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On note Mn(R)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) l'ensemble des matrices carrées d'ordre n2n \geq 2. On définit l'ensemble Bn\mathcal{B}_{n} des matrices bistochastiques comme l'ensemble des matrices A=(ai,j)Mn(R)A=\left(a_{i, j}\right) \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) vérifiant les trois conditions suivantes :

  • (i,j){1,,n}2, ai,j0\forall (i, j) \in \{1, \dots, n\}^2, \ a_{i, j} \geq 0
  • i{1,,n}, j=1nai,j=1\forall i \in \{1, \dots, n\}, \ \sum_{j=1}^{n} a_{i, j} = 1
  • j{1,,n}, i=1nai,j=1\forall j \in \{1, \dots, n\}, \ \sum_{i=1}^{n} a_{i, j} = 1

  1. Établir que Bn\mathcal{B}_{n} est un ensemble convexe et qu'il est stable pour le produit matriciel.
  2. Proposer deux exemples distincts de matrices appartenant à Bn\mathcal{B}_{n} (dont un ne contenant que des coefficients strictement positifs).
  3. Identifier l'ensemble des matrices de Bn\mathcal{B}_{n} dont tous les coefficients appartiennent à l'ensemble {0,1}\{0, 1\}.
  4. On rappelle qu'un élément MM d'un convexe C\mathcal{C} est dit point extrémal si MM ne peut pas s'écrire sous la forme M=tA+(1t)BM = t A + (1-t) B avec A,BC{M}A, B \in \mathcal{C} \setminus \{M\} et t]0,1[t \in ]0, 1[. Déterminer l'ensemble des points extrémaux de Bn\mathcal{B}_{n}.

1.

Pour la stabilité par produit, introduire le vecteur colonne U=(11)TU = \begin{pmatrix} 1 & \dots & 1 \end{pmatrix}^T et traduire les conditions de somme par les relations AU=UAU=U et ATU=UA^T U = U.

2.

Pour la question 3, observer que chaque ligne ne peut contenir qu'un seul "1".

3.

Pour la question 4, montrer d'abord que les matrices de permutation sont extrémales. Pour la réciproque, si une matrice possède un coefficient dans ]0,1[]0,1[, construire un "cycle" de coefficients non entiers pour définir une perturbation ±εK\pm \varepsilon K.

Idées clés

Caractérisation vectorielle : ABn    (A0 et AU=U, ATU=U)A \in \mathcal{B}_n \iff (A \ge 0 \text{ et } AU=U, \ A^T U = U).

Lien avec les matrices de permutation (Théorème de Birkhoff).

Méthode de la perturbation pour les points non extrémaux (construction d'une chaîne d'indices).

Résolution.

  1. Convexité : Soient A,BBnA, B \in \mathcal{B}_n et λ[0,1]\lambda \in [0, 1]. Posons M=λA+(1λ)BM = \lambda A + (1-\lambda) B. Les coefficients de MM sont mi,j=λai,j+(1λ)bi,jm_{i,j} = \lambda a_{i,j} + (1-\lambda) b_{i,j}. Comme ai,j,bi,j0a_{i,j}, b_{i,j} \ge 0 et λ,1λ0\lambda, 1-\lambda \ge 0, on a mi,j0m_{i,j} \ge 0. De plus, pour toute ligne ii :
    j=1nmi,j=λj=1nai,j+(1λ)j=1nbi,j=λ(1)+(1λ)(1)=1\sum_{j=1}^n m_{i,j} = \lambda \sum_{j=1}^n a_{i,j} + (1-\lambda) \sum_{j=1}^n b_{i,j} = \lambda(1) + (1-\lambda)(1) = 1
    Le calcul est identique pour les colonnes. Ainsi MBnM \in \mathcal{B}_n. Stabilité par produit : Soit UMn,1(R)U \in \mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{R}) le vecteur dont toutes les composantes valent 11. Une matrice A0A \ge 0 appartient à Bn\mathcal{B}_n si et seulement si AU=UAU=U et ATU=UA^T U = U. Soient A,BBnA, B \in \mathcal{B}_n. Alors ABAB est à coefficients positifs (somme de produits de termes positifs). On a :
    (AB)U=A(BU)=AU=U(AB)U = A(BU) = AU = U
    Et pour la transposée :
    (AB)TU=BT(ATU)=BTU=U(AB)^T U = B^T (A^T U) = B^T U = U
    Bn est stable par produit.\boxed{ \mathcal{B}_n \text{ est stable par produit.} }

  2. Exemples :
    • Les matrices de permutation : si σSn\sigma \in \mathcal{S}_n, la matrice Pσ=(δi,σ(j))P_\sigma = (\delta_{i, \sigma(j)}) est bistochastique.
    • La matrice Jn=(1n)1i,jnJ_n = \left(\frac{1}{n}\right)_{1 \le i,j \le n} dont tous les coefficients valent 1/n1/n est bistochastique.

