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Soit nNn \in \mathbb{N}^*. On considère l'application Φ:Mn(C)Mn(C)\Phi : \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) \to \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) définie par Φ(M)=M2\Phi(M) = M^2.

L'objectif est de déterminer l'image de cette application, notée Im(Φ)\text{Im}(\Phi), en utilisant la réduction de Jordan.

On rappelle qu'un bloc de Jordan de taille k1k \ge 1 associé à λC\lambda \in \mathbb{C} est la matrice :

Jk(λ)=λIk+NkouˋNk=j=1k1Ej,j+1J_k(\lambda) = \lambda I_k + N_k   \text{où}   N_k = \sum_{j=1}^{k-1} E_{j, j+1}
On admet que toute matrice de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) est semblable à une matrice diagonale par blocs de la forme diag(Jk1(λ1),,Jkr(λr))\text{diag}(J_{k_1}(\lambda_1), \dots, J_{k_r}(\lambda_r)).

  1. Soit AGLn(C)A \in GL_n(\mathbb{C}). Montrer que AIm(Φ)A \in \text{Im}(\Phi).
  2. Soit kNk \in \mathbb{N}^*. Déterminer la forme de Jordan de la matrice Jk(0)2J_k(0)^2.
  3. En déduire une condition nécessaire et suffisante sur les tailles des blocs de Jordan associés à la valeur propre nulle pour qu'une matrice AA appartienne à Im(Φ)\text{Im}(\Phi).
  4. Conclure sur la nature de Im(Φ)\text{Im}(\Phi).

1.

Pour la question 1, utiliser le fait qu'une matrice inversible est semblable à une somme de blocs Jk(λ)J_k(\lambda) avec λ0\lambda \neq 0. Pour un tel bloc, chercher une racine carrée sous la forme d'un polynôme en Jk(λ)J_k(\lambda) en utilisant le développement en série entière de (1+x)1/2(1+x)^{1/2}.

2.

Pour la question 2, considérer l'endomorphisme nilpotent uu associé à NkN_k. Étudier les noyaux itérés de u2u^2 ou observer l'action de u2u^2 sur les vecteurs de la base canonique pour identifier les tailles des cycles.

3.

Pour la question 3, remarquer qu'une matrice est un carré si et seulement si chacun de ses blocs de Jordan (ou groupements de blocs associés à une même valeur propre) est un carré. Le cas λ0\lambda \neq 0 étant traité, se focaliser sur la possibilité de partitionner les blocs de taille kk associés à 0.

Idées clés

Réduction de Jordan : décomposition de l'espace en sous-espaces stables.

Racine carrée d'un opérateur I+NI+N avec NN nilpotent via les séries binomiales.

Analyse de la structure de N2N^2 pour un bloc élémentaire.

Résolution.

  1. Cas des matrices inversibles. Soit AGLn(C)A \in GL_n(\mathbb{C}). Par le théorème de réduction de Jordan, AA est semblable à une matrice diagonale par blocs diag(Jk1(λ1),,Jkr(λr))\text{diag}(J_{k_1}(\lambda_1), \dots, J_{k_r}(\lambda_r)). Puisque AA est inversible, toutes ses valeurs propres λi\lambda_i sont non nulles. Il suffit de montrer que chaque bloc Jk(λ)J_k(\lambda) avec λ0\lambda \neq 0 est un carré. On écrit :
    Jk(λ)=λ(Ik+1λNk)J_k(\lambda) = \lambda \left( I_k + \frac{1}{\lambda} N_k \right)
    Soit μ\mu tel que μ2=λ\mu^2 = \lambda. On cherche une racine carrée de Ik+1λNkI_k + \frac{1}{\lambda} N_k sous la forme Ik+XI_k + X. On utilise le développement en série entière de (1+z)1/2=p=0(1/2p)zp(1+z)^{1/2} = \sum_{p=0}^{\infty} \binom{1/2}{p} z^p. Comme la matrice M=1λNkM = \frac{1}{\lambda} N_k est nilpotente d'indice kk, la série appliquée à cette matrice est une somme finie :
    S=p=0k1(1/2p)(1λNk)pS = \sum_{p=0}^{k-1} \binom{1/2}{p} \left( \frac{1}{\lambda} N_k \right)^p
    Par propriété des séries formelles, S2=Ik+1λNkS^2 = I_k + \frac{1}{\lambda} N_k. Ainsi, (μS)2=Jk(λ)(\mu S)^2 = J_k(\lambda). \boxed{ \forall A \in GL_n(\mathbb{C}), \ A \in \text{Im}(\Phi) }

