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Soit nn un entier naturel non nul et AA une matrice de Mn(R)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}).

On suppose que la matrice AA satisfait l'équation polynomiale suivante :

A3+A2+A=0Mn(R)A^{3} + A^{2} + A = 0_{\mathcal{M}_{n}(\mathbb{R})}

Démontrer que le rang de la matrice AA est un nombre pair.

1.

Identifier un polynôme annulateur de la matrice AA et déterminer ses racines dans C\mathbb{C}.

2.

Utiliser le fait qu'un polynôme à coefficients réels possède des racines complexes conjuguées ayant la même multiplicité.

3.

Faire le lien entre la diagonalisabilité de AA sur C\mathbb{C} et l'expression de son rang en fonction des multiplicités de ses valeurs propres non nulles.

Idées clés

•

Diagonalisabilité par un polynôme annulateur à racines simples.

•

Propriété des racines complexes des polynômes réels.

•

Lien entre rang et spectre pour une matrice diagonalisable.

Résolution.

Considérons le polynôme P∈R[X]P \in \mathbb{R}[X] défini par :

P(X)=X3+X2+XP(X) = X^3 + X^2 + X

D'après l'énoncé, PP est un polynôme annulateur de la matrice AA. Nous pouvons factoriser ce polynôme dans C[X]\mathbb{C}[X] :

P(X)=X(X2+X+1)=X(X−j)(X−jˉ)P(X) = X(X^2 + X + 1) = X(X - j)(X - \bar{j})

où j=ei2π3=−1+i32j = e^{i\frac{2\pi}{3}} = \frac{-1 + i\sqrt{3}}{2} est une racine cubique de l'unité.

Les trois racines de PP (qui sont 00, jj, et jˉ\bar{j}) sont distinctes dans C\mathbb{C}. Le polynôme annulateur PP est donc scindé à racines simples sur C\mathbb{C}.

Par conséquent, la matrice AA est diagonalisable dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

A est diagonalisable sur C\boxed{A \text{ est diagonalisable sur } \mathbb{C}}

Puisque AA est diagonalisable, son rang est égal au nombre de ses valeurs propres non nulles, comptées avec leur multiplicité. Soit Sp⁡C(A)\operatorname{Sp}_{\mathbb{C}}(A) le spectre de AA dans C\mathbb{C}. On a :

Sp⁡C(A)⊂{0,j,jˉ}\operatorname{Sp}_{\mathbb{C}}(A) \subset \{0, j, \bar{j}\}

Notons m0,mjm_0, m_j et mjˉm_{\bar{j}} les multiplicités respectives de 0,j0, j et jˉ\bar{j} en tant que valeurs propres de AA. Si l'un de ces nombres n'est pas valeur propre, sa multiplicité est nulle.

Le rang de AA est alors donné par la somme des multiplicités des valeurs propres non nulles :

rg⁡(A)=mj+mjˉ\operatorname{rg}(A) = m_j + m_{\bar{j}}

La matrice AA est à coefficients réels, donc son polynôme caractéristique χA\chi_A appartient à R[X]\mathbb{R}[X]. Une propriété fondamentale des polynômes réels est que si un nombre complexe zz est racine, alors son conjugué zˉ\bar{z} est également racine avec la même multiplicité.

Comme jj et jˉ\bar{j} sont conjugués, on en déduit immédiatement :

mj=mjˉ\boxed{m_j = m_{\bar{j}}}

En remplaçant dans l'expression du rang, nous obtenons :

rg⁡(A)=2mj\operatorname{rg}(A) = 2 m_j

L'entier mjm_j étant un entier naturel, le produit 2mj2 m_j est bien un nombre pair.

rg⁡(A)≡0(mod2)\boxed{\operatorname{rg}(A) \equiv 0 \pmod 2}

Attention à ne pas oublier de justifier la diagonalisabilité de AA. Si AA n'était pas diagonalisable, le rang ne serait pas simplement la somme des multiplicités des valeurs propres non nulles (il faudrait passer par la réduction de Dunford ou une forme trigonalisée pour s'en assurer, bien que le rang soit ici invariant par extension de corps).