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Soit la matrice AM3(R)A \in \mathcal{M}_{3}(\mathbb{R}) définie par :

A=(111111111)A=\begin{pmatrix} 1 & -1 & -1
-1 & 1 & -1
-1 & -1 & 1 \end{pmatrix}

  1. Déterminer le polynôme minimal μA\mu_A de la matrice AA. En déduire la dimension de l'espace vectoriel R[A]\mathbb{R}[A].
  2. Pour tout nNn \in \mathbb{N}, exprimer AnA^{n} sous la forme anI3+bnAa_{n} I_{3} + b_{n} A, où (an)(a_n) et (bn)(b_n) sont deux suites réelles à déterminer.
  3. Déterminer la dimension du commutant de AA, c'est-à-dire du sous-espace :
    C(A)={MM3(R)AM=MA}\mathcal{C}(A) = \{ M \in \mathcal{M}_{3}(\mathbb{R}) \mid AM = MA \}
  4. L'équation X2=AX^{2}=A admet-elle des solutions dans M3(R)\mathcal{M}_{3}(\mathbb{R}) ?

1.

Remarquer que A=2I3JA = 2I_3 - JJJ est la matrice dont tous les coefficients valent 11. Utiliser les propriétés de JJ pour trouver un polynôme annulateur.

2.

Effectuer la division euclidienne de XnX^n par le polynôme minimal μA\mu_A.

3.

Utiliser le fait que AA est diagonalisable. Dans une base de diagonalisation, le commutant est constitué de matrices diagonales par blocs.

4.

Calculer le déterminant de AA ou examiner ses valeurs propres.

Idées clés

Lien entre polynôme minimal et dimension de l'algèbre engendrée par une matrice.

Utilisation de la division euclidienne polynomiale pour le calcul des puissances.

Dimension du commutant d'un endomorphisme diagonalisable.

Propriétés du déterminant dans les équations matricielles de type Xk=AX^k = A.

Résolution.

  1. Notons J=(111111111)J = \begin{pmatrix} 1 & 1 & 1
    1 & 1 & 1
    1 & 1 & 1 \end{pmatrix}
    . On remarque immédiatement que :
    A=2I3JA = 2I_3 - J
    Comme JJ est une matrice de rang 11, son spectre est {Tr(J),0}={3,0}\{ \text{Tr}(J), 0 \} = \{3, 0\}. Il en résulte que les valeurs propres de AA sont 23=12-3 = -1 et 20=22-0 = 2. Puisque AA est symétrique réelle, elle est diagonalisable. Son polynôme minimal est donc scindé à racines simples sur R\mathbb{R} et admet pour racines les valeurs propres de AA. On en déduit :
    μA=(X2)(X+1)=X2X2\boxed{\mu_A = (X-2)(X+1) = X^2 - X - 2}
    L'espace R[A]\mathbb{R}[A] est l'algèbre des polynômes en AA. Sa dimension est égale au degré du polynôme minimal.
    dimR[A]=2\boxed{\dim \mathbb{R}[A] = 2}

  2. Soit nNn \in \mathbb{N}. On effectue la division euclidienne de XnX^n par μA\mu_A :
    Xn=μA(X)Q(X)+bnX+anX^n = \mu_A(X) Q(X) + b_n X + a_n
    En évaluant cette égalité en les racines de μA\mu_A (qui sont 22 et 1-1), on obtient le système suivant :
    {2n=2bn+an(1)n=bn+an\begin{cases} 2^n = 2b_n + a_n
    (-1)^n = -b_n + a_n \end{cases}
    Par soustraction, on trouve 3bn=2n(1)n3b_n = 2^n - (-1)^n, d'où bn=2n(1)n3b_n = \frac{2^n - (-1)^n}{3}. Puis, an=bn+(1)n=2n(1)n+3(1)n3=2n+2(1)n3a_n = b_n + (-1)^n = \frac{2^n - (-1)^n + 3(-1)^n}{3} = \frac{2^n + 2(-1)^n}{3}. En évaluant l'égalité polynomiale en AA, sachant que μA(A)=0\mu_A(A) = 0, on obtient :
    An=2n+2(1)n3I3+2n(1)n3A\boxed{A^n = \frac{2^n + 2(-1)^n}{3} I_3 + \frac{2^n - (-1)^n}{3} A}

  3. La matrice AA est diagonalisable. Il existe PGL3(R)P \in GL_3(\mathbb{R}) telle que A=PDP1A = P D P^{-1} avec D=diag(2,2,1)D = \text{diag}(2, 2, -1). Une matrice MM commute avec AA si et seulement si P1MPP^{-1}MP commute avec DD. Posons N=P1MPN = P^{-1}MP. La condition ND=DNND = DN impose, par un calcul par blocs, que NN est de la forme :
    N=(B00c)avec BM2(R) et cRN = \begin{pmatrix} B & 0
    0 & c \end{pmatrix}   \text{avec } B \in \mathcal{M}_2(\mathbb{R}) \text{ et } c \in \mathbb{R}
    L'espace de ces matrices NN est de dimension 22+12=52^2 + 1^2 = 5. Par isomorphisme, la dimension du commutant de AA est la même.
    dimC(A)=5\boxed{\dim \mathcal{C}(A) = 5}

  4. Supposons qu'il existe XM3(R)X \in \mathcal{M}_3(\mathbb{R}) telle que X2=AX^2 = A. Alors, par passage au déterminant, on aurait det(X)2=det(A)\det(X)^2 = \det(A). Calculons le déterminant de AA. Comme AA est semblable à diag(2,2,1)\text{diag}(2, 2, -1), on a :
    det(A)=2×2×(1)=4\det(A) = 2 \times 2 \times (-1) = -4
    On aboutirait donc à det(X)2=4\det(X)^2 = -4, ce qui est impossible pour une matrice à coefficients réels car le carré d'un nombre réel (det(X)\det(X)) est toujours positif ou nul.
    L’eˊquation X2=A n’a pas de solution dans M3(R).\boxed{\text{L'équation } X^2 = A \text{ n'a pas de solution dans } \mathcal{M}_3(\mathbb{R}).}

Pour la question 4, on pourrait être tenté de chercher les solutions sous forme diagonale. Cependant, cette méthode ne prouve pas l'inexistence de solutions qui ne commuteraient pas avec AA. L'argument du déterminant est ici le plus direct et le plus rigoureux pour prouver l'absence de solution réelle.