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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On considère une matrice A=(ai,j)∈Mn(R)A = (a_{i,j}) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) à coefficients positifs ou nuls telle que :

∀i∈⟦1,n⟧,∑j=1nai,j=1\forall i \in \llbracket 1, n \rrbracket,   \sum_{j=1}^n a_{i,j} = 1
Une telle matrice est dite stochastique par lignes.

  1. Montrer que 11 est une valeur propre de AA.
  2. Soit λ∈C\lambda \in \mathbb{C} une valeur propre de AA. Montrer que ∣λ∣≤1|\lambda| \leq 1.
  3. Soit X=(x1⋮xn)∈CnX = \begin{pmatrix} x_1
    \vdots
    x_n \end{pmatrix} \in \mathbb{C}^n
    un vecteur propre associé à une valeur propre λ\lambda de module 11.
    1. Soit i0∈⟦1,n⟧i_0 \in \llbracket 1, n \rrbracket tel que ∣xi0∣=max⁡1≤k≤n∣xk∣|x_{i_0}| = \max_{1 \leq k \leq n} |x_k|. Montrer que λxi0\lambda x_{i_0} est l'une des composantes du vecteur XX.
    2. En déduire que λ\lambda est une racine de l'unité. Préciser pourquoi λn!=1\lambda^{n!} = 1.
  4. On suppose de plus que pour tout i∈⟦1,n⟧i \in \llbracket 1, n \rrbracket, ai,i>0a_{i,i} > 0. Montrer que la seule valeur propre de module 11 de la matrice AA est 11.

1.

Pour la question 1, tester le produit AXAX avec X=t(1,…,1)X = \begin{smallmatrix} {}^t(1, \dots, 1) \end{smallmatrix}.

2.

Pour la question 2, utiliser une composante de module maximal d'un vecteur propre.

3.

Pour la question 3(a), analyser le cas d'égalité de l'inégalité triangulaire.

4.

Pour la question 4, utiliser le fait que si ai,i>0a_{i,i} > 0, alors xi0x_{i_0} intervient avec un poids strictement positif dans la combinaison linéaire définissant (λx)i0(\lambda x)_{i_0}.

Idées clés

•

Norme infini subordonnée (ou argument de composante maximale).

•

Cas d'égalité de l'inégalité triangulaire dans C\mathbb{C}.

•

Finitude de l'ensemble des coordonnées pour obtenir le caractère cyclique.

Résolution.

  1. Considérons le vecteur colonne U=(1⋮1)∈Mn,1(R)U = \begin{pmatrix} 1
    \vdots
    1 \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{R})
    . Pour tout i∈⟦1,n⟧i \in \llbracket 1, n \rrbracket, la ii-ème ligne du produit AUAU vaut :
    (AU)i=∑j=1nai,j×1=∑j=1nai,j(AU)_i = \sum_{j=1}^n a_{i,j} \times 1 = \sum_{j=1}^n a_{i,j}
    D'après l'énoncé, cette somme vaut 11. Ainsi, AU=UAU = U.
    1∈Sp(A) car AU=1⋅U avec U≠0\boxed{ 1 \in \text{Sp}(A) \text{ car } AU = 1 \cdot U \text{ avec } U \neq 0 }

  2. Soit λ∈C\lambda \in \mathbb{C} une valeur propre de AA et X∈Cn∖{0}X \in \mathbb{C}^n \setminus \{0\} un vecteur propre associé. Soit i0∈⟦1,n⟧i_0 \in \llbracket 1, n \rrbracket un indice tel que ∣xi0∣=max⁡1≤k≤n∣xk∣|x_{i_0}| = \max_{1 \leq k \leq n} |x_k|. Comme X≠0X \neq 0, on a ∣xi0∣>0|x_{i_0}| > 0. La relation AX=λXAX = \lambda X au niveau de la ligne i0i_0 donne :
    λxi0=∑j=1nai0,jxj\lambda x_{i_0} = \sum_{j=1}^n a_{i_0,j} x_j
    En utilisant l'inégalité triangulaire et le fait que ai0,j≥0a_{i_0,j} \geq 0 :
    ∣λ∣⋅∣xi0∣≤∑j=1nai0,j∣xj∣|\lambda| \cdot |x_{i_0}| \leq \sum_{j=1}^n a_{i_0,j} |x_j|
    Puisque ∀j,∣xj∣≤∣xi0∣\forall j, |x_j| \leq |x_{i_0}|, on a :
    ∣λ∣⋅∣xi0∣≤(∑j=1nai0,j)∣xi0∣=1⋅∣xi0∣|\lambda| \cdot |x_{i_0}| \leq \left( \sum_{j=1}^n a_{i_0,j} \right) |x_{i_0}| = 1 \cdot |x_{i_0}|
    Comme ∣xi0∣>0|x_{i_0}| > 0, on peut simplifier et on obtient :
    ∣λ∣≤1\boxed{ |\lambda| \leq 1 }

