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Soit E\mathcal{E} le sous-espace vectoriel de C0(R,R)\mathcal{C}^0(\mathbb{R}, \mathbb{R}) engendré par les fonctions de la forme t↦cos⁡(ωt)t \mapsto \cos(\omega t) et t↦sin⁡(ωt)t \mapsto \sin(\omega t) pour ω∈R\omega \in \mathbb{R}. On note F\mathcal{F} l'adhérence de E\mathcal{E} pour la norme de la convergence uniforme sur R\mathbb{R}.

  1. Justifier que F\mathcal{F} est une sous-algèbre de l'ensemble des fonctions continues bornées de R\mathbb{R} dans R\mathbb{R}.
  2. Soit g∈Fg \in \mathcal{F} et f:R→Rf : \mathbb{R} \to \mathbb{R} une fonction continue. Démontrer que la fonction composée f∘gf \circ g appartient également à F\mathcal{F}.
  3. Pour tout réel ω\omega et toute fonction g∈Fg \in \mathcal{F}, on définit la quantité :
    g~(ω)=lim⁡T→+∞12T∫−TTg(x)e−iωx dx\tilde{g}(\omega) = \lim_{T \to +\infty} \frac{1}{2T} \int_{-T}^{T} g(x) e^{-i\omega x}   \mathrm{d}x
    1. Montrer que pour tout ω∈R\omega \in \mathbb{R}, la limite g~(ω)\tilde{g}(\omega) existe.
    2. Prouver que l'ensemble {ω∈R∣g~(ω)≠0}\{\omega \in \mathbb{R} \mid \tilde{g}(\omega) \neq 0\} est au plus dénombrable.

1.

Pour la structure d'algèbre, utiliser les formules de linéarisation trigonométrique pour montrer que le produit de deux éléments de E\mathcal{E} est encore dans E\mathcal{E}.

2.

Pour la composition, utiliser le fait que gg est bornée et appliquer le théorème d'approximation de Weierstrass sur un segment bien choisi.

3.

Pour l'existence de la limite, traiter d'abord le cas g∈Eg \in \mathcal{E}, puis utiliser une suite de fonctions de E\mathcal{E} convergeant uniformément vers gg en invoquant un théorème d'interversion des limites.

4.

Pour la dénombrabilité, observer que pour chaque fonction de E\mathcal{E}, l'ensemble des fréquences est fini.

Idées clés

•

Densité des polynômes trigonométriques dans l'espace des fonctions presque périodiques.

•

Théorème d'interversion des limites (convergence uniforme sur un intervalle non borné).

•

Approximation par les polynômes (Weierstrass).

Résolution.

  1. Structure de sous-algèbre. Tout d'abord, les fonctions t↦cos⁡(ωt)t \mapsto \cos(\omega t) et t↦sin⁡(ωt)t \mapsto \sin(\omega t) sont continues et bornées sur R\mathbb{R}. Par combinaison linéaire, tout élément de E\mathcal{E} est continu et borné. Puisque F\mathcal{F} est l'adhérence de E\mathcal{E} pour la norme ∥⋅∥∞\| \cdot \|_\infty, F\mathcal{F} est un sous-espace vectoriel de l'espace des fonctions continues bornées. Pour montrer que c'est une algèbre, montrons que E\mathcal{E} est stable par produit. Soient g1,g2∈Eg_1, g_2 \in \mathcal{E}. Par linéarité, il suffit de vérifier le produit de générateurs :
    cos⁡(ω1t)cos⁡(ω2t)=12(cos⁡((ω1+ω2)t)+cos⁡((ω1−ω2)t))∈E\cos(\omega_1 t) \cos(\omega_2 t) = \frac{1}{2} \left( \cos((\omega_1 + \omega_2)t) + \cos((\omega_1 - \omega_2)t) \right) \in \mathcal{E}
    Un calcul similaire avec sin⁡\sin et cos⁡\cos montre que le produit de deux générateurs de E\mathcal{E} reste dans E\mathcal{E}. Ainsi, E\mathcal{E} est une sous-algèbre. L'adhérence d'une sous-algèbre pour la norme infinie est une sous-algèbre. En effet, si un→uu_n \to u et vn→vv_n \to v uniformément avec un,vn∈Eu_n, v_n \in \mathcal{E}, alors :
    ∥unvn−uv∥∞≤∥un∥∞∥vn−v∥∞+∥v∥∞∥un−u∥∞\|u_n v_n - uv\|_\infty \leq \|u_n\|_\infty \|v_n - v\|_\infty + \|v\|_\infty \|u_n - u\|_\infty
    Comme les suites convergentes sont bornées, le membre de droite tend vers 0.
    F est une sous-algeˋbre de Cb0(R,R)\boxed{\mathcal{F} \text{ est une sous-algèbre de } \mathcal{C}^0_b(\mathbb{R}, \mathbb{R})}

