WikiPrépaLivrets

Soit KK un réel strictement positif. On considère une suite de fonctions (fn)n∈N(f_n)_{n \in \mathbb{N}} définies sur [0,1][0, 1] et à valeurs dans R\mathbb{R}. On suppose que toutes les fonctions fnf_n sont KK-lipschitziennes, c'est-à-dire :

∀n∈N,∀(x,y)∈[0,1]2,∣fn(x)−fn(y)∣≤K∣x−y∣\forall n \in \mathbb{N}, \forall (x, y) \in [0, 1]^2,   |f_n(x) - f_n(y)| \leq K |x - y|
On suppose de plus que la suite (fn)n∈N(f_n)_{n \in \mathbb{N}} converge simplement vers une fonction gg sur [0,1][0, 1].

  1. Montrer que la fonction limite gg est également KK-lipschitzienne sur [0,1][0, 1].
  2. Soit ε>0\varepsilon > 0. On introduit un entier p∈N∗p \in \mathbb{N}^* et la subdivision régulière Jp={kp∣k∈⟦0,p⟧}J_p = \left\{ \frac{k}{p} \mid k \in \llbracket 0, p \rrbracket \right\}.
    1. Justifier qu'il existe un rang n0∈Nn_0 \in \mathbb{N} tel que :
      ∀n≥n0,∀x∈Jp,∣fn(x)−g(x)∣≤ε\forall n \geq n_0, \forall x \in J_p,   |f_n(x) - g(x)| \leq \varepsilon
    2. Pour x∈[0,1]x \in [0, 1], on note xkx_k l'élément de JpJ_p le plus proche de xx tel que ∣x−xk∣≤12p|x - x_k| \leq \frac{1}{2p}. Montrer que pour tout n∈Nn \in \mathbb{N} et tout x∈[0,1]x \in [0, 1] :
      ∣fn(x)−g(x)∣≤∣fn(xk)−g(xk)∣+Kp|f_n(x) - g(x)| \leq |f_n(x_k) - g(x_k)| + \frac{K}{p}
  3. En déduire que la suite (fn)n∈N(f_n)_{n \in \mathbb{N}} converge uniformément vers gg sur [0,1][0, 1].
  4. Pourquoi l'hypothèse sur le caractère équi-lipschitzien est-elle cruciale ? On pourra considérer la suite fn(x)=xnf_n(x) = x^n sur [0,1][0, 1].

1.

Pour la question 1, passer à la limite dans l'inégalité de Lipschitz pour fnf_n.

2.

Pour la question 2(a), utiliser le fait que JpJ_p est un ensemble fini et appliquer la définition de la convergence simple.

3.

Pour la question 2(b), utiliser l'inégalité triangulaire en intercalant fn(xk)f_n(x_k) et g(xk)g(x_k).

4.

Pour la convergence uniforme, choisir pp suffisamment grand pour que K/pK/p soit petit, puis utiliser le caractère fini de JpJ_p pour contrôler l'autre terme.

Idées clés

•

Passage à la limite dans les inégalités larges.

•

Approximation d'un compact par un ensemble fini (subdivision).

•

Argument de type ε/3\varepsilon/3 ou contrôle par équicontinuité.

Résolution.

  1. Soient (x,y)∈[0,1]2(x, y) \in [0, 1]^2. Pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, on a par hypothèse ∣fn(x)−fn(y)∣≤K∣x−y∣|f_n(x) - f_n(y)| \leq K |x - y|. Puisque fn(x)→g(x)f_n(x) \to g(x) et fn(y)→g(y)f_n(y) \to g(y) quand n→+∞n \to +\infty, par passage à la limite dans l'inégalité (les bornes sont conservées par limite simple), on obtient :
    ∣g(x)−g(y)∣≤K∣x−y∣\boxed{|g(x) - g(y)| \leq K |x - y|}
    Ainsi, gg est bien KK-lipschitzienne.