  2. Étude du bloc nilpotent Jk(0)J_k(0). Soit uu l'endomorphisme de Ck\mathbb{C}^k dont la matrice dans la base canonique (e1,,ek)(e_1, \dots, e_k) est NkN_k. On a u(ej)=ej1u(e_j) = e_{j-1} pour j>1j > 1 et u(e1)=0u(e_1) = 0. L'application u2u^2 agit par u2(ej)=ej2u^2(e_j) = e_{j-2}. On observe la structure de ses orbites :
    • Orbite 1 : ekek2ek4e_k \to e_{k-2} \to e_{k-4} \to \dots
    • Orbite 2 : ek1ek3ek5e_{k-1} \to e_{k-3} \to e_{k-5} \to \dots
    La première orbite contient k/2\lceil k/2 \rceil vecteurs non nuls, et la seconde en contient k/2\lfloor k/2 \rfloor. Ces deux sous-espaces sont stables par u2u^2 et la restriction de u2u^2 à chacun d'eux est un bloc de Jordan de taille correspondante. Ainsi :
    Jk(0)2Jk/2(0)Jk/2(0)\boxed{ J_k(0)^2 \sim J_{\lceil k/2 \rceil}(0) \oplus J_{\lfloor k/2 \rfloor}(0) }

  3. Condition sur la partie nilpotente. Soit AMn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). AA est un carré si et seulement si sa restriction à chaque sous-espace caractéristique est un carré. Pour λ0\lambda \neq 0, c'est toujours vrai d'après la question 1. Pour λ=0\lambda = 0, soit A0A_0 la restriction de AA au sous-espace caractéristique associé à 0. A0A_0 est nilpotente. Si A0=B02A_0 = B_0^2 avec B0B_0 nilpotente, et si B0i=1mJpi(0)B_0 \sim \bigoplus_{i=1}^m J_{p_i}(0), alors d'après la question 2 :
    A0i=1m(Jpi/2(0)Jpi/2(0))A_0 \sim \bigoplus_{i=1}^m \left( J_{\lceil p_i/2 \rceil}(0) \oplus J_{\lfloor p_i/2 \rfloor}(0) \right)
    Cela signifie que les blocs de Jordan de A0A_0 doivent pouvoir être regroupés par paires de tailles (qi,ri)(q_i, r_i) telles que qiri1|q_i - r_i| \le 1. Note : Un bloc de taille qq peut être seul si r=0r=0, ce qui correspond à p=1p=1 (car 1/2=1\lceil 1/2 \rceil = 1 et 1/2=0\lfloor 1/2 \rfloor = 0).

  4. Conclusion sur l'image. L'image de Φ\Phi est l'ensemble des matrices AA telles que, pour la valeur propre nulle, si l'on note nkn_k le nombre de blocs de Jordan de taille kk, il existe une suite d'entiers naturels (bm)m1(b_m)_{m \ge 1} (représentant le nombre de blocs de taille mm dans une racine BB) vérifiant :
    k1, nk=2b2k+b2k1+b2k+1\boxed{ \forall k \ge 1, \ n_k = 2b_{2k} + b_{2k-1} + b_{2k+1} }
    (avec la convention b0=0b_0 = 0). De manière plus imagée, AA est un carré si et seulement si ses blocs de Jordan pour 0 peuvent être issus de la fragmentation de blocs plus grands en deux morceaux de tailles quasi-égales.

Une erreur fréquente est de croire que toutes les matrices complexes sont des carrés. C'est faux pour les matrices nilpotentes : par exemple, J2(0)J_2(0) n'est pas un carré car on ne peut pas trouver mm tel que {m/2,m/2}={2}\{\lceil m/2 \rceil, \lfloor m/2 \rfloor\} = \{2\}. Il faudrait au moins un autre bloc (de taille 1, 2 ou 3) pour l'accompagner.