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On considère un entier n1n \geq 1. L'objectif est de déterminer l'ensemble des morphismes de groupes f:(R,×)(GLn(C),×)f : (\mathbb{R}^*, \times) \to (GL_n(\mathbb{C}), \times) tels que, pour tout (i,j){1,,n}2(i,j) \in \{1, \dots, n\}^2, la composante fi,jf_{i,j} est une fraction rationnelle sur R\mathbb{R}.

1.

Commencer par étudier la restriction du morphisme à R+\mathbb{R}_+^*.

2.

Utiliser le changement de variable t=ext = e^x pour transformer le problème en une équation différentielle portant sur g(x)=f(ex)g(x) = f(e^x).

3.

Exprimer g(x)g(x) à l'aide de l'exponentielle matricielle et analyser la nature des coefficients.

4.

Étudier les valeurs propres de la matrice A=f(1)A = f'(1) ainsi que sa diagonalisabilité en observant la croissance des coefficients.

5.

Conclure sur R\mathbb{R}^* en utilisant la rigidité des fractions rationnelles.

Idées clés

Lien entre morphismes de groupes continus et exponentielle matricielle.

Analyse des fonctions de type xeλxx \mapsto e^{\lambda x} et xxkeλxx \mapsto x^k e^{\lambda x} au regard des fractions rationnelles en exe^x.

Prolongement par densité ou prolongement analytique pour les fractions rationnelles.

1. Étude sur le sous-groupe des réels strictement positifs.

Soit ff un tel morphisme. On pose, pour tout xRx \in \mathbb{R}, g(x)=f(ex)g(x) = f(e^x).

Puisque ff est un morphisme de (R+,×)(\mathbb{R}_+^*, \times) vers (GLn(C),×)(GL_n(\mathbb{C}), \times), l'application gg est un morphisme de (R,+)(\mathbb{R}, +) vers (GLn(C),×)(GL_n(\mathbb{C}), \times).

On a donc, pour tous x,yRx, y \in \mathbb{R} :

g(x+y)=g(x)g(y)etg(0)=Ing(x+y) = g(x)g(y)   \text{et}   g(0) = I_n

Comme les coefficients de ff sont des fractions rationnelles sans pôle sur R+\mathbb{R}_+^*, ils sont de classe CC^\infty. Par composition, gg est également de classe CC^\infty.

En dérivant la relation g(x+y)=g(x)g(y)g(x+y) = g(x)g(y) par rapport à xx, on obtient g(x+y)=g(x)g(y)g'(x+y) = g'(x)g(y). En évaluant en x=0x=0, on trouve g(y)=Ag(y)g'(y) = Ag(y)A=g(0)Mn(C)A = g'(0) \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

L'unique solution de ce problème de Cauchy est donnée par l'exponentielle matricielle :

xR,g(x)=exA\boxed{ \forall x \in \mathbb{R},   g(x) = e^{xA} }

Ainsi, pour tout tR+t \in \mathbb{R}_+^*, on a f(t)=eAln(t)f(t) = e^{A \ln(t)}.

2. Analyse de la matrice AA.

Les coefficients de exAe^{xA} doivent être des fractions rationnelles en la variable t=ext = e^x.

i) Valeurs propres de AA : Soit λC\lambda \in \mathbb{C} une valeur propre de AA et vCn{0}v \in \mathbb{C}^n \setminus \{0\} un vecteur propre associé. On a :

g(x)v=exAv=eλxvg(x)v = e^{xA}v = e^{\lambda x}v

Les coordonnées de ce vecteur sont de la forme vieλxv_i e^{\lambda x}. Pour un ii tel que vi0v_i \neq 0, la fonction xeλxx \mapsto e^{\lambda x} doit être une fraction rationnelle en exe^x.

