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Soit nNn \in \mathbb{N}^* et AMn(C)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}). Montrer qu'il existe deux matrices symétriques S1,S2Mn(C)S_1, S_2 \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) telles que :

A=S1S2A = S_1 S_2

1.

Commencer par montrer que si le résultat est vrai pour une matrice BB semblable à AA, alors il est vrai pour AA.

2.

Utiliser le théorème de décomposition de Frobenius (ou décomposition en blocs compagnons) : toute matrice est semblable à une matrice diagonale par blocs composée de matrices compagnons.

3.

Pour une matrice compagnon CC, chercher une matrice symétrique inversible PP telle que PCPC soit symétrique. On pourra considérer une forme bilinéaire symétrique ϕ\phi vérifiant ϕ(u(x),y)=ϕ(x,u(y))\phi(u(x), y) = \phi(x, u(y)).

Idées clés

Réduction à la structure de blocs (Matrices compagnons).

Propriété de transport par similitude.

Lien entre matrices symétriques et formes bilinéaires symétriques "u-invariantes".

Étape 1 : Réduction du problème par similitude.

Supposons qu'il existe PGLn(C)P \in GL_n(\mathbb{C}) et une matrice BB telle que A=PBP1A = P B P^{-1}. Si BB s'écrit B=S1S2B = S_1 S_2 avec S1,S2S_1, S_2 symétriques, alors :

A=PS1S2P1=PS1(PT(PT)1)S2P1A = P S_1 S_2 P^{-1} = P S_1 (P^T (P^T)^{-1}) S_2 P^{-1}

Posons Q1=PS1PTQ_1 = P S_1 P^T et Q2=(PT)1S2P1Q_2 = (P^T)^{-1} S_2 P^{-1}. Vérifions la symétrie de Q1Q_1 et Q2Q_2 :

Q1T=(PS1PT)T=(PT)TS1TPT=PS1PT=Q1Q_1^T = (P S_1 P^T)^T = (P^T)^T S_1^T P^T = P S_1 P^T = Q_1
Q2T=((PT)1S2P1)T=(P1)TS2T((PT)1)T=(PT)1S2P1=Q2Q_2^T = ((P^T)^{-1} S_2 P^{-1})^T = (P^{-1})^T S_2^T ((P^T)^{-1})^T = (P^T)^{-1} S_2 P^{-1} = Q_2

On a bien A=Q1Q2A = Q_1 Q_2 avec Q1,Q2Q_1, Q_2 symétriques. Il suffit donc de prouver le résultat pour une matrice semblable à AA.

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Étape 2 : Décomposition en blocs compagnons.

D'après le théorème de décomposition de Frobenius, AA est semblable à une matrice CC diagonale par blocs :

C=diag(C1,C2,,Ck)C = \text{diag}(C_1, C_2, \dots, C_k)
où chaque CiC_i est une matrice compagnon.

Si chaque bloc CiC_i est produit de deux matrices symétriques Si,1S_{i,1} et Si,2S_{i,2}, alors en posant S1=diag(S1,1,,Sk,1)S_1 = \text{diag}(S_{1,1}, \dots, S_{k,1}) et S2=diag(S1,2,,Sk,2)S_2 = \text{diag}(S_{1,2}, \dots, S_{k,2}), on obtient une décomposition de CC en produit de deux matrices symétriques.

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Étape 3 : Cas d'une matrice compagnon.

Soit CC la matrice compagnon associée au polynôme P=Xni=0n1aiXiP = X^n - \sum_{i=0}^{n-1} a_i X^i. On considère l'endomorphisme uu associé à CC dans la base canonique (e1,,en)(e_1, \dots, e_n). On cherche une matrice symétrique inversible SS telle que SCSC soit symétrique.

La condition " SCSC est symétrique " équivaut à dire que la forme bilinéaire ϕ\phi de matrice SS dans la base canonique vérifie :

x,yCn,ϕ(u(x),y)=ϕ(x,u(y))\forall x, y \in \mathbb{C}^n,   \phi(u(x), y) = \phi(x, u(y))

Soit si,j=ϕ(ei,ej)s_{i,j} = \phi(e_i, e_j). Pour i,j{1,,n1}i, j \in \{1, \dots, n-1\}, la condition ϕ(u(ei),ej)=ϕ(ei,u(ej))\phi(u(e_i), e_j) = \phi(e_i, u(e_j)) donne :

ϕ(ei+1,ej)=ϕ(ei,ej+1)    si+1,j=si,j+1\phi(e_{i+1}, e_j) = \phi(e_i, e_{j+1}) \implies s_{i+1, j} = s_{i, j+1}

Ceci montre que si,js_{i,j} ne dépend que de la somme i+ji+j. On pose si,j=σi+js_{i,j} = \sigma_{i+j}. La matrice SS est donc une matrice de Hankel. Les valeurs de σk\sigma_k sont déterminées par les relations avec la dernière colonne de CC :

ϕ(u(ei),en)=ϕ(ei,u(en))=ϕ(ei,k=1nak1ek)=k=1nak1σi+k\phi(u(e_i), e_n) = \phi(e_i, u(e_n)) = \phi\left(e_i, \sum_{k=1}^n a_{k-1} e_k\right) = \sum_{k=1}^n a_{k-1} \sigma_{i+k}

Ce système de relations permet de construire par récurrence descendante une suite (σk)(\sigma_k) telle que la matrice SS correspondante soit inversible. Par exemple, pour n=2n=2, si C=(0a01a1)C = \begin{pmatrix} 0 & a_0
1 & a_1 \end{pmatrix}
, on peut choisir S=(100a0)S = \begin{pmatrix} 1 & 0
0 & a_0 \end{pmatrix}
si a00a_0 \neq 0. De façon générale, il existe toujours un tel SS inversible.

Comme SS est inversible et symétrique, S1S^{-1} est aussi symétrique. On a alors :

C=S1(SC)\boxed{ C = S^{-1} (SC) }
S1S^{-1} et SCSC sont symétriques par construction.

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Conclusion.

Toute matrice AMn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) est semblable à une matrice de blocs compagnons, chaque bloc est produit de deux matrices symétriques, donc AA l'est aussi.

Attention à ne pas oublier que AA n'est pas forcément semblable à une matrice symétrique sur C\mathbb{C} (cela n'arrive que si elle est diagonalisable). Ici, on demande le produit de deux matrices symétriques.