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Soient m,n∈N∗m, n \in \mathbb{N}^*. On considère deux matrices A∈Mm(C)A \in \mathcal{M}_{m}(\mathbb{C}) et B∈Mn(C)B \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}). On note λ1,…,λm\lambda_1, \dots, \lambda_m les valeurs propres de AA (comptées avec multiplicité) et μ1,…,μn\mu_1, \dots, \mu_n celles de BB.

On définit les deux endomorphismes suivants de Mm,n(C)\mathcal{M}_{m, n}(\mathbb{C}) :

∀M∈Mm,n(C),S(M)=AM+MBetP(M)=AMB\forall M \in \mathcal{M}_{m, n}(\mathbb{C}),   S(M) = AM + MB   \text{et}   P(M) = AMB

  1. On suppose dans cette question que AA et BB sont des matrices diagonales.
    1. Déterminer une base de Mm,n(C)\mathcal{M}_{m, n}(\mathbb{C}) formée de vecteurs propres communs à SS et PP.
    2. En déduire les spectres de SS et PP ainsi que leur caractère diagonalisable.

  2. On suppose que AA et BB sont diagonalisables. Montrer que SS et PP sont diagonalisables.

  3. Dans le cas général où AA et BB sont quelconques dans Mm(C)\mathcal{M}_m(\mathbb{C}) et Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}), montrer que le polynôme caractéristique de SS est donné par :
    χS(X)=∏1≤i≤m∏1≤j≤n(X−(λi+μj))\chi_{S}(X) = \prod_{1 \leq i \leq m} \prod_{1 \leq j \leq n} (X - (\lambda_i + \mu_j))
    On pourra utiliser un argument de densité.

1.

Pour la question 1, examiner l'action de SS et PP sur les matrices de la base canonique Ei,jE_{i,j}.

2.

Pour la question 2, utiliser des bases de vecteurs propres (Ui)(U_i) pour AA et (Vj)(V_j) pour BTB^T afin de construire une base de matrices de la forme UiVjTU_i V_j^T.

3.

Pour la question 3, justifier que les coefficients du polynôme caractéristique sont des fonctions continues des coefficients de AA et BB, puis conclure par la densité des matrices diagonalisables dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

Idées clés

•

Construction d'une base de matrices de rang 1 : M=UVTM = U V^T.

•

Lien entre diagonalisabilité des matrices et des opérateurs associés.

•

Prolongement d'identités polynomiales par densité des matrices diagonalisables dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

Résolution.

    1. Notons (Ei,j)1≤i≤m,1≤j≤n(E_{i,j})_{1 \le i \le m, 1 \le j \le n} la base canonique de Mm,n(C)\mathcal{M}_{m,n}(\mathbb{C}). Posons A=diag(λ1,…,λm)A = \text{diag}(\lambda_1, \dots, \lambda_m) et B=diag(μ1,…,μn)B = \text{diag}(\mu_1, \dots, \mu_n). L'action à gauche de AA sur Ei,jE_{i,j} donne AEi,j=λiEi,jA E_{i,j} = \lambda_i E_{i,j}. L'action à droite de BB sur Ei,jE_{i,j} donne Ei,jB=μjEi,jE_{i,j} B = \mu_j E_{i,j}. On en déduit par linéarité :
      S(Ei,j)=AEi,j+Ei,jB=(λi+μj)Ei,jS(E_{i,j}) = A E_{i,j} + E_{i,j} B = (\lambda_i + \mu_j) E_{i,j}
      De même pour le produit :
      P(Ei,j)=AEi,jB=λiμjEi,jP(E_{i,j}) = A E_{i,j} B = \lambda_i \mu_j E_{i,j}
    2. La famille (Ei,j)(E_{i,j}) est une base de Mm,n(C)\mathcal{M}_{m,n}(\mathbb{C}) constituée de vecteurs propres pour SS et PP. \boxed{S \text{ et } P \text{ sont donc diagonalisables.}} Les spectres sont alors les ensembles des valeurs propres trouvées :
      Sp(S)={λi+μj∣i∈⟦1,m⟧,j∈⟦1,n⟧}\boxed{\text{Sp}(S) = \{ \lambda_i + \mu_j \mid i \in \llbracket 1, m \rrbracket, j \in \llbracket 1, n \rrbracket \}}
      Sp(P)={λiμj∣i∈⟦1,m⟧,j∈⟦1,n⟧}\boxed{\text{Sp}(P) = \{ \lambda_i \mu_j \mid i \in \llbracket 1, m \rrbracket, j \in \llbracket 1, n \rrbracket \}}

