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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et A=(ai,j)∈Mn(R)A = (a_{i,j}) \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}).

Pour toute permutation σ∈Sn\sigma \in \mathfrak{S}_{n}, on définit le serpent de AA associé à σ\sigma comme l'ensemble des coefficients :

Sσ={a1,σ(1),a2,σ(2),…,an,σ(n)}S_{\sigma} = \left\{ a_{1, \sigma(1)}, a_{2, \sigma(2)}, \dots, a_{n, \sigma(n)} \right\}

  1. Montrer l'équivalence entre les deux assertions suivantes :
    1. Chaque serpent de la matrice AA contient au moins un élément nul.
    2. Il existe un bloc de zéros dans AA de taille r×sr \times s (obtenu par intersection de rr lignes et ss colonnes) tel que r+s=n+1r + s = n + 1.

  2. On suppose dans cette question que la matrice AA est bistochastique, c'est-à-dire que :
    • ∀(i,j)∈⟦1,n⟧2, ai,j≥0\forall (i,j) \in \llbracket 1, n \rrbracket^2, \ a_{i,j} \ge 0.
    • ∀i∈⟦1,n⟧, ∑j=1nai,j=1\forall i \in \llbracket 1, n \rrbracket, \ \sum_{j=1}^n a_{i,j} = 1.
    • ∀j∈⟦1,n⟧, ∑i=1nai,j=1\forall j \in \llbracket 1, n \rrbracket, \ \sum_{i=1}^n a_{i,j} = 1.
    Démontrer qu'il existe nécessairement un serpent de AA ne contenant aucun coefficient nul.

1.

Pour (ii)  ⟹  (i)(ii) \implies (i), raisonner par l'absurde ou par un argument de dénombrement sur les colonnes disponibles pour les rr lignes du bloc nul.

2.

Pour (i)  ⟹  (ii)(i) \implies (ii), utiliser le théorème de König sur les couvertures de matrices : le nombre maximal d'éléments non nuls "indépendants" (n'appartenant pas à une même ligne ou colonne) est égal au nombre minimal de lignes et colonnes nécessaires pour couvrir tous les éléments non nuls.

3.

Pour la question 2, supposer que tous les serpents contiennent un zéro et utiliser le résultat de la question 1. Sommer les coefficients sur les lignes du bloc nul et comparer avec la somme sur les colonnes correspondantes.

Idées clés

•

Dénombrement et principe des tiroirs pour la condition suffisante.

•

Théorème de König pour la condition nécessaire (lien entre couplage et couverture).

•

Propriété de conservation de la somme pour les matrices bistochastiques.

Résolution.

  1. Étude de l'équivalence.

    (ii)  ⟹  (i)(ii) \implies (i) : Supposons qu'il existe un bloc de zéros de taille r×sr \times s avec r+s=n+1r+s = n+1. Quitte à permuter les lignes et les colonnes (ce qui ne change pas la nature des serpents, seulement leur indexation), on peut supposer que :

    ∀i∈⟦1,r⟧, ∀j∈⟦1,s⟧, ai,j=0\forall i \in \llbracket 1, r \rrbracket, \ \forall j \in \llbracket 1, s \rrbracket, \ a_{i,j} = 0

    Soit σ∈Sn\sigma \in \mathfrak{S}_n une permutation quelconque. Pour que le serpent SσS_\sigma ne contienne aucun zéro, il faudrait que pour chaque ligne i∈⟦1,r⟧i \in \llbracket 1, r \rrbracket, l'indice de colonne choisi σ(i)\sigma(i) soit strictement supérieur à ss. Or, l'ensemble des valeurs possibles pour ces colonnes est ⟦s+1,n⟧\llbracket s+1, n \rrbracket. Le nombre de valeurs disponibles est donc :

    (n−(s+1)+1)=n−s(n - (s+1) + 1) = n - s

    D'après l'hypothèse r+s=n+1r+s = n+1, nous avons :

    r=n−s+1\boxed{r = n - s + 1}

    On doit donc placer rr valeurs distinctes (σ(1),…,σ(r))(\sigma(1), \dots, \sigma(r)) dans un ensemble de taille r−1r-1. D'après le principe des tiroirs, cela est impossible. Par conséquent, il existe au moins un i∈⟦1,r⟧i \in \llbracket 1, r \rrbracket tel que σ(i)∈⟦1,s⟧\sigma(i) \in \llbracket 1, s \rrbracket, d'où ai,σ(i)=0a_{i, \sigma(i)} = 0.

