ENS Informatique Fondamentale (Maths Info) MP 2010Sujet
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Filière MP (groupe I)
Épreuve commune aux ENS de Paris, Lyon et Cachan
MATHÉMATIQUES - INFORMATIQUE
Les calculatrices ne sont pas autorisées.
Le sujet porte sur la résolution de systèmes d'équations linéaires dans les entiers. La première partie traite de la résolution d'une équation dans
ℤ . La seconde partie étudie la résolution d'un système d'équations dans
ℕ . La troisième partie porte sur le nombre de Frobenius. La quatrième et dernière partie est consacrée à l'étude d'une borne inférieure sur le nombre de Frobenius. Les quatre parties sont largement indépendantes. En particulier, la deuxième partie est indépendante des autres.
L'usage des calculatrices est interdit.
Préambule
Si
A est une matrice de taille
m × k , le coefficient (
i, j ), où
i est l'indice de ligne et
j l'indice de colonne,
1 ⩽ i ⩽ m, 1 ⩽ j ⩽ k , de la matrice
A est noté
A_(i, j) . Si
u est un vecteur de taille
k , la
i ème coordonnée de
u, 1 ⩽ i ⩽ k , est notée
u_i . La matrice identité de taille
k × k est notée
I_k . Une matrice de taille
1 × k pourra être appelée vecteur même si ses coefficients ne sont pas dans un corps.
Si
A et
B sont deux ensembles, on note
A∖B l'ensemble formé de
A privé des éléments de
B .
Algorithmes : certaines questions demandent de donner un algorithme. Pour ces questions, on ne demande pas de fournir du pseudo-code mais de décrire l'algorithme en français. La question 2.5 illustre une présentation possible.
Algorithmes : certaines questions demandent de donner un algorithme. Pour ces questions, on ne demande pas de fournir du pseudo-code mais de décrire l'algorithme en français. La question 2.5 illustre une présentation possible.
Partie 1 : Résolution d'une équation linéaire dans
ℤ
Étant donnés
a, b deux entiers strictement positifs, on appelle reste de la division euclidienne de a par
b , noté
r(a, b) l'entier
r tel que
0 ⩽ r < b et
a = kb + r pour un certain entier
k ∈ ℕ . On rappelle que l'algorithme d'Euclide, permettant de calculer
pgcd(a, b) , est défini à l'aide des suites
(u_n) et
(v_n) de la manière suivante :
− u_0 = a et
v_0 = b
- Si
v_n ≠ 0 , on définitu_(n + 1) = v_n etv_(n + 1) = r(u_n, v_n) - Si
v_n = 0 , alors l'algorithme s'arrête et renvoieu_n .
Question 1.1. Soit
N l'indice tel que
v_N = 0 .
(a). Montrer queu_N = pgcd(a, b) .
(b). Montrer qu'il existep, q ∈ ℤ tels que
u_N = ap + bq .
(a). Montrer que
(b). Montrer qu'il existe
Soient
a_1, …, a_n ∈ ℤ, b ∈ ℤ des entiers relatifs. On dit que l'équation
a une solution dans
ℤ s'il existe
u_1, …, u_n ∈ ℤ tels que
a_1 u_1 + … + a_n u_n = b .
Question 1.2. Soienta_1, …, a_n ∈ ℤ, n ⩾ 2 et
b ∈ ℤ . Soit
a^′ = pgcd(a_1, a_2) . Montrer que l'équation
a_1 x_1 + a_2 x_2 + … + a_n x_n = b a une solution dans
ℤ si et seulement si l'équation
a^′ x^′ + a_3 x_3 + … + a_n x_n = b a une solution dans
ℤ . En déduire que
a_1 x_1 + a_2 x_2 + … + a_n x_n = b a une solution dans
ℤ si et seulement si
pgcd(a_1, …, a_n) divise
b .
Question 1.2. Soient
En particulier, l'équation
a_1 x_1 + a_2 x_2 + … + a_n x_n = pgcd(a_1, …, a_n) a toujours une solution dans
ℤ (théorème de Bézout).
Question 1.3. Proposer un algorithme qui prend en entrée une équation
a_1 x_1 + a_2 x_2 + … + a_n x_n = b et renvoie :
- "pas de solution" s'il n'y a pas de solution dans
ℤ , - donne une solution (dans
ℤ ) lorsqu'il en existe une.
On supposera donnée une fonction
pgcd_(et) qui prend en entrée deux entiers
a, b ∈ ℕ et qui renvoie
d, p, q tels que
d = pa + qb et
d = pgcd(a, b) .
Question 1.4. Trouver une solution dans
ℤ de l'équation
10x_1 − 15x_2 + 7x_3 = 3 .
Partie 2 : Base des solutions dans
ℕ d'un système d'équations linéaires
Soit
A une matrice de taille
m × k à coefficients dans
ℤ . L'ensemble des solutions dans
ℕ de l'équation
AX = 0 , noté
S(A) , est l'ensemble des vecteurs
X ∈ ℕ^k tels que
AX = 0 . Une base de
S(A) est un ensemble de vecteurs de
ℕ^k tel que tout vecteur de
S(A) s'écrive comme une combinaison linéaire à coefficients entiers positifs d'éléments de la base.
Étant donnés deux vecteurs
U, V ∈ ℕ^k , on écrit
U ⩽ V si et seulement si
U_i ⩽ V_i pour tout
1 ⩽ i ⩽ k .
