ENS Informatique Fondamentale (Maths Info) MP PC 2008Sujet
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Filière MP (groupe I)
Épreuve commune aux ENS de Paris, Lyon et Cachan
Filière PC (groupe I)
Épreuve commune aux ENS de Paris et Lyon
\title{ MATHÉMATIQUES - INFORMATIQUE
}
Durée : 4 heures
Les calculatrices sont inutiles et de ce fait ne sont pas autorisées
Préambule L'objet du sujet est d'étudier quelques propriétés mathématiques et algorithmiques des ensembles convexes : le lemme de Farkas et la programmation linéaire, les fonctions de jauge et le premier théorème de Minkowski, les minima successifs et les réseaux admissibles, une technique de réduction de base. Les applications de ces techniques sont nombreuses, notamment en optimisation combinatoire, mais ne sont pas abordées dans le sujet.
Les deux premières parties sont indépendantes. Les troisième et quatrième parties s'appuient essentiellement sur la deuxième. Le sujet n'est pas de difficulté progressive : chaque partie comporte des questions relativement difficiles et, globalement, le sujet comporte peu de questions élémentaires.
Notations On se place dans l'espace vectoriel euclidien
ℝ^n , muni du produit scalaire usuel. Si
x⃗ est un vecteur de
ℝ^n , on note
x_i sa
i -ème composante, pour
1 ≤ i ≤ n . Si
x⃗ ∈ ℝ^n et
y⃗ ∈ ℝ^n , on note
x⃗.y⃗ leur produit scalaire. Les opérations portant sur des vecteurs sont à comprendre composante par composante : ainsi,
x⃗ ≥ 0→ signifie
x_i ≥ 0 pour tout
i . Un vecteur peut être considéré comme vecteur ligne ou vecteur colonne selon le contexte, s'il n'y a pas ambiguïté. Ainsi, pour
x⃗ ∈ ℝ^n, y⃗ ∈ ℝ^m et une matrice
A de taille
n × m , on note
Ay⃗ le produit de
A par
y⃗, y⃗ étant considéré comme vecteur colonne, et
x⃗A le produit de
x⃗ par
A, x⃗ étant considéré comme vecteur ligne. Enfin, on utilise les notations ensemblistes suivantes : si
S ⊆ ℝ^n, T ⊆ ℝ^n, λ ∈ ℝ et
x⃗ ∈ ℝ^n , on note
x⃗ + S l'ensemble des vecteurs
x⃗ + y⃗ avec
y⃗ ∈ S, λS l'ensemble des vecteurs
λy⃗ avec
y⃗ ∈ S , et
S + T l'ensemble des vecteurs
y⃗ + z⃗ avec
y⃗ ∈ S et
z⃗ ∈ T .
Partie 1. Lemme de Farkas et théorème de dualité
Un ensemble
K ⊆ ℝ^n est convexe si
∀x⃗, y⃗ ∈ K, ∀λ ∈ ℝ, 0 ≤ λ ≤ 1, λx⃗ + (1 − λ)y⃗ ∈ K . C'est un cône si
∀x⃗, y⃗ ∈ K, ∀λ, μ ∈ ℝ^+, λx⃗ + μy⃗ ∈ K . S'il existe une matrice
C à coefficients réels, de taille
m × n , telle que
K = {x⃗ ∈ ℝ^n|Cx⃗ ≤ 0→} , on dit que
K est un cône polyédral. S'il existe
a⃗_1, …, a⃗_m ∈ ℝ^n tels que
K = {x⃗ ∈ ℝ^n|x⃗ = ∑_(i = 1)^m y_i a⃗_i avec
∀i, y_i ≥ 0} , on dit que
K est le cône engendré par
a⃗_1, …, a⃗_m . Dans ce cas, on peut aussi écrire
K matriciellement :
K = {Ay⃗|y⃗ ≥ 0} où cette fois-ci
A est de taille
n × m et les
a⃗_i sont les colonnes de
A .