  3. Soit ABnA \in \mathcal{B}_n telle que ai,j{0,1}a_{i,j} \in \{0, 1\}. Pour chaque ligne ii, la condition j=1nai,j=1\sum_{j=1}^n a_{i,j} = 1 avec ai,j{0,1}a_{i,j} \in \{0, 1\} impose qu'il existe un unique indice jj, noté σ(i)\sigma(i), tel que ai,σ(i)=1a_{i, \sigma(i)} = 1. L'application σ:{1,,n}{1,,n}\sigma : \{1, \dots, n\} \to \{1, \dots, n\} ainsi définie est injective. En effet, si σ(i)=σ(k)=j\sigma(i) = \sigma(k) = j, alors la colonne jj contient au moins deux fois le chiffre 11, ce qui contredit i=1nai,j=1\sum_{i=1}^n a_{i,j} = 1. Étant injective sur un ensemble fini, σ\sigma est une bijection (permutation).
    Ces matrices sont exactement les matrices de permutation Pσ.\boxed{ \text{Ces matrices sont exactement les matrices de permutation } P_\sigma. }

  4. Caractérisation des points extrémaux. Sens 1 : Les matrices de permutation sont des points extrémaux. Soit PP une matrice de permutation. Supposons P=tA+(1t)BP = t A + (1-t) B avec t]0,1[t \in ]0, 1[ et A,BBnA, B \in \mathcal{B}_n. Si pi,j=0p_{i,j} = 0, alors 0=tai,j+(1t)bi,j0 = t a_{i,j} + (1-t) b_{i,j}. Comme ai,j,bi,j0a_{i,j}, b_{i,j} \ge 0, on a nécessairement ai,j=bi,j=0a_{i,j} = b_{i,j} = 0. Si pi,j=1p_{i,j} = 1, alors 1=tai,j+(1t)bi,j1 = t a_{i,j} + (1-t) b_{i,j}. Comme ai,j,bi,j1a_{i,j}, b_{i,j} \le 1, la seule possibilité est ai,j=bi,j=1a_{i,j} = b_{i,j} = 1. D'où A=B=PA = B = P. PP est donc extrémale.

    Sens 2 : Une matrice extrémale est de permutation. Par l'absurde, soit ABnA \in \mathcal{B}_n une matrice extrémale qui n'est pas de permutation. D'après la question 3, AA possède au moins un coefficient ai1,j1]0,1[a_{i_1, j_1} \in ]0, 1[. Comme la somme de la ligne i1i_1 vaut 1, il existe j2j1j_2 \neq j_1 tel que ai1,j2]0,1[a_{i_1, j_2} \in ]0, 1[. Comme la somme de la colonne j2j_2 vaut 1, il existe i2i1i_2 \neq i_1 tel que ai2,j2]0,1[a_{i_2, j_2} \in ]0, 1[. En itérant, on construit une suite de coefficients dans ]0,1[]0, 1[. Comme le nombre de coefficients est fini, on finit par créer un cycle d'indices. Soit KK la matrice ayant des 11 et des 1-1 alternés sur ce cycle et 00 ailleurs. Par construction, les sommes en ligne et en colonne de KK sont nulles. Pour ε>0\varepsilon > 0 assez petit, A+εKA + \varepsilon K et AεKA - \varepsilon K sont dans Bn\mathcal{B}_n (coefficients restent dans [0,1][0, 1]). Alors A=12(A+εK)+12(AεK)A = \frac{1}{2}(A + \varepsilon K) + \frac{1}{2}(A - \varepsilon K), ce qui contredit le caractère extrémal de AA.

    Les points extreˊmaux de Bn sont les matrices de permutation.\boxed{ \text{Les points extrémaux de } \mathcal{B}_n \text{ sont les matrices de permutation.} }

Attention à la définition de point extrémal : il faut bien vérifier que si une combinaison convexe est égale au point, alors les deux matrices de départ sont égales à ce point. Ne pas confondre avec la notion de point frontière.