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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et M∈Mn(R)M \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}).

On suppose que la matrice M2M^{2} est triangulaire supérieure et que ses coefficients diagonaux sont les entiers 1,2,…,n1, 2, \ldots, n.

Démontrer que la matrice MM est également triangulaire supérieure.

1.

Rappeler la caractérisation d'une matrice triangulaire supérieure en termes de sous-espaces stables pour la base canonique (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n).

2.

Étudier les valeurs propres de M2M^2 et la dimension de ses sous-espaces propres.

3.

Utiliser le fait que MM et M2M^2 commutent pour montrer que MM stabilise les sous-espaces propres de M2M^2.

4.

Faire le lien entre les sous-espaces propres de M2M^2 et les espaces Vk=Vect(e1,…,ek)V_k = \text{Vect}(e_1, \dots, e_k).

Idées clés

•

Stabilité du drapeau canonique : MM est triangulaire supérieure si et seulement si pour tout k∈{1,…,n}k \in \{1, \dots, n\}, le sous-espace Vk=Vect(e1,…,ek)V_k = \text{Vect}(e_1, \dots, e_k) est stable par MM.

•

Commutation et stabilité : si deux endomorphismes commutent, l'un stabilise les sous-espaces propres de l'autre.

•

Propriétés des matrices à valeurs propres distinctes.

Résolution.

Soit (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) la base canonique de Rn\mathbb{R}^n. Pour tout k∈{1,…,n}k \in \{1, \dots, n\}, on note :

Vk=Vect(e1,…,ek)V_k = \text{Vect}(e_1, \dots, e_k)

Par hypothèse, M2M^2 est triangulaire supérieure. Cela signifie exactement que :

∀k∈{1,…,n},M2(Vk)⊂Vk\forall k \in \{1, \dots, n\},   M^2(V_k) \subset V_k

De plus, les coefficients diagonaux de M2M^2 sont 1,2,…,n1, 2, \dots, n. Ce sont les valeurs propres de M2M^2. Comme elles sont toutes distinctes, on en déduit que :

  1. M2M^2 est diagonalisable.
  2. Chaque sous-espace propre de M2M^2 est une droite vectorielle.

Notons Ei(M2)=ker⁡(M2−iI)E_i(M^2) = \ker(M^2 - i I) le sous-espace propre de M2M^2 associé à la valeur propre ii, pour i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}. On a alors :

dim⁡Ei(M2)=1\dim E_i(M^2) = 1

Puisque MM commute avec M2M^2 (en effet M⋅M2=M3=M2⋅MM \cdot M^2 = M^3 = M^2 \cdot M), MM stabilise chaque sous-espace propre de M2M^2. Comme chaque Ei(M2)E_i(M^2) est de dimension 1, il existe des réels μi\mu_i tels que :

∀i∈{1,…,n},∀x∈Ei(M2),Mx=μix\forall i \in \{1, \dots, n\},   \forall x \in E_i(M^2),   M x = \mu_i x

Ceci prouve que MM est diagonalisable dans la même base de vecteurs propres que M2M^2.

Lien avec le drapeau canonique.

Considérons la restriction de l'endomorphisme associé à M2M^2 au sous-espace stable VkV_k. Notons uu l'endomorphisme de Rn\mathbb{R}^n associé à M2M^2. Puisque u(Vk)⊂Vku(V_k) \subset V_k, on peut considérer l'endomorphisme induit uk=u∣Vku_k = u_{|V_k}.

La matrice de uku_k dans la base (e1,…,ek)(e_1, \dots, e_k) est la sous-matrice principale d'ordre kk de M2M^2. Ses valeurs propres sont les coefficients diagonaux correspondants, soit {1,2,…,k}\{1, 2, \dots, k\}.

Comme ces kk valeurs propres sont distinctes et que dim⁡Vk=k\dim V_k = k, uku_k est diagonalisable et ses sous-espaces propres sont de dimension 1. Or, si x∈Vkx \in V_k est un vecteur propre de uku_k pour la valeur propre ii, alors xx est aussi un vecteur propre de uu pour la même valeur propre.

Ainsi, on a l'égalité :

Vk=⨁i=1kEi(M2)\boxed{ V_k = \bigoplus_{i=1}^k E_i(M^2) }

Conclusion.

Nous avons montré précédemment que pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}, M(Ei(M2))⊂Ei(M2)M(E_i(M^2)) \subset E_i(M^2). Par sommation, il vient :

M(Vk)=M(⨁i=1kEi(M2))⊂⨁i=1kM(Ei(M2))⊂⨁i=1kEi(M2)=VkM(V_k) = M\left( \bigoplus_{i=1}^k E_i(M^2) \right) \subset \bigoplus_{i=1}^k M(E_i(M^2)) \subset \bigoplus_{i=1}^k E_i(M^2) = V_k

Ainsi, pour tout k∈{1,…,n}k \in \{1, \dots, n\}, le sous-espace VkV_k est stable par MM. On en conclut que :

M est une matrice triangulaire supeˊrieure\boxed{ M \text{ est une matrice triangulaire supérieure} }

Il ne faut pas affirmer sans justification que MM est un polynôme en M2M^2. Bien que ce soit vrai ici (car M2M^2 a des valeurs propres distinctes), il est plus rigoureux d'utiliser la stabilité des sous-espaces propres induite par la commutation.