Question 1.1. Vérifier qu'un cône polyédral (respectivement engendré) est bien un cône. Montrer que
K est un cône si et seulement s'il est convexe et
∀x⃗ ∈ K, ∀λ ≥ 0, λx⃗ ∈ K . Montrer qu'un cône polyédral est intersection de demi-espaces, c'est-à-dire d'ensembles de la forme
{x⃗ ∈ ℝ^n|c⃗ ⋅ x⃗ ≤ 0} .
Pour
K ⊆ ℝ^n , on définit le polaire de
K comme l'ensemble
K^∗ = {z⃗ ∈ ℝ^n|∀x⃗ ∈ K, z⃗ ⋅ x⃗ ≤ 1} .
Question 1.2. Montrer les propriétés suivantes : a)K^∗ est convexe, b)
K ⊆ (K^∗)^∗ ; c) si
K est un cône,
K^∗ est un cône et
K^∗ = {z⃗ ∈ ℝ^n|∀x⃗ ∈ K, z⃗ ⋅ x⃗ ≤ 0} ; d) si
K est un cône engendré,
K^∗ est un cône polyédral ; e) si
K est un cône polyédral,
K = (K^∗)^∗ .
Question 1.2. Montrer les propriétés suivantes : a)
Soit
A une matrice réelle de taille
n × m, n ≤ m , de rang
n et
b⃗ de dimension
n . On note
a⃗_1, …, a⃗_m les colonnes de
A et
D = {a⃗_(i_1), …, a⃗_(i_n)} un ensemble constitué de
n vecteurs linéairement indépendants parmi ces
m vecteurs. On effectue les opérations suivantes:
Étape 1 : Écrireb⃗ (de façon unique) comme
b⃗ = ∑_(j = 1)^n μ_(i_j)a⃗_(i_j) .
Étape 2: Choisir, s'il existe, l'indice minimalh ∈ {i_1, …, i_n} tel que
μ_h < 0 , sinon STOP.
Étape 3 : Soitc⃗ tel que
c⃗ ⋅ a⃗_(i_j) = 0 pour tout
i_j ≠ h et
c⃗ ⋅ a⃗_h = 1 . Choisir, s'il existe, l'indice minimal
k ∈ {1, …, m} tel que
c⃗ ⋅ a⃗_k < 0 , sinon STOP.
Étape 4 : RemplacerD par
D∖{a⃗_h} ∪ {a⃗_k} et reprendre à l'étape 1.
Étape 1 : Écrire
Étape 2: Choisir, s'il existe, l'indice minimal
Étape 3 : Soit
Étape 4 : Remplacer
Question 1.3. On note
K le cône engendré par les vecteurs
(a⃗_i)_(1 ≤ i ≤ m) .
- Montrer que l'algorithme précédent est bien défini, que s'il stoppe à l'étape 2 alors
b⃗ ∈ K et que s'il stoppe à l'étape 3 alors il existec⃗ tel quec⃗ ⋅ b⃗ < 0 et− c⃗ ∈ K^∗ . - Montrer que l'algorithme ne boucle pas. Indication : s'il existe deux itérations
i < j pour lesquelles l'ensembleD est le même, on pourra considérer le plus grand indicer tel quea⃗_r quitteD (à l'itérationp ) et y retourne (à l'itérationq ) aveci ≤ p < q < j et calculerc⃗_q ⋅ b⃗ avecb⃗ exprimé dans la base utilisée à l'étapep . - En déduire le lemme de Farkas : de deux choses l'une, soit il existe
y⃗ ≥ 0→ tel queb⃗ = Ay⃗ , soit il existec⃗ tel quec⃗ ⋅ b⃗ < 0, c⃗A ≥ 0→ etc⃗ ⋅ a⃗_i = 0 pour (n − 1 ) vecteursa⃗_i linéairement indépendants.
On admettra que le lemme de Farkas se généralise au cas où
A est une matrice quelconque : dans ce cas, la condition portant sur
c⃗ est que
c⃗ est orthogonal à
t − 1 vecteurs
a⃗_i linéairement indépendants où
t est le rang de
(a⃗_1, …, a⃗_m, b⃗) . On sera également amené à utiliser l'énoncé (légèrement affaibli) suivant : il existe
y⃗ ≥ 0→ tel que
b⃗ = Ay⃗ si et seulement si
c⃗A ≤ 0→ implique
c⃗ ⋅ b⃗ ≤ 0 .
