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Soit la matrice A=(0110)∈M2(R)A = \begin{pmatrix} 0 & 1
1 & 0 \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_{2}(\mathbb{R})
.

Déterminer toutes les matrices MM appartenant à M2(R)\mathcal{M}_{2}(\mathbb{R}), puis à M2(C)\mathcal{M}_{2}(\mathbb{C}), vérifiant l'équation :

M2+M+I2=AM^{2} + M + I_{2} = A

1.

Remarquer que toute solution MM commute avec la matrice AA.

2.

Étudier la diagonalisabilité de AA et en déduire que MM est diagonalisable dans la même base que AA.

3.

Traduire l'équation matricielle en un système d'équations scalaires sur les valeurs propres.

4.

Discuter l'existence de solutions selon le corps de base (R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}).

Idées clés

•

Propriété de commutation : MM commute avec tout polynôme en MM, donc MM commute avec AA.

•

Réduction simultanée : Si AA possède des valeurs propres simples, toute matrice commutant avec AA est diagonalisable dans la même base.

•

Résolution scalaire : L'équation matricielle P(M)=AP(M)=A se ramène à P(λi)=μiP(\lambda_i) = \mu_i.

1. Recherche de la structure des solutions.

Soit MM une éventuelle solution. Comme A=M2+M+I2A = M^2 + M + I_2, la matrice AA est un polynôme en MM.

Par conséquent, MM et AA commutent : MA=AMMA = AM.

Étudions la matrice AA. Son polynôme caractéristique est :

χA(X)=det⁡(XI2−A)=X2−1=(X−1)(X+1)\chi_A(X) = \det(X I_2 - A) = X^2 - 1 = (X-1)(X+1)

Les valeurs propres de AA sont 11 et −1-1.

Comme AA admet deux valeurs propres distinctes en dimension 2, AA est diagonalisable et ses sous-espaces propres sont des droites vectorielles.

Un calcul immédiat donne les vecteurs propres associés :

E1(A)=Vect(11)etE−1(A)=Vect(1−1)E_1(A) = \text{Vect} \begin{pmatrix} 1
1 \end{pmatrix}   \text{et}   E_{-1}(A) = \text{Vect} \begin{pmatrix} 1
-1 \end{pmatrix}

Puisque MM commute avec AA, MM stabilise les sous-espaces propres de AA.

Comme ces sous-espaces sont des droites, tout vecteur propre de AA est nécessairement un vecteur propre de MM.

Ainsi, MM est diagonalisable dans la même base que AA. Il existe P=(111−1)P = \begin{pmatrix} 1 & 1
1 & -1 \end{pmatrix}
telle que :

A=P(100−1)P−1etM=P(x00y)P−1A = P \begin{pmatrix} 1 & 0
0 & -1 \end{pmatrix} P^{-1}   \text{et}   M = P \begin{pmatrix} x & 0
0 & y \end{pmatrix} P^{-1}

2. Résolution de l'équation scalaire.

L'équation M2+M+I2=AM^2 + M + I_2 = A est équivalente au système suivant sur les coefficients diagonaux :

{x2+x+1=1y2+y+1=−1\begin{cases} x^2 + x + 1 = 1
y^2 + y + 1 = -1 \end{cases}

La première équation donne :

x2+x=0  ⟺  x(x+1)=0  ⟺  x∈{0,−1}x^2 + x = 0 \iff x(x+1) = 0 \iff \boxed{x \in \{0, -1\}}

La seconde équation s'écrit :

y2+y+2=0y^2 + y + 2 = 0

Le discriminant de ce trinôme est Δ=12−4(1)(2)=−7\Delta = 1^2 - 4(1)(2) = -7.

3. Analyse selon le corps K\mathbb{K.}

Cas K=R\mathbb{K = \mathbb{R} :}

L'équation y2+y+2=0y^2 + y + 2 = 0 n'admet aucune solution réelle car Δ<0\Delta < 0.

Il n'existe donc aucune valeur réelle pour yy, et par suite aucune matrice M∈M2(R)M \in \mathcal{M}_2(\mathbb{R}) solution.

SR=∅\boxed{\mathcal{S}_{\mathbb{R}} = \emptyset}

Cas K=C\mathbb{K = \mathbb{C} :}

Dans C\mathbb{C}, l'équation y2+y+2=0y^2 + y + 2 = 0 admet deux solutions :

y1=−1+i72ety2=−1−i72y_1 = \frac{-1 + i\sqrt{7}}{2}   \text{et}   y_2 = \frac{-1 - i\sqrt{7}}{2}

Nous avons 2 choix pour xx et 2 choix pour yy, ce qui donne 4 couples (x,y)(x, y) possibles.

Les solutions sont de la forme M=P(x00y)P−1M = P \begin{pmatrix} x & 0
0 & y \end{pmatrix} P^{-1}
. En utilisant P−1=12(111−1)P^{-1} = \frac{1}{2} \begin{pmatrix} 1 & 1
1 & -1 \end{pmatrix}
, on obtient :

M=12(111−1)(x00y)(111−1)=12(x+yx−yx−yx+y)M = \frac{1}{2} \begin{pmatrix} 1 & 1
1 & -1 \end{pmatrix} \begin{pmatrix} x & 0
0 & y \end{pmatrix} \begin{pmatrix} 1 & 1
1 & -1 \end{pmatrix} = \frac{1}{2} \begin{pmatrix} x+y & x-y
x-y & x+y \end{pmatrix}

L'ensemble des solutions dans M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}) est donc :

SC={12(x+yx−yx−yx+y)∣x∈{0,−1},y∈{−1±i72}}\boxed{\mathcal{S}_{\mathbb{C}} = \left\{ \frac{1}{2} \begin{pmatrix} x+y & x-y
x-y & x+y \end{pmatrix} \mid x \in \{0, -1\}, y \in \left\{ \frac{-1 \pm i\sqrt{7}}{2} \right\} \right\}}

Une erreur classique consiste à oublier que MM et AA commutent. Sans cette remarque, on pourrait tenter d'écrire M=(abcd)M = \begin{pmatrix} a & b
c & d \end{pmatrix}
et résoudre un système de 4 équations non linéaires à 4 inconnues, ce qui est beaucoup plus laborieux.