimes B \in \mathcal{M}_{np}(\mathbb{K}) par la matrice par blocs :

A⊗B=(a1,1B⋯a1,nB⋮⋱⋮an,1B⋯an,nB)A \otimes B = \begin{pmatrix} a_{1,1}B & \cdots & a_{1,n}B
\vdots & \ddots & \vdots
a_{n,1}B & \cdots & a_{n,n}B \end{pmatrix}

  1. Soient A,C∈Mn(K)A, C \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) et B,D∈Mp(K)B, D \in \mathcal{M}_p(\mathbb{K}). Démontrer la relation :
    (A⊗B)(C⊗D)=(AC)⊗(BD)(A \otimes B)(C \otimes D) = (AC) \otimes (BD)
  2. Établir que si AA et BB sont trigonalisables, alors A⊗BA \otimes B est trigonalisable.
  3. On suppose ici que AA et BB sont diagonalisables.
    1. Montrer que A⊗BA \otimes B est diagonalisable.
    2. Déterminer les valeurs propres et les espaces propres de A⊗BA \otimes B à l'aide de ceux de AA et de BB.

  4. On étudie maintenant la réciproque dans le cas où A≠0A \neq 0.
    1. Si AA est diagonalisable et non nulle, montrer que A⊗BA \otimes B est diagonalisable si et seulement si BB l'est.
    2. Si AA n'est pas diagonalisable, montrer que A⊗BA \otimes B est diagonalisable si et seulement si B=0B = 0.

1.

Pour le produit, effectuer un calcul par blocs de la composante (i,j)(i,j) du produit de matrices.

2.

Pour la trigonalisation et la diagonalisation, utiliser les formes réduites A=PTP−1A = PT P^{-1} et B=QSQ−1B = Q S Q^{-1} et exploiter la formule de la question 1.

3.

Pour les éléments propres, considérer des vecteurs de la forme X⊗YX \otimes Y où XX et YY sont des vecteurs colonnes.

4.

Pour la question 4, raisonner sur les polynômes annulateurs ou étudier le cas où AA possède un bloc de Jordan (même sans le nommer).

Idées clés

•

Propriété de distributivité du produit matriciel par blocs.

•

Stabilité de la réduction par produit tensoriel (Kronecker).

•

Construction d'une base de vecteurs propres par produit "tensoriel" des bases.

Résolution.

  1. Notons M=(A⊗B)(C⊗D)M = (A \otimes B)(C \otimes D). Par définition du produit par blocs, le bloc (i,j)(i,j) de MM, noté Mi,jM_{i,j}, est :
    Mi,j=∑k=1n(ai,kB)(ck,jD)=(∑k=1nai,kck,j)BDM_{i,j} = \sum_{k=1}^n (a_{i,k} B)(c_{k,j} D) = \left( \sum_{k=1}^n a_{i,k} c_{k,j} \right) BD
    On reconnaît dans la parenthèse le terme général de la matrice ACAC, noté (AC)i,j(AC)_{i,j}. Ainsi :
    Mi,j=(AC)i,jBDM_{i,j} = (AC)_{i,j} BD
    C'est précisément la définition de la matrice (AC)⊗(BD)(AC) \otimes (BD). Donc :
    (A⊗B)(C⊗D)=(AC)⊗(BD)\boxed{ (A \otimes B)(C \otimes D) = (AC) \otimes (BD) }

  2. Supposons AA et BB trigonalisables sur K\mathbb{K}. Il existe P∈GLn(K)P \in GL_n(\mathbb{K}) et Q∈GLp(K)Q \in GL_p(\mathbb{K}) telles que TA=P−1APT_A = P^{-1}AP et TB=Q−1BQT_B = Q^{-1}BQ soient triangulaires supérieures. En utilisant la propriété précédente de façon répétée :
    (P⊗Q)(TA⊗TB)(P−1⊗Q−1)=(PTAP−1)⊗(QTBQ−1)=A⊗B(P \otimes Q)(T_A \otimes T_B)(P^{-1} \otimes Q^{-1}) = (PT_A P^{-1}) \otimes (QT_B Q^{-1}) = A \otimes B
    Comme (P⊗Q)(P−1⊗Q−1)=In⊗Ip=Inp(P \otimes Q)(P^{-1} \otimes Q^{-1}) = I_n \otimes I_p = I_{np}, la matrice P⊗QP \otimes Q est inversible d'inverse P−1⊗Q−1P^{-1} \otimes Q^{-1}. La matrice TA⊗TBT_A \otimes T_B est une matrice par blocs dont les blocs sous la diagonale sont nuls (car TAT_A est triangulaire). Les blocs diagonaux sont de la forme (TA)i,iTB(T_A)_{i,i} T_B, qui sont eux-mêmes des matrices triangulaires supérieures. Ainsi, TA⊗TBT_A \otimes T_B est triangulaire supérieure, ce qui prouve que A⊗BA \otimes B est trigonalisable.

