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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) une matrice non inversible. On note mm la multiplicité de 00 en tant que racine du polynôme caractéristique χA\chi_{A}.

Démontrer que les propriétés suivantes sont équivalentes :

  1. ker⁡A=ker⁡A2\ker A = \ker A^{2}.
  2. Il existe une matrice M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) telle que Mm=AM^{m} = A.
  3. Pour tout entier k≥1k \geq 1, il existe une matrice M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) telle que Mk=AM^{k} = A.

1.

Pour (iii)   ⟹  \implies (ii), il suffit de considérer une valeur particulière de kk.

2.

Pour (ii)   ⟹  \implies (i), relier la multiplicité de 00 dans χA\chi_A à celle dans χM\chi_M, puis utiliser la stabilisation de la suite des noyaux itérés d'une matrice.

3.

Pour (i)   ⟹  \implies (iii), utiliser la décomposition de l'espace en somme directe du noyau et de l'image de AA (lemme des noyaux ou lemme de stabilisation) pour se ramener à l'existence de racines pour une matrice inversible sur C\mathbb{C}.

Idées clés

•

Étude de la suite des noyaux itérés ker⁡(Mj)\ker(M^j).

•

Décomposition de Dunford ou utilisation des séries entières pour l'existence de racines de matrices inversibles.

•

Lemme de décomposition : si ker⁡A=ker⁡A2\ker A = \ker A^2, alors Cn=ker⁡A⊕imA\mathbb{C}^n = \ker A \oplus \text{im} A.

Résolution.

  1. L'implication (iii)   ⟹  \implies (ii) est immédiate en choisissant k=mk = m.

  2. Montrons (ii)   ⟹  \implies (i). Supposons qu'il existe M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) telle que Mm=AM^m = A. Soient μ1,…,μn\mu_1, \dots, \mu_n les valeurs propres de MM comptées avec multiplicité. Les valeurs propres de AA sont alors μ1m,…,μnm\mu_1^m, \dots, \mu_n^m. Comme 00 est racine de χA\chi_A avec la multiplicité mm, exactement mm de ces puissances sont nulles.
    μim=0  ⟺  μi=0\mu_i^m = 0 \iff \mu_i = 0
    Ainsi, 00 est valeur propre de MM avec la même multiplicité mm. D'après le cours sur la réduction, la suite des noyaux (ker⁡Mj)j∈N\left(\ker M^j\right)_{j \in \mathbb{N}} est croissante et stationne au plus tard à l'indice égal à la multiplicité de la valeur propre 00, c'est-à-dire mm. On a donc :
    ker⁡Mm=ker⁡Mm+1=⋯=ker⁡M2m\ker M^m = \ker M^{m+1} = \dots = \ker M^{2m}
    En utilisant l'hypothèse Mm=AM^m = A, on en déduit :
    ker⁡A=ker⁡Mmetker⁡A2=ker⁡M2m\ker A = \ker M^m   \text{et}   \ker A^2 = \ker M^{2m}
    Par stationnarité, on conclut :
    ker⁡A=ker⁡A2\boxed{\ker A = \ker A^2}

  3. Montrons (i)   ⟹  \implies (iii). Supposons ker⁡A=ker⁡A2\ker A = \ker A^2. Par le lemme de stabilisation des noyaux (ou en appliquant le théorème du rang à A∣imAA_{|\text{im} A}), on dispose de la décomposition en somme directe :
    Cn=ker⁡A⊕imA\mathbb{C}^n = \ker A \oplus \text{im} A
    De plus, dim⁡ker⁡A=m\dim \ker A = m car la condition ker⁡A=ker⁡A2\ker A = \ker A^2 assure que 00 est une racine simple du polynôme minimal, donc le sous-espace caractéristique associé à 00 est exactement ker⁡A\ker A. Dans une base adaptée à cette décomposition, la matrice de l'endomorphisme associé à AA s'écrit par blocs :
    A′=(0m00B)A' = \begin{pmatrix} 0_m & 0
    0 & B \end{pmatrix}
    où 0m0_m est la matrice nulle d'ordre mm et B∈GLn−m(C)B \in GL_{n-m}(\mathbb{C}) est une matrice inversible. Soit k≥1k \geq 1. Nous cherchons MM sous la forme M′=(N00R)M' = \begin{pmatrix} N & 0
    0 & R \end{pmatrix}
    telle que (M′)k=A′(M')^k = A'. Il suffit de trouver N∈Mm(C)N \in \mathcal{M}_m(\mathbb{C}) telle que Nk=0mN^k = 0_m et R∈Mn−m(C)R \in \mathcal{M}_{n-m}(\mathbb{C}) telle que Rk=BR^k = B.
    • Pour NN, la matrice nulle N=0mN = 0_m convient pour tout k≥1k \geq 1.
    • Pour RR, montrons que toute matrice de GLp(C)GL_p(\mathbb{C}) admet une racine kk-ième. BB est trigonalisable : B=P(D+U)P−1=PD(I+D−1U)P−1B = P(D+U)P^{-1} = PD(I + D^{-1}U)P^{-1}, où DD est diagonale inversible et UU est strictement triangulaire supérieure. Posons T=I+N′T = I + N' avec N′=D−1UN' = D^{-1}U nilpotente. On peut définir une racine kk-ième de I+N′I+N' par la série binomiale (finie car N′N' est nilpotente) :
      S=∑j=0n−1(1/kj)(N′)jS = \sum_{j=0}^{n-1} \binom{1/k}{j} (N')^j
      Comme DD est diagonale à coefficients dans C∗\mathbb{C}^*, elle admet une racine kk-ième diagonale D0D_0. Alors R=PD0SP−1R = P D_0 S P^{-1} convient.
    L'existence de RR et NN permet de construire MM pour tout k≥1k \geq 1.
    ∀k≥1,∃M∈Mn(C),Mk=A\boxed{\forall k \geq 1, \exists M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}), M^k = A}

L'implication (ii)   ⟹  \implies (i) repose crucialement sur le fait que l'indice de stabilisation de la suite des noyaux ker⁡Mj\ker M^j est inférieur ou égal à la multiplicité de 00 dans le polynôme caractéristique. Il ne faut pas confondre la multiplicité de 00 dans χM\chi_M et celle dans le polynôme minimal.