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Soit nn un entier naturel supérieur ou égal à 22. On note EnE_n l'espace vectoriel des fonctions de Z2\mathbb{Z}^2 dans C\mathbb{C} qui sont nn-périodiques par rapport à chacune de leurs deux variables. On munit cet espace de sa structure naturelle de C\mathbb{C}-espace vectoriel.

Pour tout couple (p,q)∈Z2(p, q) \in \mathbb{Z}^2, on définit les opérateurs de translation T1T_1 et T2T_2 par :

∀u∈En,T1(u)(p,q)=u(p+1,q)etT2(u)(p,q)=u(p,q+1)\forall u \in E_n,   T_1(u)(p, q) = u(p+1, q)   \text{et}   T_2(u)(p, q) = u(p, q+1)

On considère enfin l'opérateur "laplacien discret" Δn\Delta_n défini sur EnE_n par :

∀u∈En,Δn(u)(p,q)=4u(p,q)−u(p+1,q)−u(p−1,q)−u(p,q+1)−u(p,q−1)\forall u \in E_n,   \Delta_n(u)(p, q) = 4 u(p, q) - u(p+1, q) - u(p-1, q) - u(p, q+1) - u(p, q-1)

  1. Structure de l'espace et des translations
    1. Déterminer la dimension de EnE_n.
    2. Montrer que T1T_1 et T2T_2 sont des endomorphismes de EnE_n qui commutent.
    3. Étudier la diagonalisabilité de T1T_1 et T2T_2. Sont-ils simultanément diagonalisables ?

  2. Diagonalisation du laplacien
    1. Exhiber une base de EnE_n constituée de vecteurs propres communs à T1T_1 et T2T_2.
    2. En déduire que Δn\Delta_n est diagonalisable et déterminer ses valeurs propres.
    3. Montrer que 00 est une valeur propre de Δn\Delta_n. Quel est son ordre de multiplicité ?

  3. Comportement asymptotique du polynôme caractéristique Soit PnP_n le polynôme caractéristique de Δn\Delta_n.
    1. Justifier que Pn′(0)=−∏λ∈Sp(Δn)∖{0}λP_n'(0) = - \prod_{\lambda \in \text{Sp}(\Delta_n) \setminus \{0\}} \lambda.
    2. Donner un équivalent de ln⁡(∣Pn′(0)∣)\ln\left(|P_n'(0)|\right) lorsque n→+∞n \to +\infty.

1.

Pour la dimension, identifier EnE_n à l'espace des fonctions sur (Z/nZ)2(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})^2.

2.

Pour la base propre, chercher des fonctions de la forme fr,s(p,q)=ωrpζsqf_{r,s}(p,q) = \omega^{rp} \zeta^{sq} avec ω,ζ\omega, \zeta des racines nn-ièmes de l'unité.

3.

Remarquer que Δn=4I−T1−T1−1−T2−T2−1\Delta_n = 4 I - T_1 - T_1^{-1} - T_2 - T_2^{-1}.

4.

Pour l'équivalent, utiliser les sommes de Riemann et la formule ∏k=0n−1(x−e2ikπ/n)=xn−1\prod_{k=0}^{n-1} (x - e^{2ik\pi/n}) = x^n - 1.

Idées clés

•

Utilisation de la structure de groupe abélien de (Z/nZ)2(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})^2 pour la diagonalisation (caractères).

•

Codiagonalisation d'endomorphismes qui commutent.

•

Lien entre P′(0)P'(0) et le produit des valeurs propres non nulles pour une racine simple.

•

Transformation de produits en sommes (logarithme) pour exploiter la convergence de Riemann.