Question 1.4.
- En utilisant le lemme de Farkas, montrer que si
K un est cône engendré alors(K^∗)^∗ = K etK est polyédral. Pour ce deuxième point, utiliser la condition supplémentaire du lemme de Farkas portant surc⃗ : "c⃗ ⋅ a⃗_i = 0 pourt − 1 vecteursa⃗_i linéairement indépendants". - Montrer que si
K est un cône polyédral, il est engendré. On pourra considérer un cône engendréJ tel queJ^∗ = K .
Question 1.5. On note
I_n la matrice identité de taille
n . Soit
A une matrice réelle de taille
n × m ,
b⃗ ∈ ℝ^n et
c⃗ ∈ ℝ^m . Montrer, en considérant la matrice (
A − A I_n ), de taille
n × (2m + n) , et le lemme de Farkas, qu'il existe
x⃗ tel que
Ax⃗ ≤ b⃗ si et seulement si
y⃗ ⋅ b⃗ ≥ 0 pour tout
y⃗ ≥ 0→ tel que
y⃗A = 0→ . Montrer ensuite le théorème de dualité suivant. Si
{x⃗|Ax⃗ ≤ b⃗} et
{y⃗|y⃗ ≥ 0→, y⃗A = c⃗} sont non vides alors :
Pour cela, on montrera, en utilisant la première partie de la question, qu'il existe
x⃗ et
y⃗ tels que :
(Tous les vecteurs sont ici des vecteurs colonnes. On utilise la notation
^t pour les transposer.) On sera amené à distinguer deux cas selon qu'une certaine variable réelle, introduite par l'application du lemme de Farkas, est nulle ou pas.
Partie 2. Corps convexes, normes et premier théorème de Minkowski
Pour
x⃗ ∈ ℝ^n , on définit
‖x⃗‖_r = (∑_(i = 1)^n|x_i|^r)^(1/r) . On rappelle que pour
r ≥ 1, ‖ ⋅ ‖_r est une norme.
Question 2.1. Soit la fonctionΓ définie par
Γ(x) = ∫_0^(+ ∞)e^(− t)t^(x − 1)dt .
Question 2.1. Soit la fonction
- Rappeler pourquoi la fonction
Γ est bien définie surℝ^(+ ∗) etΓ(x + 1) = xΓ(x) . - Montrer que
Γ(p)Γ(q) = Γ(p + q)∫_0^1(1 − t)^(p − 1)t^(q − 1)dt , par un calcul d'intégrale double et en remarquant que0 ≤ t < + ∞, t ≤ u < + ∞ si et seulement si0 ≤ u < + ∞, 0 ≤ t ≤ u .
Question 2.2. On note
V_(r, n)(R) le volume de
{x⃗ ∈ ℝ^n|‖x⃗‖_r ≤ R} , la boule de rayon
R en dimension
n pour la norme
‖.‖_r . Établir une relation entre
V_(r, n)(R) et
V_(r, n)(1) puis entre
V_(r, n)(1) et
V_(r, n − 1)(1) et montrer finalement que :
Soit
Question 2.3. Montrer que si
K est convexe, son adhérence
K¯ et son intérieur
K^∘ sont convexes. Montrer que si, de plus,
0→ ∈ K^∘ alors
λK ⊆ K^∘ si
0 ≤ λ < 1 et
K¯ ⊆ λK si
λ > 1 . (Ne pas hésiter à s'aider de dessins pour toutes ces propriétés.)
Un corps convexe est un convexe borné
K tel que
0→ ∈ K^∘ . On lui associe la fonction de jauge
f définie par
f(x⃗) = inf{λ|λ ≥ 0, x⃗ ∈ λK} pour tout
x⃗ ≠ 0→ et
f(0→) = 0 .
Question 2.4. Montrer que la fonction de jauge
f d'un corps convexe
K est bien définie et que :
(i)f(x⃗) > 0 si
x⃗ ≠ 0→ ;
(ii)f(αx⃗) = αf(x⃗) si
α > 0 .
