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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On s'intéresse à l'existence et à l'unicité de racines cubiques de matrices dans Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}).

  1. Soient AA et BB deux matrices de Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}). On suppose que AA et BB sont diagonalisables et que A3=B3A^3 = B^3. Montrer que A=BA = B.

  2. Soit A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) une matrice diagonalisable.
    1. Justifier l'existence d'une solution à l'équation X3=AX^3 = A appartenant à R[A]\mathbb{R}[A].
    2. Montrer que AA admet une unique racine cubique diagonalisable dans Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}).

  3. Le résultat de la question 1 reste-t-il vrai si l'on ne suppose plus que AA et BB sont diagonalisables ? On pourra considérer le cas des matrices nilpotentes.

  4. Le résultat de la question 1 reste-t-il vrai si l'on travaille dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) ?

1.

Pour la question 1, utiliser le fait que si AA est diagonalisable, alors AA est un polynôme en A3A^3. On pourra construire ce polynôme par interpolation de Lagrange sur les valeurs propres de A3A^3.

2.

Pour l'existence, utiliser une base de diagonalisation de AA et la bijection x↦x3x \mapsto x^3 sur R\mathbb{R}.

3.

Pour le contre-exemple sur C\mathbb{C}, penser aux racines de l'unité.

4.

Pour le cas non diagonalisable, chercher des matrices de cube nul.

Idées clés

•

Injectivité de la fonction x↦x3x \mapsto x^3 sur R\mathbb{R}.

•

Codiagonalisabilité de matrices diagonalisables qui commutent.

•

Utilisation des polynômes d'interpolation de Lagrange pour exprimer AA en fonction de A3A^3.

Résolution.

  1. Soient A,B∈Mn(R)A, B \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) diagonalisables telles que A3=B3A^3 = B^3. Notons Sp(A)={λ1,…,λp}\text{Sp}(A) = \{\lambda_1, \dots, \lambda_p\} l'ensemble des valeurs propres distinctes de AA. Puisque les λi\lambda_i sont des réels distincts, leurs cubes λ13,…,λp3\lambda_1^3, \dots, \lambda_p^3 sont également des réels distincts par stricte croissance de x↦x3x \mapsto x^3 sur R\mathbb{R}. Il existe un polynôme d'interpolation de Lagrange L∈R[X]L \in \mathbb{R}[X] tel que :
    ∀i∈{1,…,p},L(λi3)=λi\forall i \in \{1, \dots, p\},   L(\lambda_i^3) = \lambda_i
    Puisque AA est diagonalisable, il existe P∈GLn(R)P \in GL_n(\mathbb{R}) telle que A=Pdiag(μ1,…,μn)P−1A = P \text{diag}(\mu_1, \dots, \mu_n) P^{-1}, où les μj\mu_j sont des valeurs propres de AA. On a alors :
    L(A3)=Pdiag(L(μ13),…,L(μn3))P−1=Pdiag(μ1,…,μn)P−1=AL(A^3) = P \text{diag}(L(\mu_1^3), \dots, L(\mu_n^3)) P^{-1} = P \text{diag}(\mu_1, \dots, \mu_n) P^{-1} = A
    On en déduit que AA est un polynôme en A3A^3. Comme A3=B3A^3 = B^3, on a :
    A=L(B3)\boxed{A = L(B^3)}
    Ceci implique que AA et BB commutent car BB commute avec tout polynôme en B3B^3. Étant donné que AA et BB sont diagonalisables et commutent, elles sont codiagonalisables. Il existe donc une base commune de vecteurs propres (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) et deux suites de réels (αj)1≤j≤n(\alpha_j)_{1\le j \le n} et (βj)1≤j≤n(\beta_j)_{1\le j \le n} telles que :
    ∀j∈{1,…,n},Aej=αjejetBej=βjej\forall j \in \{1, \dots, n\},   A e_j = \alpha_j e_j   \text{et}   B e_j = \beta_j e_j
    L'égalité A3=B3A^3 = B^3 impose alors αj3=βj3\alpha_j^3 = \beta_j^3 pour tout jj. Par injectivité de la racine cubique sur R\mathbb{R}, on en conclut que αj=βj\alpha_j = \beta_j pour tout jj. Finalement, les endomorphismes associés à AA et BB coïncident sur une base, donc :
    A=B\boxed{A = B}

    1. Soit AA diagonalisable. Reprenons le polynôme LL construit à la question précédente. On a montré que A=L(A3)A = L(A^3). Posons CC une matrice diagonale telle que C3=DC^3 = D où DD est la forme diagonale de AA. Plus simplement, si Sp(A)={λ1,…,λp}\text{Sp}(A) = \{\lambda_1, \dots, \lambda_p\}, soit QQ le polynôme de Lagrange tel que Q(λi)=λi1/3Q(\lambda_i) = \lambda_i^{1/3}. Alors la matrice X=Q(A)X = Q(A) vérifie X∈R[A]X \in \mathbb{R}[A] et :
      X3=(Q(A))3=(Q3)(A)X^3 = (Q(A))^3 = (Q^3)(A)
      Comme le polynôme Q3Q^3 prend la valeur (Q(λi))3=λi(Q(\lambda_i))^3 = \lambda_i sur chaque valeur propre de AA, et que AA est diagonalisable, on a Q3(A)=AQ^3(A) = A.
      X=Q(A)∈R[A] est solution de X3=A\boxed{X = Q(A) \in \mathbb{R}[A] \text{ est solution de } X^3 = A}

    2. L'existence est assurée par (a). Le polynôme Q(A)Q(A) est diagonalisable car AA l'est. L'unicité découle directement de la question 1 : si XX et YY sont deux racines cubiques diagonalisables de AA, alors X3=Y3=AX^3 = Y^3 = A, donc X=YX = Y.

  2. Cas non diagonalisable sur R\mathbb{R :} Le résultat devient faux. Considérons les matrices :
    A=(0100)etB=(0000)A = \begin{pmatrix} 0 & 1
    0 & 0 \end{pmatrix}   \text{et}   B = \begin{pmatrix} 0 & 0
    0 & 0 \end{pmatrix}
    On a A≠BA \neq B, pourtant A2=0A^2 = 0 donc A3=0A^3 = 0. On a bien A3=B3A^3 = B^3, mais l'une des matrices n'est pas diagonalisable (elle est nilpotente non nulle).
  3. Cas sur C\mathbb{C :} Le résultat devient également faux même si les matrices sont diagonalisables. Soit ω=e2iπ/3≠1\omega = e^{2i\pi/3} \neq 1. Posons A=InA = I_n et B=ωInB = \omega I_n. AA et BB sont diagonalisables (elles sont diagonales) et :
    B3=(ωIn)3=ω3In=In=A3B^3 = (\omega I_n)^3 = \omega^3 I_n = I_n = A^3
    Pourtant, A≠B\boxed{A \neq B} car ω≠1\omega \neq 1. L'injectivité de x↦x3x \mapsto x^3 est cruciale et n'est vraie que sur R\mathbb{R}.

Attention à ne pas oublier de justifier la commutativité avant d'affirmer que les matrices sont codiagonalisables. L'argument "parce que A3=B3A^3=B^3" ne suffit pas sans invoquer les polynômes de Lagrange.