  1. Supposons AA et BB diagonalisables. Soit (U1,…,Um)(U_1, \dots, U_m) une base de Cm\mathbb{C}^m telle que AUi=λiUiA U_i = \lambda_i U_i. Soit (V1,…,Vn)(V_1, \dots, V_n) une base de Cn\mathbb{C}^n telle que BTVj=μjVjB^T V_j = \mu_j V_j (une matrice est diagonalisable si et seulement si sa transposée l'est). Considérons les matrices Mi,j=UiVjT∈Mm,n(C)M_{i,j} = U_i V_j^T \in \mathcal{M}_{m,n}(\mathbb{C}). On calcule l'image de Mi,jM_{i,j} par SS :
    S(Mi,j)=AUiVjT+UiVjTB=λiUiVjT+Ui(BTVj)TS(M_{i,j}) = A U_i V_j^T + U_i V_j^T B = \lambda_i U_i V_j^T + U_i (B^T V_j)^T
    En utilisant le fait que BTVj=μjVjB^T V_j = \mu_j V_j, il vient :
    S(Mi,j)=λiUiVjT+μjUiVjT=(λi+μj)Mi,jS(M_{i,j}) = \lambda_i U_i V_j^T + \mu_j U_i V_j^T = (\lambda_i + \mu_j) M_{i,j}
    De la même manière, on obtient P(Mi,j)=(λiμj)Mi,jP(M_{i,j}) = (\lambda_i \mu_j) M_{i,j}. La famille (Mi,j)(M_{i,j}) contient mn=dim⁡(Mm,n(C))mn = \dim(\mathcal{M}_{m,n}(\mathbb{C})) éléments. Montrons qu'elle est libre. Si ∑ci,jUiVjT=0\sum c_{i,j} U_i V_j^T = 0, alors pour tout vecteur XX, (∑iUi(∑jci,jVjTX))=0(\sum_i U_i (\sum_j c_{i,j} V_j^T X)) = 0. Par liberté des (Ui)(U_i), on a ∑jci,jVjTX=0\sum_j c_{i,j} V_j^T X = 0 pour tout i,Xi, X. Par liberté des (Vj)(V_j), on conclut ci,j=0c_{i,j} = 0. \boxed{S \text{ et } P \text{ possèdent une base de vecteurs propres, ils sont donc diagonalisables.}}

  2. Soit f:Mm(C)×Mn(C)→Cmn[X]f : \mathcal{M}_m(\mathbb{C}) \times \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) \to \mathbb{C}_{mn}[X] l'application qui à (A,B)(A,B) associe χS\chi_S. Les coefficients de χS\chi_S sont des polynômes en les coefficients de la matrice de SS dans la base canonique, eux-mêmes étant des combinaisons linéaires des coefficients de AA et BB. L'application ff est donc continue sur Mm(C)×Mn(C)\mathcal{M}_m(\mathbb{C}) \times \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). Soit g(A,B)=∏i,j(X−(λi+μj))g(A,B) = \prod_{i,j} (X - (\lambda_i + \mu_j)). Les coefficients de ce polynôme sont des fonctions symétriques des λi\lambda_i et μj\mu_j. D'après le théorème sur les fonctions symétriques élémentaires, ces coefficients s'expriment comme des polynômes en les coefficients de χA\chi_A et χB\chi_B. L'application gg est donc également continue. D'après la question 2, nous savons que f(A,B)=g(A,B)f(A,B) = g(A,B) dès que AA et BB sont diagonalisables. Or, l'ensemble des matrices diagonalisables est dense dans Mk(C)\mathcal{M}_k(\mathbb{C}) pour tout kk. Par continuité de ff et gg, l'égalité s'étend à tout l'espace :
    χS(X)=∏i=1m∏j=1n(X−(λi+μj))\boxed{\chi_S(X) = \prod_{i=1}^m \prod_{j=1}^n (X - (\lambda_i + \mu_j))}

L'argument de densité des matrices diagonalisables n'est valable que sur un corps algébriquement clos comme C\mathbb{C}. Sur R\mathbb{R}, cet ensemble n'est pas dense.