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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et A∈Mn(R)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{R}) une matrice vérifiant la relation suivante :

A3=A+InA^{3} = A + I_n

  1. Démontrer que det⁡(A)>0\det(A) > 0.
  2. La matrice AA est-elle diagonalisable dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) ?
  3. À quelle condition nécessaire et suffisante AA est-elle diagonalisable dans Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) ?

1.

Étudier le polynôme annulateur P(X)=X3−X−1P(X) = X^3 - X - 1 et ses racines dans C\mathbb{C}.

2.

Utiliser le fait que les valeurs propres complexes d'une matrice réelle sont soit réelles, soit conjuguées deux à deux avec la même multiplicité.

3.

Un endomorphisme est diagonalisable sur C\mathbb{C} si et seulement s'il possède un polynôme annulateur scindé à racines simples.

Idées clés

•

Analyse d'un polynôme annulateur et de son spectre.

•

Lien entre déterminant et produit des valeurs propres.

•

Critère de diagonalisation par les polynômes (racines simples).

Résolution.

  1. Considérons le polynôme P(X)=X3−X−1P(X) = X^3 - X - 1. Par hypothèse, PP est un polynôme annulateur de AA. Étudions les variations de la fonction f:x↦x3−x−1f: x \mapsto x^3 - x - 1 sur R\mathbb{R}. Sa dérivée est f′(x)=3x2−1f'(x) = 3x^2 - 1, qui s'annule en ±13\pm \frac{1}{\sqrt{3}}. Le maximum local est atteint en −13-\frac{1}{\sqrt{3}} :
    f(−13)=−133+13−1=233−1=239−1<0f\left(-\frac{1}{\sqrt{3}}\right) = -\frac{1}{3\sqrt{3}} + \frac{1}{\sqrt{3}} - 1 = \frac{2}{3\sqrt{3}} - 1 = \frac{2\sqrt{3}}{9} - 1 < 0
    Puisque le maximum local est strictement négatif et que lim⁡x→+∞f(x)=+∞\lim_{x \to +\infty} f(x) = +\infty, le théorème des valeurs intermédiaires assure que PP possède une unique racine réelle aa. De plus, comme f(1)=−1f(1) = -1 et f(2)=5f(2) = 5, on sait que :
    a∈]1,2[\boxed{a \in ]1, 2[}
    Puisque PP est de degré 3, il possède deux autres racines dans C\mathbb{C}, notées bb et cc. Comme P∈R[X]P \in \mathbb{R}[X], ces racines sont conjuguées : c=bˉc = \bar{b}. Le spectre de AA, noté SpC(A)\text{Sp}_{\mathbb{C}}(A), est inclus dans l'ensemble des racines de PP, soit {a,b,bˉ}\{a, b, \bar{b}\}. Notons ma,mb,mbˉm_a, m_b, m_{\bar{b}} les multiplicités respectives de ces valeurs propres (éventuellement nulles). Comme AA est une matrice réelle, les multiplicités des valeurs propres conjuguées sont égales : mb=mbˉm_b = m_{\bar{b}}. Le déterminant est le produit des valeurs propres comptées avec multiplicité :
    det⁡(A)=ama⋅bmb⋅(bˉ)mb=ama⋅(bbˉ)mb\det(A) = a^{m_a} \cdot b^{m_b} \cdot (\bar{b})^{m_b} = a^{m_a} \cdot (b\bar{b})^{m_b}
    D'où :
    det⁡(A)=ama⋅∣b∣2mb\det(A) = a^{m_a} \cdot |b|^{2m_b}
    Comme a>1a > 1 et ∣b∣2≥0|b|^2 \ge 0, et que le déterminant d'une matrice inversible est non nul :
    det⁡(A)>0\boxed{\det(A) > 0}

  2. Un endomorphisme est diagonalisable sur C\mathbb{C} si et seulement s'il admet un polynôme annulateur scindé sur C\mathbb{C} à racines simples. Vérifions si les racines de PP sont simples. Les racines de P′P' sont ±13\pm \frac{1}{\sqrt{3}}. Nous avons déjà calculé P(−1/3)≠0P(-1/\sqrt{3}) \neq 0. De même, P(1/3)=133−13−1=−239−1≠0P(1/\sqrt{3}) = \frac{1}{3\sqrt{3}} - \frac{1}{\sqrt{3}} - 1 = -\frac{2\sqrt{3}}{9} - 1 \neq 0. Les racines de PP sont donc simples dans C\mathbb{C}.
    A est diagonalisable dans Mn(C)\boxed{A \text{ est diagonalisable dans } \mathcal{M}_n(\mathbb{C})}

  3. Pour que AA soit diagonalisable dans Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}), il faut et il suffit que son polynôme minimal soit scindé sur R\mathbb{R} à racines simples. Or, les seules racines réelles de PP se limitent à {a}\{a\}. Ainsi, AA est diagonalisable sur R\mathbb{R} si et seulement si son spectre (dans C\mathbb{C}) est réduit à {a}\{a\}. Si SpC(A)={a}\text{Sp}_{\mathbb{C}}(A) = \{a\}, comme AA est diagonalisable sur C\mathbb{C}, elle est semblable à aIna I_n, donc A=aInA = a I_n. Réciproquement, si A=aInA = a I_n, elle est trivialement diagonalisable sur R\mathbb{R} (elle est déjà diagonale).
    A est R-diagonalisable  ⟺  A=aIn\boxed{A \text{ est } \mathbb{R}\text{-diagonalisable} \iff A = a I_n}

Attention à ne pas oublier que si AA est réelle, ses valeurs propres complexes non réelles sont obligatoirement conjuguées deux à deux avec la même multiplicité. C'est cet argument qui garantit que bmbbˉmc=∣b∣2mbb^{m_b} \bar{b}^{m_c} = |b|^{2m_b} est un réel positif.