WikiPrépaLivrets

Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

Montrer que la matrice AA est diagonalisable si et seulement si sa matrice exponentielle exp⁡(A)\exp(A) est diagonalisable.

1.

Pour le sens direct, utiliser la caractérisation de la diagonalisabilité par la similitude à une matrice diagonale.

2.

Pour le sens réciproque, introduire la décomposition de Dunford de A=D+NA = D + N, où DD est diagonalisable, NN est nilpotente et DN=NDDN = ND.

3.

Justifier que exp⁡(A)\exp(A) et exp⁡(−D)\exp(-D) sont co-diagonalisables pour en déduire que exp⁡(N)\exp(N) est diagonalisable.

4.

Étudier les valeurs propres de exp⁡(N)\exp(N) et utiliser le fait qu'une matrice diagonalisable n'ayant qu'une seule valeur propre λ\lambda est égale à λIn\lambda I_n.

Idées clés

•

Utilisation de la décomposition de Dunford A=D+NA = D + N.

•

Propriété : l'exponentielle d'une somme de matrices qui commutent est le produit des exponentielles.

•

Une matrice diagonalisable à spectre ponctuel est une homothétie.

Résolution.

  1. Sens direct : supposons AA diagonalisable. Il existe P∈GLn(C)P \in GL_n(\mathbb{C}) et D=diag(λ1,…,λn)D = \text{diag}(\lambda_1, \dots, \lambda_n) tels que A=PDP−1A = PDP^{-1}. Par définition de l'exponentielle de matrice, on a :
    exp⁡(A)=∑k=0+∞Akk!=∑k=0+∞PDkP−1k!=P(∑k=0+∞Dkk!)P−1\exp(A) = \sum_{k=0}^{+\infty} \frac{A^k}{k!} = \sum_{k=0}^{+\infty} \frac{P D^k P^{-1}}{k!} = P \left( \sum_{k=0}^{+\infty} \frac{D^k}{k!} \right) P^{-1}
    Ce qui se simplifie en :
    exp⁡(A)=Pexp⁡(D)P−1\exp(A) = P \exp(D) P^{-1}
    Comme DD est diagonale, exp⁡(D)=diag(eλ1,…,eλn)\exp(D) = \text{diag}(e^{\lambda_1}, \dots, e^{\lambda_n}) est également diagonale.
    exp⁡(A) est donc diagonalisable.\boxed{\exp(A) \text{ est donc diagonalisable.}}

  2. Sens réciproque : supposons exp⁡(A)\exp(A) diagonalisable. Considérons la décomposition de Dunford de AA. Comme A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}), son polynôme caractéristique est scindé. Il existe un unique couple (D,N)∈Mn(C)2(D, N) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C})^2 tel que :
    A=D+N,D est diagonalisable, N est nilpotente, et DN=NDA = D + N,   D \text{ est diagonalisable, } N \text{ est nilpotente, et } DN = ND
    Puisque DD et NN commutent, on a exp⁡(A)=exp⁡(D+N)=exp⁡(D)exp⁡(N)\exp(A) = \exp(D+N) = \exp(D)\exp(N). De plus, comme DD et NN sont des polynômes en AA, ils commutent avec AA. Il en résulte que exp⁡(A)\exp(A), exp⁡(D)\exp(D) et exp⁡(N)\exp(N) commutent entre elles. On peut alors écrire :
    exp⁡(N)=exp⁡(A)exp⁡(−D)\exp(N) = \exp(A) \exp(-D)
    D'après le sens direct, exp⁡(−D)\exp(-D) est diagonalisable (car −D-D l'est). exp⁡(A)\exp(A) et exp⁡(−D)\exp(-D) sont deux matrices diagonalisables qui commutent. Elles sont donc co-diagonalisables. Leur produit exp⁡(N)\exp(N) est par conséquent diagonalisable. Déterminons maintenant le spectre de exp⁡(N)\exp(N). Comme NN est nilpotente, sa seule valeur propre est 00. Par le théorème de trigonalisation, NN est semblable à une matrice triangulaire supérieure dont la diagonale est nulle. Alors exp⁡(N)\exp(N) est semblable à une matrice triangulaire supérieure dont les coefficients diagonaux sont e0=1e^0 = 1. L'unique valeur propre de exp⁡(N)\exp(N) est donc 11. Comme exp⁡(N)\exp(N) est diagonalisable et que Sp(exp⁡(N))={1}Sp(\exp(N)) = \{1\}, on en déduit :
    exp⁡(N)=In\boxed{\exp(N) = I_n}
    Utilisons enfin la nilpotence de NN. Soit pp l'indice de nilpotence de NN. Si p≥2p \geq 2, on a :
    In=exp⁡(N)=In+N+N22!+⋯+Np−1(p−1)!I_n = \exp(N) = I_n + N + \frac{N^2}{2!} + \dots + \frac{N^{p-1}}{(p-1)!}
    Ce qui implique :
    N(In+N2!+⋯+Np−2(p−1)!)=0N \left( I_n + \frac{N}{2!} + \dots + \frac{N^{p-2}}{(p-1)!} \right) = 0
    La matrice M=In+N2!+⋯+Np−2(p−1)!M = I_n + \frac{N}{2!} + \dots + \frac{N^{p-2}}{(p-1)!} est de la forme In+UI_n + U avec UU nilpotente (car UU est un polynôme en NN sans terme constant). Une telle matrice est inversible. En multipliant par M−1M^{-1}, on obtient :
    N=0\boxed{N = 0}
    Ainsi A=DA = D, ce qui prouve que AA est diagonalisable.

L'implication réciproque est fausse si A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}). Par exemple, pour A=(0−2π2π0)A = \begin{pmatrix} 0 & -2\pi
2\pi & 0 \end{pmatrix}
, on a exp⁡(A)=I2\exp(A) = I_2, qui est diagonalisable, alors que AA n'est pas diagonalisable dans M2(R)\mathcal{M}_2(\mathbb{R}) (ses valeurs propres sont ±2iπ\pm 2i\pi).