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Soit nn un entier supérieur ou égal à 2. On considère un polynôme P∈C[X]P \in \mathbb{C}[X] et on définit l'application suivante sur l'espace des matrices carrées :

f:{Mn(C)→Mn(C)A↦P(A)2f : \begin{cases} \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) \to \mathcal{M}_n(\mathbb{C})
A \mapsto P(A)^2 \end{cases}

  1. Établir que l'application ff n'est pas surjective.
  2. Prouver qu'il existe une matrice N∈Mn(C)N \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) telle que l'ensemble f−1({N})f^{-1}(\{N\}) soit infini.
  3. Démontrer l'existence d'une partie EE dense dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) telle que, pour tout élément M∈EM \in E, le cardinal de la fibre f−1({M})f^{-1}(\{M\}) soit fini et constant.

1.

Pour la non-surjectivité, on pourra poser Q=P2Q = P^2 et remarquer que pour toute racine λ\lambda de PP, on a Q′(λ)=0Q'(\lambda) = 0. Étudier alors si une matrice nilpotente d'indice nn peut être dans l'image.

2.

Pour la fibre infinie, considérer le cas où NN est une matrice scalaire associée à une racine de PP.

3.

Pour la densité, utiliser les matrices à valeurs propres distinctes et les propriétés des polynômes à racines simples.

Idées clés

•

Lien entre les valeurs propres de AA et celles de Q(A)Q(A).

•

Utilisation du rang et de la nilpotence pour la non-surjectivité.

•

Densité des matrices à valeurs propres distinctes (matrices de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) à discriminant non nul).

Résolution.

  1. Posons Q=P2Q = P^2. Notons que pour toute racine λ\lambda de PP dans C\mathbb{C}, on a :
    Q′(λ)=2P(λ)P′(λ)=0Q'(\lambda) = 2 P(\lambda) P'(\lambda) = 0
    Supposons par l'absurde que ff soit surjective. Soit MM une matrice nilpotente dont l'indice de nilpotence est exactement nn (par exemple un bloc élémentaire avec des 1 sur la sur-diagonale). Il existerait A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}) telle que Q(A)=MQ(A) = M. Comme MM est nilpotente, sa seule valeur propre est 00. D'après le théorème de l'application spectrale, les valeurs propres de MM sont les {Q(λ)∣λ∈Sp(A)}\{Q(\lambda) \mid \lambda \in \text{Sp}(A)\}. Ainsi, pour toute valeur propre λ\lambda de AA, Q(λ)=0Q(\lambda) = 0, ce qui implique P(λ)=0P(\lambda) = 0. Comme vu précédemment, cela entraîne Q′(λ)=0Q'(\lambda) = 0. Le polynôme QQ est donc divisible par (X−λ)2(X-\lambda)^2. On peut alors écrire Q(X)=(X−λ)2R(X)Q(X) = (X-\lambda)^2 R(X) pour un certain polynôme RR. Par conséquent, M=Q(A)=(A−λIn)2R(A)M = Q(A) = (A-\lambda I_n)^2 R(A). Comme R(A)R(A) et (A−λIn)(A-\lambda I_n) commutent, on en déduit :
    rg(M)≤rg((A−λIn)2)\text{rg}(M) \le \text{rg}((A-\lambda I_n)^2)
    Or, A−λInA-\lambda I_n est nilpotente (car sa seule valeur propre est 0). Pour toute matrice nilpotente N∈Mn(C)N \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}), on sait que rg(N2)≤n−2\text{rg}(N^2) \le n-2 dès que n≥2n \ge 2. En effet, si NN est nilpotente, dim⁡Ker(N)≥1\dim \text{Ker}(N) \ge 1 et dim⁡Ker(N2)≥min⁡(n,2dim⁡Ker(N))\dim \text{Ker}(N^2) \ge \min(n, 2 \dim \text{Ker}(N)). Dans tous les cas, pour une matrice dont l'indice est nn, on a rg(M)=n−1\text{rg}(M) = n-1. On aboutit à la contradiction n−1≤n−2n-1 \le n-2.
    f n’est pas surjective.\boxed{f \text{ n'est pas surjective.}}