    1. Si AA et BB sont diagonalisables, on reprend le raisonnement précédent avec DA=P−1APD_A = P^{-1}AP et DB=Q−1BQD_B = Q^{-1}BQ diagonales. La matrice DA⊗DBD_A \otimes D_B est alors une matrice diagonale par blocs dont chaque bloc diagonal est lui-même diagonal.
      A⊗B est diagonalisable.\boxed{ A \otimes B \text{ est diagonalisable.} }

    2. Soient (λ1,…,λn)(\lambda_1, \dots, \lambda_n) les valeurs propres de AA associées à une base de vecteurs propres (X1,…,Xn)(X_1, \dots, X_n), et (μ1,…,μp)(\mu_1, \dots, \mu_p) celles de BB associées à (Y1,…,Yp)(Y_1, \dots, Y_p). D'après la question 1 :
      (A⊗B)(Xi⊗Yj)=(AXi)⊗(BYj)=(λiXi)⊗(μjYj)=λiμj(Xi⊗Yj)(A \otimes B)(X_i \otimes Y_j) = (AX_i) \otimes (BY_j) = (\lambda_i X_i) \otimes (\mu_j Y_j) = \lambda_i \mu_j (X_i \otimes Y_j)
      Les npnp vecteurs (Xi⊗Yj)i,j(X_i \otimes Y_j)_{i,j} forment une base de Knp\mathbb{K}^{np} (ils sont linéairement indépendants par propriété du produit de Kronecker). Spectre : Sp(A⊗B)={λμ∣λ∈Sp(A),μ∈Sp(B)}\text{Sp}(A \otimes B) = \{ \lambda \mu \mid \lambda \in \text{Sp}(A), \mu \in \text{Sp}(B) \}. Espaces propres : Pour tout γ∈Sp(A⊗B)\gamma \in \text{Sp}(A \otimes B),
      Eγ(A⊗B)=⨁λμ=γEλ(A)⊗Eμ(B)\boxed{ E_\gamma(A \otimes B) = \bigoplus_{\lambda \mu = \gamma} E_\lambda(A) \otimes E_\mu(B) }

    1. Supposons A≠0A \neq 0 diagonalisable. Si BB est diagonalisable, alors A⊗BA \otimes B l'est d'après 3.(a). Réciproquement, supposons A⊗BA \otimes B diagonalisable. Comme A≠0A \neq 0, AA possède au moins une valeur propre λ≠0\lambda \neq 0. Soit XX un vecteur propre associé. L'application M∈Mp(K)↦A⊗MM \in \mathcal{M}_p(\mathbb{K}) \mapsto A \otimes M est linéaire. L'espace {X⊗Y∣Y∈Kp}\{ X \otimes Y \mid Y \in \mathbb{K}^p \} est stable par A⊗BA \otimes B et l'endomorphisme induit est semblable à Y↦λBYY \mapsto \lambda B Y. Comme la restriction d'un endomorphisme diagonalisable à un sous-espace stable est diagonalisable, λB\lambda B est diagonalisable. Puisque λ≠0\lambda \neq 0, BB est diagonalisable.

    2. Si B=0B=0, A⊗B=0A \otimes B = 0 est diagonalisable. Supposons AA non diagonalisable et B≠0B \neq 0. Si BB possède une valeur propre μ≠0\mu \neq 0, alors par un argument similaire à ci-dessus, si A⊗BA \otimes B était diagonalisable, AA le serait (en restreignant à un sous-espace lié à un vecteur propre de BB). Si B≠0B \neq 0 n'a que 00 pour valeur propre, alors BB est nilpotente non nulle. Alors A⊗BA \otimes B est nilpotente (car (A⊗B)k=Ak⊗Bk=0(A \otimes B)^k = A^k \otimes B^k = 0 pour kk assez grand). Une matrice nilpotente est diagonalisable si et seulement si elle est nulle. Or A⊗B=0A \otimes B = 0 avec A≠0A \neq 0 et B≠0B \neq 0 est impossible (le produit de Kronecker de deux matrices non nulles est non nul).
      A⊗B diag.   ⟺  B=0\boxed{ A \otimes B \text{ diag. } \iff B = 0 }

Attention à ne pas oublier le cas où l'une des matrices est nulle ou possède 0 pour unique valeur propre dans l'étude de la réciproque.