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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^{*} et A=(ai,j)1≤i,j≤n∈Mn(R)A = (a_{i,j})_{1 \le i,j \le n} \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) une matrice dont tous les coefficients sont strictement positifs :

∀(i,j)∈{1,…,n}2,ai,j>0\forall (i,j) \in \{1, \dots, n\}^2,   a_{i,j} > 0
On suppose de plus que la somme des coefficients de chaque ligne de AA est égale à 1 :
∀i∈{1,…,n},∑j=1nai,j=1\forall i \in \{1, \dots, n\},   \sum_{j=1}^n a_{i,j} = 1

  1. Montrer qu'il existe un vecteur ligne non nul V∈M1,n(R)V \in \mathcal{M}_{1,n}(\mathbb{R}) tel que VA=VVA = V.
  2. Pour un vecteur V=(v1,…,vn)V = (v_1, \dots, v_n), on note ∣V∣=(∣v1∣,…,∣vn∣)|V| = (|v_1|, \dots, |v_n|). Montrer que si VA=VVA = V, alors on a également ∣V∣A=∣V∣|V|A = |V|.
  3. En déduire qu'il existe un unique vecteur W=(w1,…,wn)∈M1,n(R)W = (w_1, \dots, w_n) \in \mathcal{M}_{1,n}(\mathbb{R}) tel que :
    1. WA=WWA = W
    2. ∀j∈{1,…,n}, wj≥0\forall j \in \{1, \dots, n\}, \ w_j \ge 0
    3. ∑j=1nwj=1\sum_{j=1}^n w_j = 1

1.

Pour la question 1, considérer le vecteur colonne XX dont toutes les coordonnées valent 1 et observer que AX=XAX = X. Utiliser ensuite le lien entre le spectre d'une matrice et celui de sa transposée.

2.

Pour la question 2, utiliser l'inégalité triangulaire sur chaque coordonnée du produit ∣V∣A|V|A et sommer ces inégalités pour montrer qu'elles sont nécessairement des égalités.

3.

Pour la question 3, l'existence découle des questions précédentes. Pour l'unicité, montrer que tout vecteur propre pour la valeur propre 1 a des coordonnées de même signe en utilisant le cas d'égalité de l'inégalité triangulaire avec des poids strictement positifs.

Idées clés

•

Lien entre vecteurs propres à droite et à gauche (via la transposée).

•

Utilisation de la norme L1L^1 (somme des modules) pour les matrices stochastiques.

•

Cas d'égalité de l'inégalité triangulaire pour prouver la stricte positivité.

Résolution.

  1. Soit X=(1⋮1)∈Mn,1(R)X = \begin{pmatrix} 1
    \vdots
    1 \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{R})
    . Par hypothèse sur les sommes de lignes de AA, le ii-ème coefficient du produit AXAX est :
    (AX)i=∑j=1nai,j⋅1=1(AX)_i = \sum_{j=1}^n a_{i,j} \cdot 1 = 1
    On en déduit que AX=XAX = X. Ainsi, 11 est une valeur propre de AA. Comme une matrice et sa transposée ont le même polynôme caractéristique, elles ont le même spectre :
    χA=χAT  ⟹  Sp(A)=Sp(AT)\chi_A = \chi_{A^T} \implies \text{Sp}(A) = \text{Sp}(A^T)
    Ainsi, 1∈Sp(AT)1 \in \text{Sp}(A^T). Il existe donc un vecteur colonne non nul U∈Mn,1(R)U \in \mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{R}) tel que ATU=UA^T U = U. En transposant cette relation, on obtient UTA=UTU^T A = U^T. En posant V=UT∈M1,n(R)V = U^T \in \mathcal{M}_{1,n}(\mathbb{R}), on a bien trouvé un vecteur ligne non nul tel que :
    VA=V\boxed{VA = V}