1. Structure de l'espace et des translations

  1. Une fonction u∈Enu \in E_n est entièrement déterminée par ses valeurs sur le domaine [∣0,n−1∣]2[|0, n-1|]^2. Il existe donc un isomorphisme évident entre EnE_n et Cn2\mathbb{C}^{n^2}.
    dim⁡En=n2\boxed{\dim E_n = n^2}

  2. La linéarité de T1T_1 et T2T_2 est immédiate par définition des opérations sur les fonctions. La nn-périodicité est préservée par translation. De plus, pour tout u∈Enu \in E_n et (p,q)∈Z2(p,q) \in \mathbb{Z}^2 :
    T1(T2(u))(p,q)=T2(u)(p+1,q)=u(p+1,q+1)T_1(T_2(u))(p,q) = T_2(u)(p+1,q) = u(p+1,q+1)
    T2(T1(u))(p,q)=T1(u)(p,q+1)=u(p+1,q+1)T_2(T_1(u))(p,q) = T_1(u)(p,q+1) = u(p+1,q+1)
    On a donc bien T1∘T2=T2∘T1T_1 \circ T_2 = T_2 \circ T_1.

  3. On remarque que T1n=IdEnT_1^n = \text{Id}_{E_n} et T2n=IdEnT_2^n = \text{Id}_{E_n}. Le polynôme Xn−1X^n - 1 est un polynôme annulateur pour T1T_1 et T2T_2. Comme ce polynôme est scindé à racines simples sur C\mathbb{C}, T1T_1 et T2T_2 sont diagonalisables. Puisqu'ils sont diagonalisables et qu'ils commutent, ils sont simultanément diagonalisables.

2. Diagonalisation du laplacien

  1. Soit ω=e2iπ/n\omega = e^{2i\pi/n}. Pour (r,s)∈[∣0,n−1∣]2(r,s) \in [|0, n-1|]^2, définissons fr,s:(p,q)↦ωrp+sqf_{r,s} : (p,q) \mapsto \omega^{rp + sq}. On vérifie aisément que T1(fr,s)=ωrfr,sT_1(f_{r,s}) = \omega^r f_{r,s} et T2(fr,s)=ωsfr,sT_2(f_{r,s}) = \omega^s f_{r,s}. La famille (fr,s)0≤r,s<n(f_{r,s})_{0 \leq r,s < n} est constituée de n2n^2 vecteurs propres. On montre qu'elle est libre (par exemple via le produit scalaire hermitien canonique sur EnE_n), c'est donc une base de EnE_n.

  2. On observe que Δn=4Id−T1−T1−1−T2−T2−1\Delta_n = 4 \text{Id} - T_1 - T_1^{-1} - T_2 - T_2^{-1}. Comme chaque fr,sf_{r,s} est propre pour T1T_1 et T2T_2, il l'est aussi pour Δn\Delta_n. La valeur propre associée à fr,sf_{r,s} est :
    λr,s=4−ωr−ω−r−ωs−ω−s\lambda_{r,s} = 4 - \omega^r - \omega^{-r} - \omega^s - \omega^{-s}
    En utilisant ωk+ω−k=2cos⁡(2kπ/n)\omega^k + \omega^{-k} = 2\cos(2k\pi/n), on obtient :
    λr,s=4−2cos⁡(2rπn)−2cos⁡(2sπn)=4(sin⁡2rπn+sin⁡2sπn)\boxed{\lambda_{r,s} = 4 - 2\cos\left(\frac{2r\pi}{n}\right) - 2\cos\left(\frac{2s\pi}{n}\right) = 4\left(\sin^2\frac{r\pi}{n} + \sin^2\frac{s\pi}{n}\right)}

  3. λr,s=0\lambda_{r,s} = 0 si et seulement si sin⁡(rπ/n)=0\sin(r\pi/n) = 0 et sin⁡(sπ/n)=0\sin(s\pi/n) = 0. Pour r,s∈[∣0,n−1∣]r,s \in [|0, n-1|], cela impose r=0r=0 et s=0s=0. L'espace propre associé à la valeur propre 00 est donc de dimension 11 (engendré par les fonctions constantes).
    0 est une valeur propre simple de Δn\boxed{0 \text{ est une valeur propre simple de } \Delta_n}

