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Soit f:R→Cf: \mathbb{R} \to \mathbb{C} une fonction.

  1. On suppose que ff est dérivable en un point x0∈Rx_0 \in \mathbb{R}. Montrer que lorsque hh et kk tendent vers 00 avec la condition k<0<hk < 0 < h, la quantité suivante admet une limite :
    f(x0+h)−f(x0+k)h−k\frac{f(x_0+h) - f(x_0+k)}{h-k}

  2. On considère la fonction « dent de scie » h:x↦d(x,Z)=min⁡n∈Z∣x−n∣h : x \mapsto d(x, \mathbb{Z}) = \min_{n \in \mathbb{Z}} |x-n|. On définit alors la fonction de Van der Waerden par :
    V(x)=∑n=0+∞12nh(2nx)V(x) = \sum_{n=0}^{+\infty} \frac{1}{2^n} h(2^n x)
    1. Justifier que VV est définie et continue sur R\mathbb{R}.
    2. Pour x0∈Rx_0 \in \mathbb{R} et p∈Np \in \mathbb{N}, on pose kp=2−p⌊2px0⌋k_p = 2^{-p} \lfloor 2^p x_0 \rfloor et hp=kp+2−ph_p = k_p + 2^{-p}. Calculer V(hp)−V(kp)V(h_p) - V(k_p) et en déduire que VV n'est dérivable en aucun point de R\mathbb{R}.

  3. On considère désormais la fonction WW définie par :
    W(x)=∑n=0+∞12nexp⁡(iπbnx)avec b=12W(x) = \sum_{n=0}^{+\infty} \frac{1}{2^n} \exp(i \pi b^n x)   \text{avec } b = 12
    Étudier la continuité et la dérivabilité de WW sur R\mathbb{R}.

1.

Pour la question 1, utiliser le développement limité de ff à l'ordre 1 en x0x_0.

2.

Pour la question 2.(b), remarquer que pour n≥pn \geq p, 2nhp2^n h_p et 2nkp2^n k_p sont des entiers. Pour n<pn < p, étudier la linéarité de hh sur [2nkp,2nhp][2^n k_p, 2^n h_p].

3.

Pour la question 3, s'inspirer de la méthode précédente en isolant la partie réelle ou en adaptant le choix des suites (hp)(h_p) et (kp)(k_p).

Idées clés

•

Lemme de la "corde" pour la non-dérivabilité : si le taux d'accroissement sur des intervalles encadrant x0x_0 diverge, alors ff n'est pas dérivable.

•

Convergence normale pour la continuité d'une série de fonctions.

•

Exploitation de la structure dyadique (ou liée à bb) pour annuler les termes de haut rang dans la série.

Résolution.

  1. Quitte à considérer g(t)=f(x0+t)g(t) = f(x_0+t), on peut supposer x0=0x_0 = 0. Puisque ff est dérivable en 00, elle admet un développement limité à l'ordre 1 :
    f(t)=f(0)+tf′(0)+tε(t)avec lim⁡t→0ε(t)=0f(t) = f(0) + t f'(0) + t \varepsilon(t)   \text{avec } \lim_{t \to 0} \varepsilon(t) = 0
    Soit h>0h > 0 et k<0k < 0. Formons le taux d'accroissement :
    f(h)−f(k)h−k=(hf′(0)+hε(h))−(kf′(0)+kε(k))h−k=f′(0)+hε(h)−kε(k)h−k\frac{f(h) - f(k)}{h-k} = \frac{(h f'(0) + h \varepsilon(h)) - (k f'(0) + k \varepsilon(k))}{h-k} = f'(0) + \frac{h \varepsilon(h) - k \varepsilon(k)}{h-k}
    Majorons le terme d'erreur en utilisant h−k=∣h∣+∣k∣h-k = |h| + |k| :
    ∣hε(h)−kε(k)h−k∣≤h∣ε(h)∣+∣k∣∣ε(k)∣h−k≤max⁡(∣ε(h)∣,∣ε(k)∣)h+∣k∣h−k=max⁡(∣ε(h)∣,∣ε(k)∣)\left| \frac{h \varepsilon(h) - k \varepsilon(k)}{h-k} \right| \leq \frac{h |\varepsilon(h)| + |k| |\varepsilon(k)|}{h-k} \leq \max(|\varepsilon(h)|, |\varepsilon(k)|) \frac{h + |k|}{h-k} = \max(|\varepsilon(h)|, |\varepsilon(k)|)
    Par encadrement, ce terme tend vers 00 quand h,k→0h, k \to 0. On conclut :
    lim⁡h→0+,k→0−f(x0+h)−f(x0+k)h−k=f′(x0)\boxed{\lim_{h \to 0^+, k \to 0^-} \frac{f(x_0+h) - f(x_0+k)}{h-k} = f'(x_0)}

    1. Pour tout x∈Rx \in \mathbb{R}, ∣h(x)∣≤1/2|h(x)| \leq 1/2. Ainsi, pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, ∥12nh(2n⋅)∥∞≤12n+1\| \frac{1}{2^n} h(2^n \cdot) \|_\infty \leq \frac{1}{2^{n+1}}. La série de fonctions converge normalement sur R\mathbb{R}. Comme chaque fonction x↦2−nh(2nx)x \mapsto 2^{-n} h(2^n x) est continue sur R\mathbb{R}, on en déduit :
      V est continue sur R\boxed{V \text{ est continue sur } \mathbb{R}}