  2. Soit V=(v1,…,vn)V = (v_1, \dots, v_n) un vecteur ligne tel que VA=VVA = V. Cela se traduit par :
    ∀j∈{1,…,n},vj=∑i=1nviai,j\forall j \in \{1, \dots, n\},   v_j = \sum_{i=1}^n v_i a_{i,j}
    Appliquons l'inégalité triangulaire à chaque coordonnée :
    ∀j∈{1,…,n},∣vj∣=∣∑i=1nviai,j∣≤∑i=1n∣vi∣ai,j\forall j \in \{1, \dots, n\},   |v_j| = \left| \sum_{i=1}^n v_i a_{i,j} \right| \le \sum_{i=1}^n |v_i| a_{i,j}
    Notons wj=∑i=1n∣vi∣ai,jw_j = \sum_{i=1}^n |v_i| a_{i,j} la jj-ème coordonnée du vecteur ligne ∣V∣A|V|A. Nous venons de montrer que ∣vj∣≤wj|v_j| \le w_j pour tout jj. Sommons ces inégalités pour jj allant de 11 à nn :
    ∑j=1n∣vj∣≤∑j=1nwj=∑j=1n∑i=1n∣vi∣ai,j\sum_{j=1}^n |v_j| \le \sum_{j=1}^n w_j = \sum_{j=1}^n \sum_{i=1}^n |v_i| a_{i,j}
    En échangeant l'ordre des sommes (Fubini fini) :
    ∑j=1nwj=∑i=1n∣vi∣(∑j=1nai,j)\sum_{j=1}^n w_j = \sum_{i=1}^n |v_i| \left( \sum_{j=1}^n a_{i,j} \right)
    Comme ∑j=1nai,j=1\sum_{j=1}^n a_{i,j} = 1 pour tout ii, on obtient :
    ∑j=1n∣vj∣≤∑i=1n∣vi∣\sum_{j=1}^n |v_j| \le \sum_{i=1}^n |v_i|
    Puisque la somme des membres de gauche est égale à la somme des membres de droite et que chaque terme vérifie ∣vj∣≤wj|v_j| \le w_j, il y a nécessairement égalité pour chaque jj :
    ∀j∈{1,…,n},∣vj∣=∑i=1n∣vi∣ai,j\forall j \in \{1, \dots, n\},   |v_j| = \sum_{i=1}^n |v_i| a_{i,j}
    Ce qui signifie exactement :
    ∣V∣A=∣V∣\boxed{|V|A = |V|}

  3. Existence : D'après la question 1, il existe V≠0V \neq 0 tel que VA=VVA = V. D'après la question 2, ∣V∣A=∣V∣|V|A = |V|. Le vecteur ∣V∣|V| est non nul et à coordonnées positives ou nulles. Soit S=∑j=1n∣vj∣>0S = \sum_{j=1}^n |v_j| > 0. Le vecteur W=1S∣V∣W = \frac{1}{S} |V| vérifie alors les trois conditions (a), (b) et (c). Stricte positivité : Remarquons que pour ce vecteur WW, on a wj=∑i=1nwiai,jw_j = \sum_{i=1}^n w_i a_{i,j}. Comme W≠0W \neq 0 et wi≥0w_i \ge 0, il existe au moins un indice i0i_0 tel que wi0>0w_{i_0} > 0. Puisque ai,j>0a_{i,j} > 0 pour tous i,ji, j, on a pour tout jj :
    wj≥wi0ai0,j>0w_j \ge w_{i_0} a_{i_0, j} > 0
    Ainsi, toutes les coordonnées de WW sont strictement positives. Unicité : Supposons qu'il existe deux tels vecteurs W1W_1 et W2W_2. Soit E1={V∈M1,n(R)∣VA=V}E_1 = \{ V \in \mathcal{M}_{1,n}(\mathbb{R}) \mid VA = V \}. Si W1≠W2W_1 \neq W_2, alors W1W_1 et W2W_2 ne sont pas colinéaires (car leur somme des coordonnées est 1). Considérons Z=W1−W2Z = W_1 - W_2. Alors Z∈E1Z \in E_1 et Z≠0Z \neq 0. De plus, ∑zj=∑(w1,j−w2,j)=1−1=0\sum z_j = \sum (w_{1,j} - w_{2,j}) = 1 - 1 = 0. D'après la question 2, on a ∣Z∣A=∣Z∣|Z|A = |Z|. D'après l'argument de stricte positivité ci-dessus, comme ∣Z∣≠0|Z| \neq 0, toutes les coordonnées de ∣Z∣|Z| sont strictement positives : ∣zj∣>0|z_j| > 0. Cependant, l'égalité ∣zj∣=∣∑iziai,j∣=∑i∣zi∣ai,j|z_j| = \left| \sum_i z_i a_{i,j} \right| = \sum_i |z_i| a_{i,j} avec ai,j>0a_{i,j} > 0 impose (cas d'égalité de l'inégalité triangulaire) que tous les ziz_i non nuls ont le même signe. Si tous les ziz_i ont le même signe et sont non nuls, leur somme ∑zi\sum z_i ne peut pas être nulle. C'est une contradiction. Donc Z=0Z=0 et :
    W1=W2\boxed{W_1 = W_2}

Attention à ne pas confondre les vecteurs propres à droite (AX=λXAX=\lambda X) et à gauche (VA=λVVA=\lambda V). Pour une matrice stochastique, le vecteur colonne de 1 est trivialement un vecteur propre à droite, mais le vecteur invariant (à gauche) nécessite une preuve d'existence.