  3. Supposons ∣λ∣=1|\lambda| = 1.
    1. Reprenons l'égalité ∣λ∣⋅∣xi0∣=∑j=1nai0,jxj|\lambda| \cdot |x_{i_0}| = \sum_{j=1}^n a_{i_0,j} x_j. Puisque ∣λ∣=1|\lambda|=1, on a :
      ∣xi0∣=∣∑j=1nai0,jxj∣≤∑j=1nai0,j∣xj∣≤∣xi0∣|x_{i_0}| = \left| \sum_{j=1}^n a_{i_0,j} x_j \right| \leq \sum_{j=1}^n a_{i_0,j} |x_j| \leq |x_{i_0}|
      Toutes les inégalités sont des égalités. Le cas d'égalité de l'inégalité triangulaire pour des nombres complexes non nuls implique qu'ils sont tous sur la même demi-droite issue de l'origine. De plus, l'égalité ∑ai0,j∣xj∣=∣xi0∣\sum a_{i_0,j} |x_j| = |x_{i_0}| avec ∑ai0,j=1\sum a_{i_0,j} = 1 et ∣xj∣≤∣xi0∣|x_j| \leq |x_{i_0}| impose que ∣xj∣=∣xi0∣|x_j| = |x_{i_0}| pour tout jj tel que ai0,j>0a_{i_0,j} > 0. Ainsi, pour tout jj tel que ai0,j>0a_{i_0,j} > 0, on a xj=μλxi0x_j = \mu \lambda x_{i_0} avec μ>0\mu > 0. Comme les modules sont identiques, μ=1\mu = 1. Dès que ai0,j>0a_{i_0,j} > 0, on a xj=λxi0x_j = \lambda x_{i_0}. Comme la somme des ai0,ja_{i_0,j} vaut 1, il existe au moins un tel jj.
      ∃j∈⟦1,n⟧,xj=λxi0\boxed{ \exists j \in \llbracket 1, n \rrbracket,   x_j = \lambda x_{i_0} }

    2. Notons V={x1,…,xn}\mathcal{V} = \{x_1, \dots, x_n\} l'ensemble des composantes de XX. D'après la question précédente, si z∈Vz \in \mathcal{V} est de module maximal, alors λz∈V\lambda z \in \mathcal{V}. Par récurrence, pour tout k∈Nk \in \mathbb{N}, λkxi0∈V\lambda^k x_{i_0} \in \mathcal{V}. Comme V\mathcal{V} est un ensemble fini, il existe p<qp < q tels que λpxi0=λqxi0\lambda^p x_{i_0} = \lambda^q x_{i_0}. Comme xi0≠0x_{i_0} \neq 0 et ∣λ∣=1|\lambda|=1, on en déduit λq−p=1\lambda^{q-p} = 1. λ\lambda est donc une racine de l'unité. L'ordre de cette racine est un entier m≤nm \leq n (car il y a au plus nn valeurs distinctes dans l'orbite de xi0x_{i_0}). Comme tout entier m∈{1,…,n}m \in \{1, \dots, n\} divise n!n!, on a :
      λn!=1\boxed{ \lambda^{n!} = 1 }

  4. Supposons ∣λ∣=1|\lambda|=1 et ai,i>0a_{i,i} > 0 pour tout ii. Reprenons l'indice i0i_0 de module maximal. On sait que λxi0=∑ai0,jxj\lambda x_{i_0} = \sum a_{i_0,j} x_j. Par l'argument de la question 3(a), pour tout jj tel que ai0,j>0a_{i_0,j} > 0, on doit avoir xj=λxi0x_j = \lambda x_{i_0}. Comme on a supposé ai0,i0>0a_{i_0,i_0} > 0, on peut appliquer ce résultat à j=i0j = i_0. On obtient :
    xi0=λxi0x_{i_0} = \lambda x_{i_0}
    Puisque xi0≠0x_{i_0} \neq 0, on en conclut :
    λ=1\boxed{ \lambda = 1 }

Attention à ne pas oublier de justifier que ∣xi0∣>0|x_{i_0}| > 0. Un vecteur propre est par définition non nul, donc au moins l'une de ses composantes est non nulle.