3. Comportement asymptotique

  1. Le polynôme caractéristique est Pn(X)=∏r,s(X−λr,s)P_n(X) = \prod_{r,s} (X - \lambda_{r,s}). En dérivant : Pn′(X)=∑j,k∏(r,s)≠(j,k)(X−λr,s)P_n'(X) = \sum_{j,k} \prod_{(r,s) \neq (j,k)} (X - \lambda_{r,s}). En X=0X=0, seul le terme correspondant à la valeur propre nulle (λ0,0=0\lambda_{0,0}=0) est non nul.
    Pn′(0)=∏(r,s)≠(0,0)(−λr,s)=(−1)n2−1∏(r,s)≠(0,0)λr,s\boxed{P_n'(0) = \prod_{(r,s) \neq (0,0)} (-\lambda_{r,s}) = (-1)^{n^2-1} \prod_{(r,s) \neq (0,0)} \lambda_{r,s}}

  2. On cherche ln⁡∣Pn′(0)∣=∑(r,s)≠(0,0)ln⁡(λr,s)\ln |P_n'(0)| = \sum_{(r,s) \neq (0,0)} \ln(\lambda_{r,s}). Posons An=∏(r,s)≠(0,0)λr,sA_n = \prod_{(r,s) \neq (0,0)} \lambda_{r,s}. Soit xr=4−2cos⁡(2rπ/n)x_r = 4 - 2\cos(2r\pi/n). On a An=(∏s=1n−1λ0,s)×∏r=1n−1(∏s=0n−1(xr−2cos⁡(2sπ/n)))A_n = \left(\prod_{s=1}^{n-1} \lambda_{0,s}\right) \times \prod_{r=1}^{n-1} \left(\prod_{s=0}^{n-1} (x_r - 2\cos(2s\pi/n))\right). Utilisons l'identité ∏s=0n−1(2cosh⁡θ−2cos⁡(2sπ/n))=2cosh⁡(nθ)−2\prod_{s=0}^{n-1} (2\cosh \theta - 2\cos(2s\pi/n)) = 2\cosh(n\theta) - 2. Pour chaque r∈[∣1,n−1∣]r \in [|1, n-1|], on pose 2cosh⁡θr=xr=4−2cos⁡(2rπ/n)2\cosh \theta_r = x_r = 4 - 2\cos(2r\pi/n). Alors ∏s=0n−1(xr−2cos⁡(2sπ/n))=(enθr/2−e−nθr/2)2∼enθr\prod_{s=0}^{n-1} (x_r - 2\cos(2s\pi/n)) = (e^{n\theta_r/2} - e^{-n\theta_r/2})^2 \sim e^{n\theta_r} (si θr>0\theta_r > 0). Par ailleurs, ∏s=1n−1λ0,s=∏s=1n−1(2−2cos⁡(2sπ/n))=n2\prod_{s=1}^{n-1} \lambda_{0,s} = \prod_{s=1}^{n-1} (2 - 2\cos(2s\pi/n)) = n^2. Ainsi, ln⁡An∼n∑r=1n−1θr\ln A_n \sim n \sum_{r=1}^{n-1} \theta_r. La somme est une somme de Riemann pour l'intégrale :
    I=12π∫02πargcosh(2−cos⁡t) dtI = \frac{1}{2\pi} \int_0^{2\pi} \text{argcosh}\left(2 - \cos t\right)   dt
    On obtient finalement un équivalent de la forme C⋅n2C \cdot n^2.
    ln⁡∣Pn′(0)∣∼n22π∫02πln⁡(g(t))dt\boxed{\ln |P_n'(0)| \sim \frac{n^2}{2\pi} \int_{0}^{2\pi} \ln\left(g(t)\right) dt}
    où g(t)g(t) est la solution >1>1 de g(t)+1/g(t)=4−2cos⁡tg(t) + 1/g(t) = 4 - 2\cos t.

Attention à la multiplicité de la valeur propre 00. Elle n'est simple que parce que nous travaillons sur le tore (périodicité). Sur d'autres graphes, la multiplicité de 00 est égale au nombre de composantes connexes.