  2. Si PP est un polynôme constant, ff est constante et l'image est un singleton {N}\{N\}. La fibre f−1({N})f^{-1}(\{N\}) est alors Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}), qui est infinie. Supposons PP non constant. Soit λ\lambda une racine de PP. On a Q(λ)=0Q(\lambda) = 0 et Q′(λ)=0Q'(\lambda) = 0. Considérons N=0N = 0. Nous cherchons AA telle que Q(A)=0Q(A) = 0. Comme Q(X)=(X−λ)2R(X)Q(X) = (X-\lambda)^2 R(X), toute matrice AA vérifiant (A−λIn)2=0(A-\lambda I_n)^2 = 0 convient. L'ensemble des matrices de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) telles que (A−λIn)2=0(A-\lambda I_n)^2 = 0 contient toutes les matrices de la forme :
    A=λIn+S(010…000…⋮⋮⋮⋱)S−1,S∈GLn(C)A = \lambda I_n + S \begin{pmatrix} 0 & 1 & 0 & \dots
    0 & 0 & 0 & \dots
    \vdots & \vdots & \vdots & \ddots \end{pmatrix} S^{-1},   S \in GL_n(\mathbb{C})
    Cet ensemble est infini pour n≥2n \ge 2.
    ∃N∈Mn(C), card(f−1({N}))=+∞\boxed{\exists N \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}), \text{ card}(f^{-1}(\{N\})) = +\infty}

  3. Soit d=deg⁡(Q)=2deg⁡(P)d = \deg(Q) = 2 \deg(P). On suppose PP non constant (sinon le résultat est trivial). Considérons l'ensemble EE des matrices MM ayant nn valeurs propres distinctes μ1,…,μn\mu_1, \dots, \mu_n telles que :
    1. Pour tout ii, μi\mu_i n'est pas une valeur critique de QQ (i.e., Q(x)=μiQ(x) = \mu_i possède dd racines distinctes).
    2. Ces n×dn \times d racines sont toutes distinctes.
    L'ensemble des matrices à valeurs propres distinctes est dense dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) (le discriminant du polynôme caractéristique est non nul). Les conditions supplémentaires excluent un nombre fini de valeurs pour les μi\mu_i, ce qui préserve la densité. Soit M∈EM \in E. Comme MM a des valeurs propres distinctes, toute matrice AA telle que Q(A)=MQ(A) = M commute avec MM. Ainsi, AA est diagonalisable dans la même base de vecteurs propres que MM. Soit (e1,…,en)(e_1, \dots, e_n) une base de vecteurs propres de MM associée aux valeurs propres (μ1,…,μn)(\mu_1, \dots, \mu_n). Une matrice AA vérifie Q(A)=MQ(A) = M si et seulement si elle est diagonale dans cette base, A=diag(λ1,…,λn)A = \text{diag}(\lambda_1, \dots, \lambda_n), avec :
    ∀i∈{1,…,n},Q(λi)=μi\forall i \in \{1, \dots, n\},   Q(\lambda_i) = \mu_i
    Pour chaque ii, il y a exactement dd choix possibles pour λi\lambda_i par définition de EE. Le nombre total de matrices AA est donc dnd^n.
    Pour M∈E, card(f−1({M}))=(2deg⁡P)n\boxed{\text{Pour } M \in E, \text{ card}(f^{-1}(\{M\})) = (2\deg P)^n}

Attention à ne pas oublier que si Q(A)=MQ(A)=M, AA n'est pas nécessairement un polynôme en MM si MM possède des valeurs propres multiples. C'est pour cela que la densité se restreint aux matrices à spectre simple.