  2. Stabilité par composition. Soit g∈Fg \in \mathcal{F}. Puisque gg est bornée, il existe M>0M > 0 tel que g(R)⊂[−M,M]g(\mathbb{R}) \subset [-M, M]. D'après le théorème de Weierstrass, il existe une suite de polynômes (Pn)(P_n) convergeant uniformément vers ff sur le segment [−M,M][-M, M]. On a alors :
    ∀x∈R,∣Pn(g(x))−f(g(x))∣≤sup⁡t∈[−M,M]∣Pn(t)−f(t)∣\forall x \in \mathbb{R},   |P_n(g(x)) - f(g(x))| \leq \sup_{t \in [-M, M]} |P_n(t) - f(t)|
    Ainsi, la suite de fonctions (Pn∘g)(P_n \circ g) converge uniformément vers f∘gf \circ g sur R\mathbb{R}. Or, d'après la question 1, F\mathcal{F} est une algèbre contenant les constantes, donc pour tout polynôme PP, P∘g∈FP \circ g \in \mathcal{F}. Par fermeture de F\mathcal{F} pour la convergence uniforme :
    f∘g∈F\boxed{f \circ g \in \mathcal{F}}

  3. Moyenne de Bohr et spectre.
    1. Existence de la limite. Soit g∈Fg \in \mathcal{F}. Il existe une suite (gn)(g_n) d'éléments de E\mathcal{E} telle que ∥gn−g∥∞→0\|g_n - g\|_\infty \to 0. Pour T>0T > 0, posons LT(g)=12T∫−TTg(x)e−iωx dxL_T(g) = \frac{1}{2T} \int_{-T}^{T} g(x) e^{-i\omega x}   \mathrm{d}x. L'application LTL_T est linéaire et ∣LT(g)∣≤∥g∥∞|L_T(g)| \leq \|g\|_\infty (car ∣e−iωx∣=1|e^{-i\omega x}| = 1). Pour gn∈Eg_n \in \mathcal{E}, gng_n est une combinaison finie de x↦eiλxx \mapsto e^{i\lambda x} (λ∈R\lambda \in \mathbb{R}). Si h(x)=eiλxh(x) = e^{i\lambda x}, alors :
      LT(h)=12T∫−TTei(λ−ω)x dx={1si λ=ωsin⁡((λ−ω)T)(λ−ω)TsinonL_T(h) = \frac{1}{2T} \int_{-T}^{T} e^{i(\lambda - \omega)x}   \mathrm{d}x = \begin{cases} 1 & \text{si } \lambda = \omega
      \frac{\sin((\lambda-\omega)T)}{(\lambda-\omega)T} & \text{sinon} \end{cases}
      Dans les deux cas, LT(h)L_T(h) admet une limite quand T→+∞T \to +\infty. Par linéarité, LT(gn)L_T(g_n) admet une limite ℓn\ell_n pour tout nn. De plus, ∣LT(gn)−LT(g)∣≤∥gn−g∥∞|L_T(g_n) - L_T(g)| \leq \|g_n - g\|_\infty. La suite de fonctions (T↦LT(gn))(T \mapsto L_T(g_n)) converge donc uniformément sur ]0,+∞[]0, +\infty[ vers T↦LT(g)T \mapsto L_T(g). D'après le théorème d'interversion des limites, la limite lim⁡T→+∞LT(g)\lim_{T \to +\infty} L_T(g) existe et :
      g~(ω)=lim⁡n→+∞ℓn\boxed{\tilde{g}(\omega) = \lim_{n \to +\infty} \ell_n}

    2. Dénombrabilité du spectre. Pour chaque gn∈Eg_n \in \mathcal{E}, l'ensemble Sn={ω∈R∣ℓn(ω)≠0}S_n = \{\omega \in \mathbb{R} \mid \ell_n(\omega) \neq 0\} est fini (il correspond aux pulsations présentes dans la décomposition de gng_n). Si ω∉⋃n∈NSn\omega \notin \bigcup_{n \in \mathbb{N}} S_n, alors pour tout nn, ℓn(ω)=0\ell_n(\omega) = 0. D'après le résultat précédent, g~(ω)=lim⁡ℓn(ω)=0\tilde{g}(\omega) = \lim \ell_n(\omega) = 0. L'ensemble des ω\omega tels que g~(ω)≠0\tilde{g}(\omega) \neq 0 est donc inclus dans ⋃n∈NSn\bigcup_{n \in \mathbb{N}} S_n. Comme chaque SnS_n est fini, cette union est une réunion dénombrable d'ensembles finis, elle est donc au plus dénombrable.
      {ω∈R∣g~(ω)≠0} est deˊnombrable\boxed{\{\omega \in \mathbb{R} \mid \tilde{g}(\omega) \neq 0\} \text{ est dénombrable}}

Vérifier la validité de l'interversion de limites sur un domaine non borné via la convergence uniforme.

L'adhérence d'une algèbre de fonctions pour la norme sup est une algèbre ; les fonctions presque périodiques ont un spectre dénombrable.