WikiPrépaLivrets

Soit fC([0,1],R)f \in \mathcal{C}([0, 1], \mathbb{R}). On définit l'ensemble R[f]\mathbb{R}[f] par :

R[f]={PfPR[X]}\mathbb{R}[f] = \left\{ P \circ f \mid P \in \mathbb{R}[X] \right\}

Démontrer que R[f]\mathbb{R}[f] est dense dans (C([0,1],R),)(\mathcal{C}([0, 1], \mathbb{R}), \|\cdot\|_\infty) si et seulement si ff est injective.

1.

Pour le sens réciproque, utiliser le théorème de Stone-Weierstrass. Vérifier que R[f]\mathbb{R}[f] est une sous-algèbre de C([0,1],R)\mathcal{C}([0, 1], \mathbb{R}).

2.

Pour le sens direct, raisonner par contraposée : si f(x0)=f(y0)f(x_0) = f(y_0) avec x0y0x_0 \neq y_0, que peut-on dire des valeurs de g(x0)g(x_0) et g(y0)g(y_0) pour gR[f]g \in \mathbb{R}[f] ?

Idées clés

Théorème de Stone-Weierstrass (version réelle).

Propriété de séparation des points.

Conservation des égalités par passage à la limite uniforme.

Résolution.

  1. Condition suffisante : supposons ff injective. Vérifions les hypothèses du théorème de Stone-Weierstrass pour l'ensemble A=R[f]\mathcal{A} = \mathbb{R}[f] :
    • A\mathcal{A} est une sous-algèbre de C([0,1],R)\mathcal{C}([0, 1], \mathbb{R}). En effet, la somme et le produit de deux polynômes en ff sont encore des polynômes en ff.
    • A\mathcal{A} contient les fonctions constantes : pour P=1P = 1, Pf=1AP \circ f = 1 \in \mathcal{A}.
    • A\mathcal{A} sépare les points : soient x,y[0,1]x, y \in [0, 1] tels que xyx \neq y. Puisque ff est injective, on a f(x)f(y)f(x) \neq f(y). En choisissant le polynôme P=XP = X, la fonction g=Pf=fg = P \circ f = f appartient à A\mathcal{A} et vérifie g(x)g(y)g(x) \neq g(y).

    D'après le théorème de Stone-Weierstrass, toute sous-algèbre de C(K,R)\mathcal{C}(K, \mathbb{R}) (où KK est compact) contenant les constantes et séparant les points est dense. On conclut que :

    R[f]=C([0,1],R)\boxed{ \overline{\mathbb{R}[f]} = \mathcal{C}([0, 1], \mathbb{R}) }

  2. Condition nécessaire : supposons R[f]\mathbb{R[f] dense.} Raisonnons par contraposée. Supposons que ff ne soit pas injective. Il existe alors deux points distincts x0,y0[0,1]x_0, y_0 \in [0, 1] tels que f(x0)=f(y0)f(x_0) = f(y_0).

    Pour toute fonction gR[f]g \in \mathbb{R}[f], il existe un polynôme PP tel que g=Pfg = P \circ f. On a donc :

    g(x0)=P(f(x0))=P(f(y0))=g(y0)g(x_0) = P(f(x_0)) = P(f(y_0)) = g(y_0)

    Soit hR[f]h \in \overline{\mathbb{R}[f]}. Il existe une suite (gn)(g_n) d'éléments de R[f]\mathbb{R}[f] convergeant uniformément vers hh sur [0,1][0, 1]. En particulier, la convergence est ponctuelle en x0x_0 et y0y_0. On a :

    h(x0)=limngn(x0)eth(y0)=limngn(y0)h(x_0) = \lim_{n \to \infty} g_n(x_0)   \text{et}   h(y_0) = \lim_{n \to \infty} g_n(y_0)
    Puisque pour tout nn, gn(x0)=gn(y0)g_n(x_0) = g_n(y_0), on en déduit par passage à la limite :
    h(x0)=h(y0)\boxed{ h(x_0) = h(y_0) }

    Ceci prouve que toutes les fonctions de l'adhérence de R[f]\mathbb{R}[f] prennent la même valeur en x0x_0 et y0y_0. Or, il existe des fonctions continues sur [0,1][0, 1] qui prennent des valeurs distinctes en x0x_0 et y0y_0 (par exemple la fonction h(x)=xh(x) = x). Donc R[f]C([0,1],R)\overline{\mathbb{R}[f]} \neq \mathcal{C}([0, 1], \mathbb{R}).

Oubli de la condition sur les constantes ou la séparation des points

Caractérisation de la densité par la séparation des points