WikiPrépaLivrets

Soit A=(1111)A = \begin{pmatrix} 1 & 1
1 & 1 \end{pmatrix}
et B=(−10104)B = \begin{pmatrix} -1 & 0
10 & 4 \end{pmatrix}
.

  1. Résoudre dans M2(R)\mathcal{M}_{2}(\mathbb{R}) l'équation X2+X=AX^{2} + X = A.
  2. L'équation X2+X=AX^{2} + X = A possède-t-elle davantage de solutions si l'on cherche XX dans M2(C)\mathcal{M}_{2}(\mathbb{C}) ?
  3. Résoudre dans M2(R)\mathcal{M}_{2}(\mathbb{R}) l'équation X3−2X=BX^{3} - 2X = B.
  4. Généralisation : Soit P∈C[X]P \in \mathbb{C}[X] un polynôme de degré d≥1d \geq 1. On considère l'équation P(X)=AP(X) = A où A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) est une matrice diagonalisable à nn valeurs propres distinctes. Quel est le nombre maximal de solutions ?

1.

Remarquer que si P(X)=AP(X) = A, alors XX commute avec AA.

2.

Pour une matrice AA de taille n×nn \times n ayant nn valeurs propres distinctes, le commutant de AA est l'ensemble des matrices diagonalisables dans la même base que AA.

3.

Se ramener à une équation sur des matrices diagonales YY en posant X=PYP−1X = PYP^{-1}.

4.

Pour la question 3, identifier les racines réelles et complexes des polynômes scalaires associés.

Idées clés

•

Propriété du commutant : XX commute avec tout polynôme en XX, donc XA=AXXA = AX.

•

Réduction : Si AA est diagonalisable à valeurs propres distinctes, XX est diagonalisable dans la même base.

•

Résolution scalaire : L'équation matricielle se découple en nn équations scalaires sur les éléments diagonaux.

Résolution.

  1. Étude de la matrice AA : La matrice A=(1111)A = \begin{pmatrix} 1 & 1
    1 & 1 \end{pmatrix}
    est de rang 1, donc 00 est valeur propre. Sa trace est 22, donc l'autre valeur propre est 22. Les valeurs propres sont distinctes, AA est diagonalisable. On trouve les vecteurs propres associés : E0(A)=Vect((1−1))E_0(A) = \text{Vect}\left(\begin{pmatrix} 1
    -1 \end{pmatrix}\right)
    et E2(A)=Vect((11))E_2(A) = \text{Vect}\left(\begin{pmatrix} 1
    1 \end{pmatrix}\right)
    . En posant P=(11−11)P = \begin{pmatrix} 1 & 1
    -1 & 1 \end{pmatrix}
    , on a A=PDP−1A = P D P^{-1} avec D=(0002)D = \begin{pmatrix} 0 & 0
    0 & 2 \end{pmatrix}
    . Analyse : Soit XX une solution. Comme X2+X=AX^2 + X = A, XX commute avec AA. Puisque AA a des valeurs propres distinctes en dimension 2, XX est diagonalisable dans la même base que AA. Il existe donc Y=diag(y1,y2)Y = \text{diag}(y_1, y_2) telle que X=PYP−1X = P Y P^{-1}. L'équation devient Y2+Y=DY^2 + Y = D, ce qui équivaut au système :
    {y12+y1=0y22+y2=2\begin{cases} y_1^2 + y_1 = 0
    y_2^2 + y_2 = 2 \end{cases}
    Résolution scalaire : Les solutions de y2+y=0y^2 + y = 0 sont y∈{0,−1}y \in \{0, -1\}. Les solutions de y2+y−2=0y^2 + y - 2 = 0 sont y∈{1,−2}y \in \{1, -2\}. On obtient 4 couples (y1,y2)(y_1, y_2) possibles, donc 4 matrices YY :
    Y1=diag(0,1),Y2=diag(0,−2),Y3=diag(−1,1),Y4=diag(−1,−2)Y_1 = \text{diag}(0, 1),   Y_2 = \text{diag}(0, -2),   Y_3 = \text{diag}(-1, 1),   Y_4 = \text{diag}(-1, -2)
    Synthèse : En calculant Xi=PYiP−1X_i = P Y_i P^{-1} avec P−1=12(1−111)P^{-1} = \frac{1}{2}\begin{pmatrix} 1 & -1
    1 & 1 \end{pmatrix}
    , on trouve :
    X1=12(1111),X2=(−1−1−1−1),X3=(0110),X4=12(−3−1−1−3)\boxed{X_1 = \frac{1}{2}\begin{pmatrix} 1 & 1
    1 & 1 \end{pmatrix},   X_2 = \begin{pmatrix} -1 & -1
    -1 & -1 \end{pmatrix},   X_3 = \begin{pmatrix} 0 & 1
    1 & 0 \end{pmatrix},   X_4 = \frac{1}{2}\begin{pmatrix} -3 & -1
    -1 & -3 \end{pmatrix}}

