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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On munit Rn\mathbb{R}^n de sa structure euclidienne canonique, la norme associée étant notée ∥⋅∥\|\cdot\|. Pour deux vecteurs X,Y∈RnX, Y \in \mathbb{R}^n, on note X≤YX \leq Y (respectivement X<YX < Y) si pour tout k∈⟦1,n⟧k \in \llbracket 1, n \rrbracket, xk≤ykx_k \leq y_k (respectivement xk<ykx_k < y_k). On adopte la même notation pour les matrices de Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}).

  1. Soit A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) une matrice dont tous les coefficients sont positifs ou nuls. On suppose qu'il existe deux réels α,β>0\alpha, \beta > 0 et deux vecteurs Y,Z∈RnY, Z \in \mathbb{R}^n à composantes strictement positives tels que :
    AY≤αZettAZ≤βYAY \leq \alpha Z   \text{et}   {}^tAZ \leq \beta Y
    Démontrer que pour tout vecteur X∈RnX \in \mathbb{R}^n, on a l'inégalité :
    ∥AX∥≤αβ∥X∥\|AX\| \leq \sqrt{\alpha \beta} \|X\|

  2. Soit M=(mi,j)∈Mn(C)M = (m_{i,j}) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). On note ∣M∣|M| la matrice dont les coefficients sont les modules ∣mi,j∣|m_{i,j}|. Montrer que pour tout X=(x1,…,xn)∈CnX = (x_1, \dots, x_n) \in \mathbb{C}^n :
    ∑i=1n∣(MX)i∣2≤(∑j=1n∣xj∣2)(max⁡1≤i≤n∑j=1n∣mi,j∣)(max⁡1≤j≤n∑i=1n∣mi,j∣)\sum_{i=1}^n |(MX)_i|^2 \leq \left( \sum_{j=1}^n |x_j|^2 \right) \left( \max_{1 \leq i \leq n} \sum_{j=1}^n |m_{i,j}| \right) \left( \max_{1 \leq j \leq n} \sum_{i=1}^n |m_{i,j}| \right)

1.

Pour la question 1, on pourra utiliser le fait que la norme d'opérateur ∥A∥2\|A\|_2 est égale à la racine carrée du rayon spectral de tAA{}^tAA. On admettra ou on redémontrera qu'une matrice à coefficients positifs possède un vecteur propre à coefficients positifs associé à son rayon spectral (Théorème de Perron-Frobenius).

2.

Pour la question 2, on pourra appliquer le résultat de la question 1 à la matrice A=∣M∣A = |M| en choisissant judicieusement les vecteurs YY et ZZ.

Idées clés

•

Lien entre ∥A∥2\|A\|_2 et le rayon spectral de tAA{}^tAA.

•

Utilisation d'un vecteur propre positif pour une matrice positive (Perron-Frobenius).

•

Majoration par la norme de Schur (test de Schur).

Résolution.

  1. Soit A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) à coefficients positifs. On cherche à majorer la norme subordonnée ∥A∥=sup⁡X≠0∥AX∥∥X∥\|A\| = \sup_{X \neq 0} \frac{\|AX\|}{\|X\|}. On sait que pour toute matrice AA, ∥A∥2\|A\|^2 est égal au rayon spectral de la matrice symétrique positive M=tAAM = {}^tAA. Notons ρ\rho ce rayon spectral. D'après le théorème de Perron-Frobenius pour les matrices à coefficients positifs, il existe un vecteur propre V∈RnV \in \mathbb{R}^n non nul, à composantes positives (V≥0V \geq 0), tel que :
    MV=ρVMV = \rho V
    Utilisons les hypothèses AY≤αZAY \leq \alpha Z et tAZ≤βY{}^tAZ \leq \beta Y avec Y,Z>0Y, Z > 0. Par positivité des coefficients de VV, nous pouvons multiplier ces inégalités matricielles : D'une part, en multipliant AY≤αZAY \leq \alpha Z par tVtA{}^tV {}^tA (qui est à coefficients positifs car V≥0V \geq 0 et tA≥0{}^tA \geq 0) :
    tVtAAY≤αtVtAZ{}^tV {}^tA A Y \leq \alpha {}^tV {}^tA Z
    D'autre part, en multipliant tAZ≤βY{}^tAZ \leq \beta Y à gauche par tV{}^tV :
    tVtAZ≤βtVY{}^tV {}^tA Z \leq \beta {}^tV Y
    En combinant ces deux inégalités, il vient :
    tV(tAA)Y≤αβtVY{}^tV ( {}^tA A ) Y \leq \alpha \beta {}^tV Y
    Or, nous savons que tAAV=ρV{}^tAA V = \rho V, ce qui implique tVtAA=t(tAAV)=ρtV{}^tV {}^tAA = {}^t({}^tAA V) = \rho {}^tV par symétrie de tAA{}^tAA. L'inégalité précédente devient :
    ρ(tVY)≤αβ(tVY)\rho ({}^tV Y) \leq \alpha \beta ({}^tV Y)
    Puisque YY est strictement positif (Y>0Y > 0) et VV est positif et non nul (V≥0,V≠0V \geq 0, V \neq 0), le produit scalaire tVY{}^tV Y est strictement positif. On peut donc diviser par ce réel :
    ρ≤αβ\boxed{\rho \leq \alpha \beta}
    Comme ∥A∥=ρ\|A\| = \sqrt{\rho}, on en déduit immédiatement que pour tout X∈RnX \in \mathbb{R}^n :
    ∥AX∥≤αβ∥X∥\boxed{\|AX\| \leq \sqrt{\alpha \beta} \|X\|}