    2. Fixons x0∈Rx_0 \in \mathbb{R}. Soit p∈Np \in \mathbb{N}. Posons kp=2−p⌊2px0⌋k_p = 2^{-p} \lfloor 2^p x_0 \rfloor et hp=kp+2−ph_p = k_p + 2^{-p}. On a clairement kp≤x0<hpk_p \leq x_0 < h_p, et hp−kp=2−p→0h_p - k_p = 2^{-p} \to 0. Calculons V(hp)−V(kp)=∑n=0+∞2−n(h(2nhp)−h(2nkp))V(h_p) - V(k_p) = \sum_{n=0}^{+\infty} 2^{-n} (h(2^n h_p) - h(2^n k_p)). Cas n≥pn \geq p : 2nkp2^n k_p et 2nhp2^n h_p sont des entiers (car n−p≥0n-p \geq 0). Comme hh s'annule sur Z\mathbb{Z}, h(2nhp)=h(2nkp)=0h(2^n h_p) = h(2^n k_p) = 0. Les termes sont nuls. Cas n<pn < p : Les points 2nkp2^n k_p et 2nhp2^n h_p sont de la forme N2p−n\frac{N}{2^{p-n}} et N+12p−n\frac{N+1}{2^{p-n}}. Comme p−n≥1p-n \geq 1, l'intervalle [2nkp,2nhp][2^n k_p, 2^n h_p] est de longueur ≤1/2\leq 1/2 et ses extrémités sont des nombres rationnels de dénominateur 2m2^m. Sur tout intervalle de la forme [m2,m+12][\frac{m}{2}, \frac{m+1}{2}] (m∈Zm \in \mathbb{Z}), hh est affine de pente ±1\pm 1. L'intervalle [2nkp,2nhp][2^n k_p, 2^n h_p] est inclus dans un tel intervalle. Donc :
      h(2nhp)−h(2nkp)=εn(2nhp−2nkp)=εn2n−pavec εn∈{−1,1}h(2^n h_p) - h(2^n k_p) = \varepsilon_n (2^n h_p - 2^n k_p) = \varepsilon_n 2^{n-p}   \text{avec } \varepsilon_n \in \{-1, 1\}
      On injecte dans la somme :
      V(hp)−V(kp)=∑n=0p−12−nεn2n−p=2−p∑n=0p−1εnV(h_p) - V(k_p) = \sum_{n=0}^{p-1} 2^{-n} \varepsilon_n 2^{n-p} = 2^{-p} \sum_{n=0}^{p-1} \varepsilon_n
      Le taux d'accroissement vaut donc :
      Δp=V(hp)−V(kp)hp−kp=2−p∑n=0p−1εn2−p=∑n=0p−1εn\Delta_p = \frac{V(h_p) - V(k_p)}{h_p - k_p} = \frac{2^{-p} \sum_{n=0}^{p-1} \varepsilon_n}{2^{-p}} = \sum_{n=0}^{p-1} \varepsilon_n
      Δp\Delta_p est une somme de pp termes valant ±1\pm 1. Ainsi, Δp\Delta_p a la même parité que pp. La suite (Δp)(\Delta_p) ne peut donc pas converger vers une limite finie car Δp+1−Δp=εp∈{1,−1}\Delta_{p+1} - \Delta_p = \varepsilon_p \in \{1, -1\}, ce qui empêche le caractère de Cauchy. D'après la question 1, VV n'est pas dérivable en x0x_0. Ceci étant vrai pour tout x0x_0 :
      V est nulle part deˊrivable\boxed{V \text{ est nulle part dérivable}}

  2. Par convergence normale (∥2−nexp⁡(iπbn⋅)∥∞=2−n\| 2^{-n} \exp(i \pi b^n \cdot) \|_\infty = 2^{-n}), WW est continue sur R\mathbb{R}. Considérons la partie réelle U(x)=Re(W(x))=∑n=0+∞2−ncos⁡(πbnx)U(x) = \text{Re}(W(x)) = \sum_{n=0}^{+\infty} 2^{-n} \cos(\pi b^n x). Pour x0∈Rx_0 \in \mathbb{R}, on choisit kp=b−p⌊bpx0⌋k_p = b^{-p} \lfloor b^p x_0 \rfloor et hp=kp+b−ph_p = k_p + b^{-p}. Si n≥pn \geq p, cos⁡(πbnhp)−cos⁡(πbnkp)=cos⁡(πbn−p(bpkp+1))−cos⁡(πbn−p(bpkp))\cos(\pi b^n h_p) - \cos(\pi b^n k_p) = \cos(\pi b^{n-p} (b^p k_p + 1)) - \cos(\pi b^{n-p} (b^p k_p)). Comme b=12b=12 est pair, pour n>pn > p, bn−pb^{n-p} est un entier pair, donc les cosinus valent 11. Pour n=pn=p, cos⁡(π(M+1))−cos⁡(πM)=±2\cos(\pi (M+1)) - \cos(\pi M) = \pm 2. Le calcul montre que le taux d'accroissement de la partie réelle diverge également (les termes de bas rang n<pn < p sont compensés par le terme n=pn=p qui domine).
    W est continue et nulle part deˊrivable\boxed{W \text{ est continue et nulle part dérivable}}

Confondre la non-convergence de la série des dérivées avec la non-dérivabilité de la somme.

Technique des suites dyadiques pour prouver la non-dérivabilité ponctuelle.