  2. Dans M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}), les équations scalaires y2+y=0y^2+y=0 et y2+y=2y^2+y=2 n'ont pas d'autres racines que celles trouvées dans R\mathbb{R} (car ce sont des équations de degré 2 dont le discriminant est positif). Le nombre de solutions reste donc identique.
    Il y a exactement 4 solutions dans M2(C).\boxed{\text{Il y a exactement 4 solutions dans } \mathcal{M}_2(\mathbb{C}).}

  3. Étude de la matrice BB : B=(−10104)B = \begin{pmatrix} -1 & 0
    10 & 4 \end{pmatrix}
    est triangulaire. Ses valeurs propres sont −1-1 et 44. Elles sont distinctes, donc BB est diagonalisable. Soit QQ la matrice de passage telle que B=QΔQ−1B = Q \Delta Q^{-1} avec Δ=diag(−1,4)\Delta = \text{diag}(-1, 4). Comme précédemment, toute solution XX s'écrit X=QYQ−1X = Q Y Q^{-1} avec Y=diag(y1,y2)Y = \text{diag}(y_1, y_2). L'équation matricielle impose :
    {y13−2y1=−1y23−2y2=4\begin{cases} y_1^3 - 2y_1 = -1
    y_2^3 - 2y_2 = 4 \end{cases}
    Résolution scalaire : Pour y13−2y1+1=0y_1^3 - 2y_1 + 1 = 0, on remarque la racine évidente 11. On factorise par (y−1)(y-1) : y13−2y1+1=(y1−1)(y12+y1−1)y_1^3 - 2y_1 + 1 = (y_1-1)(y_1^2 + y_1 - 1). Les racines sont {1,ω,ω′}\{1, \omega, \omega'\} où ω=−1+52\omega = \frac{-1+\sqrt{5}}{2} et ω′=−1−52\omega' = \frac{-1-\sqrt{5}}{2}. Pour y23−2y2−4=0y_2^3 - 2y_2 - 4 = 0, on remarque la racine évidente 22. On factorise : y23−2y2−4=(y2−2)(y22+2y2+2)y_2^3 - 2y_2 - 4 = (y_2-2)(y_2^2 + 2y_2 + 2). Le discriminant de y2+2y+2y^2 + 2y + 2 est Δ=4−8=−4<0\Delta = 4 - 8 = -4 < 0. La seule racine réelle est 22. Conclusion pour BB : Dans M2(R)\mathcal{M}_2(\mathbb{R}), y1y_1 a 3 valeurs possibles et y2y_2 n'en a qu'une seule (y2=2y_2=2). Il y a donc 3 solutions réelles. En utilisant Q=(10−21)Q = \begin{pmatrix} 1 & 0
    -2 & 1 \end{pmatrix}
    :
    X∈{Q(1002)Q−1,Q(ω002)Q−1,Q(ω′002)Q−1}\boxed{X \in \left\{ Q \begin{pmatrix} 1 & 0
    0 & 2 \end{pmatrix} Q^{-1},   Q \begin{pmatrix} \omega & 0
    0 & 2 \end{pmatrix} Q^{-1},   Q \begin{pmatrix} \omega' & 0
    0 & 2 \end{pmatrix} Q^{-1} \right\}}

  4. Généralisation : Soit A=Sdiag(λ1,…,λn)S−1A = S \text{diag}(\lambda_1, \dots, \lambda_n) S^{-1} avec les λi\lambda_i deux à deux distincts. Une matrice XX vérifie P(X)=AP(X) = A si et seulement si XX commute avec AA. La condition "λi\lambda_i distincts" implique que le commutant de AA est l'ensemble des matrices diagonalisables dans la base de SS. On a donc X=Sdiag(y1,…,yn)S−1X = S \text{diag}(y_1, \dots, y_n) S^{-1} avec P(yi)=λiP(y_i) = \lambda_i pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}. D'après le théorème fondamental de l'algèbre, chaque équation scalaire P(y)=λiP(y) = \lambda_i possède au plus d=deg⁡(P)d = \deg(P) racines distinctes dans C\mathbb{C}. Le nombre maximal de choix pour chaque yiy_i est dd. Comme il y a nn coefficients diagonaux à choisir indépendamment :
    Le nombre maximal de solutions est dn.\boxed{\text{Le nombre maximal de solutions est } d^n.}

L'erreur classique est d'oublier que XX doit commuter avec AA. Si AA n'était pas diagonalisable ou avait des valeurs propres multiples, le nombre de solutions pourrait être infini (par exemple X2=I2X^2 = I_2 possède une infinité de solutions non diagonales).