    Tous les serpents contiennent au moins un zeˊro.\boxed{\text{Tous les serpents contiennent au moins un zéro.}}

    (i)  ⟹  (ii)(i) \implies (ii) : Cette implication repose sur le théorème de König. Appelons "système d'éléments indépendants" un ensemble d'indices (i,σ(i))(i, \sigma(i)) où les coefficients sont non nuls. L'assertion (i)(i) signifie que le nombre maximal mm d'éléments non nuls indépendants est strictement inférieur à nn. Soit m≤n−1m \le n-1 ce maximum. D'après le théorème de König, il existe une couverture de tous les éléments non nuls par kk lignes et ll colonnes telle que k+l=mk+l = m. Considérons les n−kn-k lignes et les n−ln-l colonnes qui n'ont pas été sélectionnées pour cette couverture. Par définition de la couverture, l'intersection de ces lignes et de ces colonnes ne contient que des zéros. On a ainsi un bloc nul de taille r×sr \times s avec r=n−kr = n-k et s=n−ls = n-l. Calculons la somme :

    r+s=(n−k)+(n−l)=2n−(k+l)=2n−mr + s = (n-k) + (n-l) = 2n - (k+l) = 2n - m

    Comme m≤n−1m \le n-1, on en déduit :

    r+s≥2n−(n−1)=n+1\boxed{r + s \ge 2n - (n-1) = n+1}

    Si r+s>n+1r+s > n+1, il suffit de réduire rr ou ss pour obtenir exactement n+1n+1.

  2. Cas des matrices bistochastiques.

    Supposons par l'absurde que tous les serpents de AA contiennent au moins un zéro. D'après la question 1, il existe un bloc de zéros de taille r×sr \times s avec r+s=n+1r+s = n+1. Notons I⊂⟦1,n⟧I \subset \llbracket 1, n \rrbracket l'ensemble des rr indices de lignes et J⊂⟦1,n⟧J \subset \llbracket 1, n \rrbracket l'ensemble des ss indices de colonnes formant ce bloc nul. On a donc :

    ∀i∈I, ∀j∈J, ai,j=0\forall i \in I, \ \forall j \in J, \ a_{i,j} = 0

    Calculons la somme de tous les coefficients des lignes de II :

    ∑i∈I∑j=1nai,j=∑i∈I1=r\sum_{i \in I} \sum_{j=1}^n a_{i,j} = \sum_{i \in I} 1 = r

    Comme les coefficients pour j∈Jj \in J sont nuls, cette somme se réduit à :

    ∑i∈I∑j∉Jai,j=r\sum_{i \in I} \sum_{j \notin J} a_{i,j} = r

    Or, comme tous les coefficients de la matrice sont positifs, la somme sur les lignes II et les colonnes hors de JJ est inférieure ou égale à la somme de tous les coefficients présents dans les colonnes Jc=⟦1,n⟧∖JJ^c = \llbracket 1, n \rrbracket \setminus J :

    ∑i∈I∑j∉Jai,j≤∑j∉J(∑i=1nai,j)\sum_{i \in I} \sum_{j \notin J} a_{i,j} \le \sum_{j \notin J} \left( \sum_{i=1}^n a_{i,j} \right)

    La matrice étant bistochastique, la somme de chaque colonne vaut 1 :

    ∑j∉J1=card(Jc)=n−s\sum_{j \notin J} 1 = \text{card}(J^c) = n - s

    On obtient donc l'inégalité :

    r≤n−s\boxed{r \le n - s}

    Ce qui est équivalent à r+s≤nr + s \le n. Ceci contredit l'hypothèse r+s=n+1r+s = n+1 issue de la question 1. L'hypothèse de départ est donc fausse :

    Il existe un serpent ne contenant aucun zeˊro.\boxed{\text{Il existe un serpent ne contenant aucun zéro.}}

Dans la question 1, il ne faut pas oublier de préciser que la permutation des lignes et colonnes ne change pas l'existence d'un serpent sans zéro, car un serpent correspond simplement à un choix de nn cases "indépendantes".