    1. L'ensemble JpJ_p est fini. Pour chaque x∈Jpx \in J_p, la suite (fn(x))n∈N(f_n(x))_{n \in \mathbb{N}} converge vers g(x)g(x). Il existe donc un rang nxn_x tel que pour n≥nxn \geq n_x, ∣fn(x)−g(x)∣≤ε|f_n(x) - g(x)| \leq \varepsilon. En posant n0=max⁡x∈Jp{nx}n_0 = \max_{x \in J_p} \{n_x\}, qui est un maximum sur un ensemble fini, on a :
      ∀n≥n0,∀x∈Jp,∣fn(x)−g(x)∣≤ε\boxed{\forall n \geq n_0, \forall x \in J_p,   |f_n(x) - g(x)| \leq \varepsilon}

    2. Soit x∈[0,1]x \in [0, 1]. Il existe xk∈Jpx_k \in J_p tel que ∣x−xk∣≤12p|x - x_k| \leq \frac{1}{2p} (en prenant le point de la subdivision le plus proche). Par inégalité triangulaire :
      ∣fn(x)−g(x)∣≤∣fn(x)−fn(xk)∣+∣fn(xk)−g(xk)∣+∣g(xk)−g(x)∣|f_n(x) - g(x)| \leq |f_n(x) - f_n(x_k)| + |f_n(x_k) - g(x_k)| + |g(x_k) - g(x)|
      Comme fnf_n et gg sont KK-lipschitziennes :
      ∣fn(x)−fn(xk)∣≤K∣x−xk∣≤K2p|f_n(x) - f_n(x_k)| \leq K |x - x_k| \leq \frac{K}{2p}
      ∣g(xk)−g(x)∣≤K∣xk−x∣≤K2p|g(x_k) - g(x)| \leq K |x_k - x| \leq \frac{K}{2p}
      En sommant ces deux majorations, on obtient :
      ∣fn(x)−g(x)∣≤∣fn(xk)−g(xk)∣+Kp\boxed{|f_n(x) - g(x)| \leq |f_n(x_k) - g(x_k)| + \frac{K}{p}}

  2. Soit ε>0\varepsilon > 0. Choisissons un entier pp assez grand tel que Kp≤ε2\frac{K}{p} \leq \frac{\varepsilon}{2}. D'après la question 2(a), il existe n0n_0 tel que pour n≥n0n \geq n_0, pour tout z∈Jpz \in J_p, ∣fn(z)−g(z)∣≤ε2|f_n(z) - g(z)| \leq \frac{\varepsilon}{2}. Alors, pour tout x∈[0,1]x \in [0, 1], en utilisant le point xk∈Jpx_k \in J_p associé :
    ∣fn(x)−g(x)∣≤∣fn(xk)−g(xk)∣+Kp≤ε2+ε2=ε|f_n(x) - g(x)| \leq |f_n(x_k) - g(x_k)| + \frac{K}{p} \leq \frac{\varepsilon}{2} + \frac{\varepsilon}{2} = \varepsilon
    Comme ce majorant ne dépend pas de xx, on a ∥fn−g∥∞≤ε\|f_n - g\|_\infty \leq \varepsilon pour tout n≥n0n \geq n_0.
    La suite (fn) converge uniformeˊment vers g sur [0,1].\boxed{\text{La suite } (f_n) \text{ converge uniformément vers } g \text{ sur } [0, 1].}

  3. Considérons fn(x)=xnf_n(x) = x^n sur [0,1][0, 1]. Cette suite converge simplement vers la fonction gg définie par g(x)=0g(x)=0 si x∈[0,1[x \in [0, 1[ et g(1)=1g(1)=1. La limite gg n'est pas continue, donc la convergence ne peut pas être uniforme sur [0,1][0, 1]. Ici, les fonctions fnf_n ne sont pas équi-lipschitziennes car fn′(1)=n→+∞f_n'(1) = n \to +\infty. Le rapport de Lipschitz KnK_n explose avec nn.

Oublier de vérifier la régularité de la fonction limite g avant d'entamer la majoration uniforme.

L'équi-lipschitzianité transforme la convergence simple en convergence uniforme sur un domaine compact.