  2. Soit M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) et X∈CnX \in \mathbb{C}^n. Par l'inégalité triangulaire, pour chaque composante i∈⟦1,n⟧i \in \llbracket 1, n \rrbracket :
    ∣(MX)i∣=∣∑j=1nmi,jxj∣≤∑j=1n∣mi,j∣∣xj∣=(∣M∣∣X∣)i|(MX)_i| = \left| \sum_{j=1}^n m_{i,j} x_j \right| \leq \sum_{j=1}^n |m_{i,j}| |x_j| = (|M| |X|)_i
    En élevant au carré et en sommant sur ii, on obtient :
    ∑i=1n∣(MX)i∣2≤∥∣M∣∣X∣∥2\sum_{i=1}^n |(MX)_i|^2 \leq \||M| |X|\|^2
    Appliquons le résultat de la question 1. à la matrice A=∣M∣A = |M|. Posons Y=Z=(1⋮1)∈RnY = Z = \begin{pmatrix} 1
    \vdots
    1 \end{pmatrix} \in \mathbb{R}^n
    . Ce vecteur est bien strictement positif. Calculons AYAY et tAZ{}^tAZ :
    • AYAY est le vecteur dont la ii-ème composante est la somme des modules de la ii-ème ligne de MM : (AY)i=∑j=1n∣mi,j∣(AY)_i = \sum_{j=1}^n |m_{i,j}|.
    • tAZ{}^tAZ est le vecteur dont la jj-ème composante est la somme des modules de la jj-ème colonne de MM : (tAZ)j=∑i=1n∣mi,j∣({}^tAZ)_j = \sum_{i=1}^n |m_{i,j}|.
    Soient :
    α=max⁡1≤i≤n∑j=1n∣mi,j∣etβ=max⁡1≤j≤n∑i=1n∣mi,j∣\alpha = \max_{1 \leq i \leq n} \sum_{j=1}^n |m_{i,j}|   \text{et}   \beta = \max_{1 \leq j \leq n} \sum_{i=1}^n |m_{i,j}|
    Alors on a bien AY≤αYAY \leq \alpha Y (car chaque composante est majorée par le max) et tAZ≤βZ{}^tAZ \leq \beta Z. En appliquant l'inégalité de la question 1., on obtient :
    ∥∣M∣∣X∣∥2≤αβ∥∣X∣∥2\||M| |X|\|^2 \leq \alpha \beta \||X|\|^2
    Comme ∥∣X∣∥2=∑∣xj∣2\||X|\|^2 = \sum |x_j|^2, on conclut :
    ∑i=1n∣(MX)i∣2≤(∑j=1n∣xj∣2)(max⁡i∑j∣mi,j∣)(max⁡j∑i∣mi,j∣)\boxed{\sum_{i=1}^n |(MX)_i|^2 \leq \left( \sum_{j=1}^n |x_j|^2 \right) \left( \max_i \sum_j |m_{i,j}| \right) \left( \max_j \sum_i |m_{i,j}| \right)}

Attention à ne pas confondre la norme euclidienne ∥A∥2\|A\|_2 (rayon spectral de tAA{}^tAA) avec la norme subordonnée à la norme infinie ou à la norme 1. L'exercice montre justement un lien subtil entre ces différentes normes.