(iii)f(x⃗ + y⃗) ≤ f(x⃗) + f(y⃗) si
x⃗ ∈ ℝ^n et
y⃗ ∈ ℝ^n .
(i)
(ii)
(iii)
Pour démontrer (iii), on commencera par montrer que
x⃗/f(x⃗) ∈ K¯ puis, en utilisant les résultats de la question 2.3, que
x⃗ ∈ K^∘ si et seulement si
f(x⃗) < 1 et
x⃗ ∈ K¯ si et seulement si
f(x⃗) ≤ 1 .
On remarque que lorsque
K est symétrique par rapport à
0→ , c'est-à-dire
x⃗ ∈ K si et seulement si
− x⃗ ∈ K , alors sa fonction de jauge
f vérifie de plus
f(αx⃗) = |α|f(x⃗) , c'est donc une norme.
Question 2.5. Réciproquement, soit
f une fonction de
ℝ^n dans
ℝ satisfaisant les propriétés (i), (ii) et (iii) précédentes. Montrer qu'il existe
M > 0 tel que pour tout
x⃗ ∈ ℝ^n, f(x⃗) ≤ M∑_i|x_i| . En déduire que
f est continue en
0→ , puis sur
ℝ^n . Montrer enfin que l'ensemble
K = {x⃗ ∈ ℝ^n|f(x⃗) ≤ 1} est un corps convexe dont
f est la fonction de jauge.
Lorsque
f est une norme, donc lorsque
f possède en plus la propriété
f(αx⃗) = |α|f(x⃗) , il est facile de voir que le corps convexe
K = {x⃗|f(x⃗) ≤ 1} est symétrique par rapport à
0→ . On suppose que c'est le cas dans tout le reste de cette partie.
Question 2.6. Montrer que la fonction de jauge
f^∗ du polaire
K^∗ = {z⃗|∀x⃗ ∈ K, z⃗ ⋅ x⃗ ≤ 1} d'un ensemble
K est égal à
f^∗(z⃗) = sup{z⃗ ⋅ x⃗|x⃗ ∈ K} .
Dans la suite, on parlera de volumes sans se préoccuper de questions théoriques d'existence et on notera
Vol(K) le volume de
K . On utilisera en particulier la relation
Vol(λK) = λ^n Vol(K) en dimension
n pour tout
λ > 0 .
Question 2.7. On suppose que
Vol(K) > 1 . Pour
x⃗ ∈ ℤ^n , soit
V_(x⃗) le volume de
K ∩ (x⃗ + C) où
C est le cube
{y⃗ ∈ ℝ^n|0 ≤ y_i < 1, ∀i} . En remarquant que
Vol(K) = ∑_(x⃗ ∈ ℤ^n)V_(x⃗) et en considérant les intersections
C ∩ (K − x⃗) , montrer qu'il existe
z⃗_1 ∈ K et
z⃗_2 ∈ K tels que
z⃗_1 − z⃗_2 ∈ ℤ^n .
Question 2.8. En considérant
1/2K et en utilisant le fait que
K est symétrique, montrer que si
Vol(K) > 2^n , il existe
x⃗ ≠ 0→ tel que
x⃗ ∈ ℤ^n ∩ K (premier théorème de Minkowski). Montrer que ceci reste vrai si
Vol(K) ≥ 2^n et
K est fermé.
Question 2.9. Montrer que
inf{λ > 0|(λK ∩ ℤ^n) ≠ {0→}} = min{f(x⃗)|x⃗ ∈ ℤ^n∖{0→}} où
f est la fonction de jauge de
K . En déduire qu'il existe
x⃗ ∈ ℤ^n, x⃗ ≠ 0→ , tel que
f(x⃗) ≤ 2Vol(K)^(− 1/n) . Soit
A une matrice carrée de taille
n inversible. Montrer, par un changement de variable, qu'il existe
y⃗ ∈ ℤ^n, y⃗ ≠ 0→ , tel que
f(x⃗) ≤ 2Vol(K)^(− 1/n)|det(A)|^(1/n) où
x⃗ = Ay⃗ .
