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On se propose d'étudier la réduction des matrices symétriques à coefficients complexes, en soulignant les différences avec le cas réel.

  1. Montrer, à l'aide d'un contre-exemple en dimension 2, qu'une matrice symétrique de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) n'est pas nécessairement diagonalisable.
  2. Soit MMn(C)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) une matrice symétrique. On note A=Re(M)A = \text{Re}(M) et B=Im(M)B = \text{Im}(M) les matrices réelles telles que M=A+iBM = A + iB.
    1. Justifier que les matrices AA et BB sont elles-mêmes symétriques.
    2. Démontrer que si AA et BB commutent, alors la matrice MM est diagonalisable dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

1.

Pour la question 1, chercher une matrice dont le polynôme caractéristique possède une racine double, mais qui n'est pas l'identité.

2.

Pour la question 2.(a), utiliser la définition de la symétrie (MT=MM^T = M) et l'unicité de la décomposition en parties réelle et imaginaire.

3.

Pour la question 2.(b), utiliser le théorème spectral pour les matrices réelles symétriques et le résultat sur la codiagonalisation de matrices qui commutent.

Idées clés

Contre-exemple via une matrice nilpotente ou à spectre réduit à un singleton.

Théorème spectral : toute matrice réelle symétrique est diagonalisable par une matrice orthogonale.

Codiagonalisation : deux matrices diagonalisables commutent si et seulement si elles sont simultanément diagonalisables.

Résolution.

  1. Considérons la matrice symétrique complexe suivante :
    M=(2ii0)M = \begin{pmatrix} 2 & i
    i & 0 \end{pmatrix}

    Calculons son polynôme caractéristique χM(X)\chi_M(X) :

    χM(X)=det(XI2M)=(X2)Xi2=X22X+1=(X1)2\chi_M(X) = \det(XI_2 - M) = (X-2)X - i^2 = X^2 - 2X + 1 = (X-1)^2

    L'unique valeur propre de MM est 11. Si MM était diagonalisable, elle serait semblable à la matrice I2I_2. Or, la seule matrice semblable à I2I_2 est I2I_2 elle-même. Comme MI2M \neq I_2, on en conclut que :

    M n’est pas diagonalisable\boxed{M \text{ n'est pas diagonalisable}}

    1. Par hypothèse, MM est symétrique, ce qui se traduit par MT=MM^T = M. En utilisant la décomposition M=A+iBM = A + iBA,BMn(R)A, B \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}), nous avons :
      (A+iB)T=A+iB(A + iB)^T = A + iB

      Par linéarité de la transposition, cela donne AT+iBT=A+iBA^T + iB^T = A + iB. En identifiant les parties réelles et imaginaires (car A,B,AT,BTA, B, A^T, B^T sont toutes à coefficients réels), on obtient :

      AT=AetBT=B\boxed{A^T = A   \text{et}   B^T = B}

      Ainsi, AA et BB sont des matrices réelles symétriques.

    2. D'après le théorème spectral, les matrices réelles symétriques AA et BB sont diagonalisables dans Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}), et donc a fortiori dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

      De plus, l'énoncé suppose que AA et BB commutent (AB=BAAB = BA). Un résultat classique du cours affirme que deux matrices diagonalisables qui commutent sont simultanément diagonalisables.

      Il existe donc une matrice PGLn(C)P \in \text{GL}_n(\mathbb{C}) telle que :

      P1AP=DAetP1BP=DBP^{-1}AP = D_A   \text{et}   P^{-1}BP = D_B
      DAD_A et DBD_B sont des matrices diagonales complexes.

      On peut alors écrire :

      P1MP=P1(A+iB)P=P1AP+iP1BP=DA+iDBP^{-1}MP = P^{-1}(A + iB)P = P^{-1}AP + i P^{-1}BP = D_A + iD_B

      La matrice DA+iDBD_A + iD_B, étant la somme de deux matrices diagonales, est elle-même une matrice diagonale.

      M est donc diagonalisable\boxed{M \text{ est donc diagonalisable}}

L'erreur classique est de croire que le théorème spectral s'étend tel quel aux matrices complexes. C'est faux : la symétrie MT=MM^T = M ne garantit pas la diagonalisabilité sur C\mathbb{C}. C'est la propriété d'être hermitienne (M=MM^* = M) qui garantit la diagonalisabilité pour une matrice complexe.