WikiPrépaLivrets

Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. Pour un vecteur X=(x1⋮xn)∈Mn,1(R)X = \begin{pmatrix} x_1
\vdots
x_n \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{R})
, on note X≥0X \geq 0 si xi≥0x_i \geq 0 pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}. De même, pour une matrice A=(ai,j)∈Mn(R)A = (a_{i,j}) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}), on note A≥0A \geq 0 si tous ses coefficients sont positifs ou nuls.

  1. Démontrer que A≥0A \geq 0 si, et seulement si, pour tout vecteur X∈Mn,1(R)X \in \mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{R}), la condition X≥0X \geq 0 entraîne AX≥0AX \geq 0.
  2. Soit A∈GLn(R)A \in GL_n(\mathbb{R}). Montrer que A−1≥0A^{-1} \geq 0 si, et seulement si, pour tout vecteur X∈Mn,1(R)X \in \mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{R}), la condition AX≥0AX \geq 0 entraîne X≥0X \geq 0.
  3. Déterminer l'ensemble des matrices A∈GLn(R)A \in GL_n(\mathbb{R}) telles que A≥0A \geq 0 et A−1≥0A^{-1} \geq 0.

1.

Pour le sens réciproque de la question 1, tester la condition avec les vecteurs de la base canonique e1,…,ene_1, \dots, e_n.

2.

Pour la question 2, effectuer un changement de variable Y=AXY = AX pour se ramener à la question 1.

3.

Pour la question 3, traduire la condition AA−1=IA A^{-1} = I sur les coefficients et exploiter la nullité des produits de termes positifs.

Idées clés

•

Lien entre coefficients d'une matrice et images des vecteurs de base.

•

Stabilité du cône positif R+n\mathbb{R}_+^n par l'application linéaire associée.

•

Structure des matrices de permutation généralisées (matrices monomiales).

Résolution.

  1. Sens direct (  ⟹  \implies) : Supposons A≥0A \geq 0. Soit X≥0X \geq 0. Pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}, le ii-ème coefficient de AXAX est :
    (AX)i=∑j=1nai,jxj(AX)_i = \sum_{j=1}^n a_{i,j} x_j
    Comme chaque ai,j≥0a_{i,j} \geq 0 et chaque xj≥0x_j \geq 0 par hypothèse, chaque produit ai,jxja_{i,j} x_j est positif ou nul. Par somme de termes positifs, on en déduit que (AX)i≥0(AX)_i \geq 0 pour tout ii, d'où AX≥0AX \geq 0.

    Sens réciproque (  ⟸  \impliedby) : Supposons que pour tout X≥0X \geq 0, on ait AX≥0AX \geq 0. Considérons les vecteurs de la base canonique (E1,…,En)(E_1, \dots, E_n) de Mn,1(R)\mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{R}). Pour chaque j∈{1,…,n}j \in \{1, \dots, n\}, on a clairement Ej≥0E_j \geq 0. D'après l'hypothèse, on a donc AEj≥0A E_j \geq 0. Or, le vecteur AEjA E_j correspond exactement à la jj-ème colonne de la matrice AA. Ses composantes sont les (ai,j)1≤i≤n(a_{i,j})_{1 \leq i \leq n}. On en conclut que pour tous i,ji, j, ai,j≥0a_{i,j} \geq 0, soit :

    A≥0\boxed{A \geq 0}

  2. Soit A∈GLn(R)A \in GL_n(\mathbb{R}). Considérons la propriété P:∀X∈Mn,1(R),AX≥0  ⟹  X≥0\mathcal{P} : \forall X \in \mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{R}),   AX \geq 0 \implies X \geq 0. Puisque AA est inversible, l'application X↦AXX \mapsto AX est une bijection de Mn,1(R)\mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{R}) dans lui-même. On peut donc poser le changement de variable Y=AXY = AX, ce qui équivaut à X=A−1YX = A^{-1} Y. La propriété P\mathcal{P} se reformule alors ainsi :
    ∀Y∈Mn,1(R),Y≥0  ⟹  A−1Y≥0\forall Y \in \mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{R}),   Y \geq 0 \implies A^{-1} Y \geq 0
    D'après le résultat de la question 1 appliqué à la matrice A−1A^{-1}, cette condition est équivalente à :
    A−1≥0\boxed{A^{-1} \geq 0}

  3. Soit AA une telle matrice. Notons B=A−1B = A^{-1}. On a A≥0A \geq 0 et B≥0B \geq 0. Par définition de l'inverse, AB=InAB = I_n. Pour tout i,j∈{1,…,n}i, j \in \{1, \dots, n\}, on a :
    ∑k=1nai,kbk,j=δi,j\sum_{k=1}^n a_{i,k} b_{k,j} = \delta_{i,j}
    Cas i≠ji \neq j : On a ∑k=1nai,kbk,j=0\sum_{k=1}^n a_{i,k} b_{k,j} = 0. Puisque tous les ai,ka_{i,k} et bk,jb_{k,j} sont positifs, chaque terme du produit est nul :
    ∀k∈{1,…,n},ai,kbk,j=0\forall k \in \{1, \dots, n\},   a_{i,k} b_{k,j} = 0
    Analyse des lignes de AA : Soit i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}. Comme AA est inversible, la ii-ème ligne de AA ne peut pas être nulle. Il existe donc au moins un indice kik_i tel que ai,ki>0a_{i,k_i} > 0. D'après ce qui précède, pour tout j≠ij \neq i, on doit avoir bki,j=0b_{k_i, j} = 0. Ainsi, dans la kik_i-ème ligne de BB, tous les coefficients sont nuls sauf éventuellement celui d'indice j=ij=i. Comme BB est inversible, cette ligne n'est pas nulle, donc on a nécessairement bki,i>0b_{k_i, i} > 0. Si la ii-ème ligne de AA possédait un autre coefficient strictement positif ai,k′a_{i, k'}, on montrerait de même que la ligne k′k' de BB n'a que son ii-ème coefficient non nul. Cela signifierait que les lignes kik_i et k′k' de BB sont proportionnelles, ce qui contredit l'inversibilité de BB. Conclusion : Chaque ligne de AA contient exactement un coefficient strictement positif, et il en est de même pour chaque colonne (par un raisonnement symétrique ou en considérant tA{}^t A). L'ensemble recherché est celui des matrices de la forme A=PDA = P D où PP est une matrice de permutation et DD une matrice diagonale à coefficients strictement positifs. On appelle ces matrices des matrices monomiales positives.
    A∈{PD∣P∈Sn,D=diag(d1,…,dn),di>0}\boxed{ A \in \{ P D \mid P \in \mathfrak{S}_n, D = \text{diag}(d_1, \dots, d_n), d_i > 0 \} }

Attention à ne pas confondre la notation A≥0A \geq 0 utilisée ici (coefficients positifs) avec la notion de matrice symétrique positive (au sens des formes quadratiques). Ce sont deux concepts totalement distincts.