Question 2.10. Soit
A une matrice carrée de taille
n inversible. Soit
K = {x⃗ ∈ ℝ^n||x_i|≤1, ∀i} . Montrer qu'il existe
y⃗ ∈ ℤ^n, y⃗ ≠ 0→ tel que
x⃗ = Ay⃗ vérifie
|x_i| ≤ |detA|^(1/n) pour tout
i et donc
|x_1⋯x_n| ≤ |det(A)| . En utilisant cette fois la fonction de jauge
f(x⃗) = ∑_i|x_i|/n et une inégalité de convexité, montrer qu'on peut choisir
y⃗ ∈ ℤ^n∖{0→} pour que
|x_1⋯x_n| ≤ |det(A)|n!/n^n .
Question 2.11. Soit
A une matrice de taille
n telle que
|det(A)| = 1 et
c_1, …, c_n des réels de produit égal à 1 . Montrer qu'il existe
y⃗ ∈ ℤ^n, y⃗ ≠ 0→ , tel que pour tout
i, |x_i| ≤ c_i où
x⃗ = Ay⃗ . En déduire le résultat d'approximation simultanée suivant : pour tous réels
α_1, …, α_n et
N > 1 , il existe un entier positif non nul
q ≤ N et des entiers
p_1, …, p_n tels que, pour tout
i, |α_i − (p_i)/q| ≤ N^(− 1 − 1/n) .
Partie 3. Minima successifs et réseaux admissibles
Soit
K ⊂ ℝ^n un corps convexe symétrique par rapport à
0→ et
f sa fonction de jauge associée. On définit les minima successifs
λ_i(K) , pour
1 ≤ i ≤ n , de la façon suivante :
où
dim(E) est la dimension de l'espace vectoriel engendré par les vecteurs de
E . En d'autres termes,
λ_i(K) est le plus petit
λ tel que
λK contienne
i vecteurs entiers linéairement indépendants. On a bien sûr
λ_1(K) ≤ … ≤ λ_n(K) . S'il n'y a pas ambiguïté, on notera simplement
λ_i au lieu de
λ_i(K) .
Question 3.1. Montrer qu'on peut définir
n vecteurs entiers
x⃗_1, …, x_n^(→−) , linéairement indépendants, tels que
f(x⃗_i) = λ_i et
f(x⃗_i) est la plus petite valeur de
f(x⃗) pour
x⃗ dans
ℤ^n qui n'est pas combinaison linéaire de
x⃗_1, …, x⃗_(i − 1) .
Soit
a⃗_1, …, a⃗_n une base de
ℝ^n . L'ensemble
Λ des combinaisons linéaires entières de ces vecteurs est appelé réseau engendré par (ou de base)
a⃗_1, …, a⃗_n . Matriciellement
Λ = {x⃗|x⃗ = Ay⃗, y⃗ ∈ ℤ^n} où
A est la matrice dont les colonnes sont les
a⃗_i . On dira aussi que
A est une base de
Λ .
Question 3.2. Montrer que si
A et
B sont deux bases d'un même réseau
Λ alors il existe une matrice carrée
Q entière, d'inverse entière, tel que
B = AQ . En déduire que
|det(A)| ne dépend pas de la base
A d'un réseau. On l'appelle le déterminant du réseau, noté
det(Λ) .
Soit
K un corps convexe symétrique par rapport à
0→ . On dit qu'un réseau
Λ est admissible pour
K si
K ∩ Λ = {0→} . On définit
Δ(K) = inf{det(Λ)|Λ admissible pour
K} .
Question 3.3. Montrer que l'inégalité
2^n Δ(K) ≥ Vol(K) est une reformulation du premier théorème de Minkowski.
Soit
K tel que
Vol(K) < 1 . Pour un nombre premier
p et
u⃗ ∈ ℤ^n tel que
u_1 = 1 et
0 ≤ u_i < p pour
2 ≤ i ≤ n , on définit le réseau
Λ(p, u⃗) de base
u⃗, (0, p, 0, …, 0), (0, 0, p, 0, …, 0), …, (0, …, 0, p) .