Il existe donc RC(X)R \in \mathbb{C}(X) tel que eλx=R(ex)e^{\lambda x} = R(e^x), soit tλ=R(t)t^\lambda = R(t) pour tout t>0t > 0. En dérivant, λtλ1=R(t)\lambda t^{\lambda - 1} = R'(t), d'où λR(t)t=R(t)\lambda \frac{R(t)}{t} = R'(t), ce qui donne R(t)R(t)=λt\frac{R'(t)}{R(t)} = \frac{\lambda}{t}.

En décomposant R/RR'/R en éléments simples, on sait que les pôles sont de résidus entiers (correspondant aux multiplicités des racines). On en déduit :

λZ\boxed{ \lambda \in \mathbb{Z} }

ii) Diagonalisabilité de AA : Supposons que AA ne soit pas diagonalisable. Alors il existe une valeur propre λ\lambda telle que ker(AλI)ker(AλI)2\ker(A-\lambda I) \subsetneq \ker(A-\lambda I)^2.

Soit wker(AλI)2ker(AλI)w \in \ker(A-\lambda I)^2 \setminus \ker(A-\lambda I). On pose v=(AλI)w0v = (A-\lambda I)w \neq 0. On a Av=λvAv = \lambda v. Le calcul de l'exponentielle donne :

exAw=eλxex(AλI)w=eλx(w+x(AλI)w)=eλxw+xeλxve^{xA}w = e^{\lambda x} e^{x(A-\lambda I)}w = e^{\lambda x} (w + x(A-\lambda I)w) = e^{\lambda x}w + x e^{\lambda x}v

Les coefficients de g(x)g(x) contiendraient alors des termes de la forme eλx(wi+xvi)e^{\lambda x}(w_i + x v_i). En posant t=ext = e^x, cela donne tλ(wi+vilnt)t^\lambda(w_i + v_i \ln t).

Or, une fonction de la forme ttklntt \mapsto t^k \ln t (avec vi0v_i \neq 0) n'est jamais une fraction rationnelle (son comportement en ++\infty ou sa dérivée seconde l'interdisent).

Par conséquent, AA est diagonalisable. Comme ses valeurs propres sont entières, il existe PGLn(C)P \in GL_n(\mathbb{C}) telle que :

A=Pdiag(n1,,nn)P1avec(n1,,nn)ZnA = P \text{diag}(n_1, \dots, n_n) P^{-1}   \text{avec}   (n_1, \dots, n_n) \in \mathbb{Z}^n

On en déduit que pour t>0t > 0 :

f(t)=Pdiag(tn1,,tnn)P1\boxed{ f(t) = P \text{diag}(t^{n_1}, \dots, t^{n_n}) P^{-1} }

3. Extension à R\mathbb{R^*.}

Considérons l'application h:tf(t)(Pdiag(tn1,,tnn)P1)1h : t \mapsto f(t) \cdot \left( P \text{diag}(t^{n_1}, \dots, t^{n_n}) P^{-1} \right)^{-1}. Puisque ttkt \mapsto t^k est une fraction rationnelle pour tout kZk \in \mathbb{Z}, hh est une fraction rationnelle sur R\mathbb{R}^*.

D'après l'étude précédente, h(t)=Inh(t) = I_n pour tout t]0,+[t \in ]0, +\infty[. Une fraction rationnelle constante sur un intervalle est constante sur tout son domaine de définition par le principe d'identité.

Ainsi, h(t)=Inh(t) = I_n pour tout tRt \in \mathbb{R}^*.

Conclusion : Les morphismes cherchés sont exactement les applications de la forme :

tPdiag(tn1,,tnn)P1\boxed{ t \mapsto P \text{diag}(t^{n_1}, \dots, t^{n_n}) P^{-1} }
PGLn(C)P \in GL_n(\mathbb{C}) et (n1,,nn)Zn(n_1, \dots, n_n) \in \mathbb{Z}^n.

L'erreur classique consiste à oublier de justifier la diagonalisabilité de AA. L'existence de valeurs propres entières ne suffit pas à garantir que exAe^{xA} a des coefficients rationnels en exe^x ; il faut aussi s'assurer de l'absence de blocs de Jordan (ou de termes en xkx^k dans le développement).