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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et EE un C\mathbb{C}-espace vectoriel de dimension nn. On considère A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) une matrice diagonalisable et P∈C[X]P \in \mathbb{C}[X] un polynôme non constant. On s'intéresse à l'ensemble des solutions L={M∈Mn(C)∣P(M)=A}L = \{M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) \mid P(M) = A\}.

  1. Montrer que l'ensemble LL est non vide.
  2. On suppose dans cette question que AA possède nn valeurs propres distinctes.
    1. Montrer que si M∈LM \in L, alors MM commute avec AA. En déduire que MM est diagonalisable dans une base où AA l'est.
    2. Montrer que LL est un ensemble fini et proposer un majorant de son cardinal en fonction de nn et de d=deg⁡(P)d = \deg(P).

  3. On suppose ici que P=X2P = X^2.
    1. Calculer le cardinal de LL lorsque AA possède nn valeurs propres distinctes non nulles.
    2. Montrer que si AA possède au moins une valeur propre de multiplicité strictement supérieure à 11, alors LL est infini.

  4. Le résultat de la question 1 reste-t-il vrai si l'on ne suppose plus AA diagonalisable ? On pourra considérer A=(0100)A = \begin{pmatrix} 0 & 1
    0 & 0 \end{pmatrix}
    et P=X2P = X^2.

1.

Pour l'existence, utiliser une base de diagonalisation de AA et le théorème de d'Alembert-Gauss pour les coefficients.

2.

Si AA a des valeurs propres simples, son commutant C(A)C(A) est l'ensemble des polynômes en AA. Les sous-espaces propres de AA sont alors stables par MM.

3.

Pour le cas infini, penser aux matrices de passage ou aux réflexions si A=IA=I.

4.

Pour le contre-exemple, étudier l'indice de nilpotence d'une éventuelle solution.

Idées clés

•

Diagonalisation simultanée de matrices qui commutent.

•

Propriété de surjectivité des polynômes non constants sur C\mathbb{C}.

•

Structure du commutant d'un endomorphisme à spectre simple.

Résolution.

  1. Puisque AA est diagonalisable, il existe P∈GLn(C)P \in GL_n(\mathbb{C}) telle que A=Sdiag(λ1,…,λn)S−1A = S \text{diag}(\lambda_1, \dots, \lambda_n) S^{-1}. Comme P∈C[X]P \in \mathbb{C}[X] est non constant, pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}, l'équation P(z)=λiP(z) = \lambda_i admet au moins une solution μi∈C\mu_i \in \mathbb{C} par le théorème de d'Alembert-Gauss. Posons D=diag(μ1,…,μn)D = \text{diag}(\mu_1, \dots, \mu_n) et M=SDS−1M = S D S^{-1}. Par morphisme d'algèbres, on a :
    P(M)=SP(D)S−1=Sdiag(P(μ1),…,P(μn))S−1P(M) = S P(D) S^{-1} = S \text{diag}(P(\mu_1), \dots, P(\mu_n)) S^{-1}
    D'où P(M)=Sdiag(λ1,…,λn)S−1=AP(M) = S \text{diag}(\lambda_1, \dots, \lambda_n) S^{-1} = A. L'ensemble LL est donc non vide.
    L≠∅\boxed{L \neq \emptyset}

    1. Soit M∈LM \in L. On a P(M)=AP(M) = A. Or MM commute évidemment avec tout polynôme en MM, donc MP(M)=P(M)MM P(M) = P(M) M. Ceci implique MA=AM\boxed{MA = AM}. Soit (λi)1≤i≤n(\lambda_i)_{1 \le i \le n} les valeurs propres distinctes de AA et (ei)1≤i≤n(e_i)_{1 \le i \le n} une base de vecteurs propres associée. Puisque MM et AA commutent, MM stabilise chaque sous-espace propre de AA. Or, par hypothèse, chaque sous-espace propre Eλi(A)E_{\lambda_i}(A) est une droite vectorielle Vect(ei)\text{Vect}(e_i). Ainsi, pour chaque ii, MeiM e_i est colinéaire à eie_i, ce qui signifie que eie_i est aussi un vecteur propre de MM. Conclusion : MM est diagonalisable dans la même base que AA.
    2. D'après ce qui précède, toute solution MM est de la forme M=Sdiag(μ1,…,μn)S−1M = S \text{diag}(\mu_1, \dots, \mu_n) S^{-1} où SS est fixée (base de diagonalisation de AA) et P(μi)=λiP(\mu_i) = \lambda_i. Pour chaque λi\lambda_i, il y a au plus d=deg⁡(P)d = \deg(P) choix possibles pour μi\mu_i (nombre de racines du polynôme P(X)−λiP(X) - \lambda_i). Comme il y a nn positions diagonales indépendantes, le nombre total de solutions est majoré par le produit des nombres de choix.
      card(L)≤(deg⁡P)n\boxed{\text{card}(L) \le (\deg P)^n}

    1. Si P=X2P = X^2 et que les λi\lambda_i sont distincts et non nuls, chaque équation μi2=λi\mu_i^2 = \lambda_i possède exactement 2 solutions distinctes dans C\mathbb{C}. Le raisonnement de la question 2(b) s'applique et donne exactement 2n2^n combinaisons possibles de matrices diagonales.
      card(L)=2n\boxed{\text{card}(L) = 2^n}

    2. Supposons que λ\lambda est une valeur propre de AA de multiplicité m≥2m \ge 2. Quitte à conjuguer, on peut supposer que AA contient le bloc λIm\lambda I_m. Si λ≠0\lambda \neq 0, choisissons μ\mu tel que μ2=λ\mu^2 = \lambda. Les matrices du type M=μΩM = \mu \Omega où Ω2=Im\Omega^2 = I_m sont solutions pour ce bloc. Or, pour m≥2m \ge 2, il existe une infinité de matrices Ω\Omega telles que Ω2=Im\Omega^2 = I_m (par exemple, toutes les symétries par rapport à des hyperplans distincts). Si λ=0\lambda = 0, le bloc est nul. Les matrices MM telles que M2=0M^2 = 0 (nilpotentes d'indice 2) sont solutions. Il en existe une infinité dès que la dimension du bloc est ≥2\ge 2 (par exemple via les matrices S(0100)S−1S \begin{pmatrix} 0 & 1
      0 & 0 \end{pmatrix} S^{-1}
      ).
      L est infini\boxed{L \text{ est infini}}

  2. Considérons A=(0100)A = \begin{pmatrix} 0 & 1
    0 & 0 \end{pmatrix}
    et P=X2P = X^2. Si M2=AM^2 = A, alors M4=A2=0M^4 = A^2 = 0. MM est donc une matrice nilpotente dans un espace de dimension 22. Son indice de nilpotence est donc au plus 22. Ceci implique M2=0M^2 = 0. Or on a supposé M2=AM^2 = A, donc A=0A = 0, ce qui est faux. Conclusion : L'équation M2=AM^2 = A n'a pas de solution ici. L'existence n'est plus garantie si AA n'est pas diagonalisable.

L'erreur classique est de dire que MM est forcément un polynôme en AA. C'est vrai si AA a nn valeurs propres distinctes, mais faux en général. Toutefois, MM commute toujours avec AA, ce qui est l'outil fondamental ici.