Question 3.4. Montrer que, pour
p fixé, pour tout
v⃗ ∈ ℤ^n tel que
v_1 n'est pas un multiple de
p , il existe un unique réseau
Λ(p, u⃗) contenant
v⃗ . En déduire que
Y = {v⃗ ∈ ℤ^n|v_1 n'est pas multiple de
p} est union disjointe de
p^(n − 1) ensembles
Λ(p, u⃗) ∩ Y .
On considère, pour chaque
x⃗ ∈ p^(− (n − 1)/n)ℤ^n (c'est-à-dire tel que
p^((n − 1)/n)x⃗ est entier), le cube
C_(x⃗) = x⃗ + p^(− (n − 1)/n)C où
C est le cube
{y⃗ ∈ ℝ^n|0 ≤ y_i < 1, ∀i} . Ces cubes, tous de volume
p^(− (n − 1)) , forment une partition de
ℝ^n et, si
#S représente le nombre d'éléments d'un ensemble fini
S , on a :
résultat intuitif que l'on admettra.
Question 3.5. Montrer que si
p est choisi suffisamment grand, il existe un réseau
Λ(p, u⃗) tel que
#(K ∩ p^(− (n − 1)/n)(Λ(p, u⃗) ∩ Y)) < 1 , c'est-à-dire
(p^((n − 1)/n)K) ∩ (Λ(p, u⃗) ∩ Y) = ∅ . De plus, si
p est suffisamment grand pour que
|x_i| < p^(1/n) pour tout
x⃗ ∈ K , alors
(p^((n − 1)/n)K) ∩ Λ(p, u⃗) ⊆ {0→} . En déduire qu'il existe un réseau admissible pour
K de déterminant 1 .
Question 3.6. Soit
K de volume quelconque. Montrer que
Δ(K) ≤ Vol(K) .
Partie 4. Réduction de base de Lovász et Scarf
Dans cette partie,
K ⊂ ℝ^n est un corps convexe et on note
f sa fonction de jauge associée. Étant donnée une base (
b⃗_1, …, b⃗_n ) du réseau
ℤ^n , on définit
n fonctions
f_i , pour
1 ≤ i ≤ n , par
f_i(x⃗) = inf{f(x⃗ + α_1 b⃗_1 + …α_(i − 1)b⃗_(i − 1))|α_1 ∈ ℝ, …, α_(i − 1) ∈ ℝ} . Par définition,
f_1 = f .
Question 4.1. Montrer que
f_i(x⃗) = g_i(π_i(x⃗)) où
π_i est la projection sur l'espace vectoriel engendré par
b⃗_i, …, b⃗_n , parallèlement à
b⃗_1, …, b⃗_(i − 1) , et
g_i est la fonction de jauge associée à
π_i(K) .
Question 4.2. Montrer que si
f_1(b⃗_1) ≤ f_2(b⃗_2) ≤ … ≤ f_n(b_n^(→−)) alors
b⃗_1 atteint le premier minimum successif, c'est-à-dire
f(b⃗_1) = λ_1(K) .
Il est difficile de trouver une base vérifiant les conditions précédentes. On s'intéresse alors à des conditions plus faibles. Soit
ε ∈ ℝ, 0 < ε < 1/2 . On dit que la base (
b⃗_1, …, b⃗_n ) est réduite si pour tout
i, 1 ≤ i < n :
(i)f_i(b⃗_(i + 1) + μb⃗_i) ≥ f_i(b⃗_(i + 1)) quel que soit
μ ∈ ℤ .
(ii)f_i(b⃗_(i + 1)) ≥ (1 − ε)f_i(b⃗_i) .
(i)
(ii)
Pour construire une base réduite pour
n ≥ 2 , on applique l'algorithme suivant.
Étape 1 : Soit(b⃗_1, …, b⃗_n) une base de
ℤ^n , par exemple la base canonique, et poser
i = 1 .
Étape 2 : Remplacerb⃗_(i + 1) par
b⃗_(i + 1) + μb⃗_i tel que
f_i(b⃗_(i + 1) + μb⃗_i) soit minimal.
Étape 3 : Sif_i(b⃗_(i + 1)) < (1 − ε)f_i(b⃗_i) , échanger
b⃗_i et
b⃗_(i + 1) , et remplacer
i par
max(1, i − 1) ; sinon remplacer
i par
i + 1 .
Étape 4: Sii < n , aller à l'étape 2 sinon STOP.
Étape 1 : Soit
Étape 2 : Remplacer
Étape 3 : Si
Étape 4: Si
Question 4.3. Montrer que cet algorithme finit par s'arrêter et construit bien une base réduite.
On admettra que lorsqueK est de la forme
{x⃗ ∈ ℝ^n|Ax⃗ ≤ b⃗} où
A est une matrice entière de taille
n × m et
b⃗ ∈ ℤ^m , alors on sait implanter cet algorithme par des techniques reliées aux résultats de la partie 1 .
On admettra que lorsque
Question 4.4. En remarquant que
f_(i + 1)(b⃗_(i + 1)) = min{f_i(b⃗_(i + 1) + αb⃗_i)|α ∈ ℝ} , montrer que si (
b⃗_1, …, b⃗_n ) est une base réduite, alors pour tout
i, 1 ≤ i < n, f_(i + 1)(b⃗_(i + 1)) ≥ (1/2 − ε)f_i(b⃗_i) , puis que
λ_1(K) ≤ f(b⃗_1) ≤ λ_1(K)(1/2 − ε)^(1 − n) .
On dit qu'une base
(c⃗_1, …, c⃗_n) de
ℤ^n est propre si, pour tous
i et
j tels que
j < i , les fonctions
f_i définies à partir de cette base vérifient
f_j(c⃗_i + μc⃗_j) ≥ f_j(c⃗_i) quel que soit
μ ∈ ℤ .
Question 4.5. Soit
(b⃗_1, …, b⃗_n) est une base de
ℤ^n . Montrer que, quels que soient
μ_(i, j) ∈ ℤ^n ,
j < i , la famille (
c⃗_1, …, c⃗_n ) définie par
c⃗_i = b⃗_i + ∑_(j = 1)^(i − 1)μ_(i, j)b⃗_j est une base de
ℤ^n telle que les fonctions
f_i définies à partir de la première base sont les mêmes que celles définies à partir de la seconde. Montrer qu'il existe
μ_(i, j), j < i , tels que la base (
c⃗_1, …, c⃗_n ) soit propre et qu'elle est réduite si la base (
b⃗_1, …, b⃗_n ) l'est.
Dans la suite, on suppose que
(b⃗_1, …, b⃗_n) est une base réduite de
ℤ^n .
Question 4.6. On suppose d'abord que (b⃗_1, …, b⃗_n ) est réduite propre. En s'inspirant de la démonstration de la question 4.4, montrer par une récurrence descendante sur
j que, pour tout
j < i ,
f_j(b⃗_i) ≤ f_i(b_i→) + 1/2(f_(i − 1)(b⃗_(i − 1)) + … + f_j(b⃗_j)) , puis
f_1(b⃗_i) ≤ f_i(b⃗_i)(1/2 − ε)^(1 − i) et enfin
λ_i(K) ≤ f_i(b⃗_i)(1/2 − ε)^(1 − i) . Pourquoi cette dernière relation est-elle vraie même si la base n'est pas propre?
Question 4.6. On suppose d'abord que (
Question 4.7. Soient
x⃗_i = ∑_(j = 1)^n x_(i, j)b⃗_j, 1 ≤ i ≤ n, n vecteurs linéairement indépendants tels que
f(x⃗_i) = λ_i(K) . Montrer que pour tout
i , il existe
j ≤ i ≤ k tels que
x_(j, k) ≠ 0 . En considérant, pour
i fixé, le plus grand
k tel que
x_(j, k) ≠ 0 et
j ≤ i ≤ k , montrer que
λ_i(K) ≥ λ_j(K) ≥ f_i(b⃗_i)(1/2 − ε)^(n − i) .
On obtient donc un algorithme, basé sur la fonction de jauge d'un corps convexe polyédral
K , pour l'approximation de ses minima successifs.
Pas de description pour le moment