Question 2.1. Montrer que la relation⩽ est un ordre sur les vecteurs de
ℕ^k .
On considère l'ensembleH(A) des solutions non nulles dans
ℕ de l'équation
AX = 0 , minimales pour l'ordre
⩽ , c'est-à-dire
Question 2.1. Montrer que la relation
On considère l'ensemble
Question 2.2. Montrer que
H(A) est fini.
Question 2.3. Montrer que
H(A) est une base de
S(A) .
Question 2.4. Montrer que toute base deS(A) contient
H(A) .
On s'intéresse à la détermination deH(A) . Une contrainte est un triplet formé d'une matrice
M carrée de taille
k × k à coefficients dans
ℕ , d'une matrice
A de taille
m × k à coefficients dans
ℤ et d'un ensemble
I ⊆ {1, …, k} .
Question 2.4. Montrer que toute base de
On s'intéresse à la détermination de
La contrainte associée à (
M, A, I ) est notée
C(M, A, I) . L'ensemble des solutions, noté
Sol(C(M, A, I)) , d'une contrainte
C(M, A, I) est défini par
Ainsi
S(A) est l'ensemble des solutions de la contrainte
C(ld_k, A, ∅) . Par convention, on appellera matrice vide la matrice de taille
0 × k , notée
ε . L'ensemble des solutions, noté
Sol(C(M, ε, I)) , associé à
C(M, ε, I) est défini par
On dit qu'une contrainte
C(M, A, I) est en forme résolue si
A est la matrice vide. Étant donné un ensemble
E de contraintes, l'ensemble des solutions de
E est
Sol(E) = ∪ _(C ∈ E)Sol(C) .
On définit
L_(i, j) la matrice carrée telle que le coefficient (
p, q ) de
L_(i, j) vaut 1 si
p = q ou si
(p, q) = (i, j) et vaut 0 sinon.
Nous allons étudier un algorithme Transf décrit ci-dessous, qui transforme un ensemble de contraintes en un ensemble de contraintes en forme résolue.
Transf(E) =
E si pour tout
C ∈ E, C est en forme résolue.
Sinon, choisirC(M, A, I) ∈ E qui n'est pas en forme résolue. Si les
A_(1, i), i ∉ I ne sont pas tous de même signe, choisir
i, j ∉ I tels que
A_(1, i)A_(1, j) = min_(p, q)A_(1, p)A_(1, q) < 0; calculer Transf
((E∖{C(M, A, I)}) ∪ {C(ML_(i, j), AL_(i, j), I), C(ML_(j, i), AL_(j, i), I)}) . Sinon, soit
A_(1, ∗) la première ligne de
A . On peut écrire
A sous la forme
A = [A_(1, ∗); A^′] . Soit
I^′ = I ∪ {j|A_(1, j) ≠ 0} . Calculer Transf
((E∖{C(M, A, I)}) ∪ {C(M, A^′, I^′)}) .
Sinon, choisir
Question 2.5. Soit
E un ensemble fini de contraintes. Montrer que Transf
(E) renvoie toujours un résultat en un nombre fini d'étapes.
Question 2.6. Montrer que si
E est un ensemble de contraintes et
Transf(E) = E^′ alors
Sol(E) = Sol(E^′) .
Question 2.7. En déduire un algorithme pour déterminer
H(A) .
Question 2.8. SoitA = [0, − 1, 0, 1; 1, 0, 1, − 3] . Déterminer
H(A) .
Question 2.8. Soit
Partie 3 : Problème de Frobenius
Dans cette partie, on suppose que
a_1, …, a_n ∈ ℕ sont des entiers positifs tels que
a_i ⩾ 2 ,
1 ⩽ i ⩽ n . On dit qu'un entier
b est représentable comme une combinaison linéaire positive de
a_1, …, a_n s'il existe des entiers
x_i ⩾ 0, 1 ⩽ i ⩽ n , tels que
a_1 x_1 + a_2 x_2 + … + a_n x_n = b .
Question 3.1. Soit
b un entier. Les deux propositions suivantes sont-elles équivalentes? Justifier la réponse.
i)b est représentable comme une combinaison linéaire positive de
a_1, …, a_n .
ii)pgcd(a_1, …, a_n) divise
b .
i)
ii)
Question 3.2. On suppose
pgcd(a_1, …, a_n) = 1 . Montrer qu'il existe un entier
N tel que pour tout entier
b ⩾ N, b est représentable comme une combinaison linéaire positive de
a_1, …, a_n .
On suppose désormais que
pgcd(a_1, …, a_n) = 1 . On note
g(a_1, …, a_n) le plus grand entier non représentable comme combinaison linéaire positive de
a_1, …, a_n . Le nombre
g(a_1, …, a_n) est appelé nombre de Frobenius.
Question 3.3. Soient
a, b ⩾ 2, pgcd(a, b) = 1 . Soit
T l'ensemble des entiers représentables comme une combinaison linéaire positive de
a et
b .
(a). Montrer queab − a − b ∉ T .
(b). Montrer que pour tout entierk , il existe
v_1 ∈ ℤ et
v_2 ∈ ℕ tel que
v_2 < a et
k = v_1 a + v_2 b .
(c). Montrer que pour tout entieri ⩾ 1, ab − a − b + i ∈ T .
(d). En déduire que le nombre de Frobenius associé àa et
b est
g(a, b) = ab − a − b .
(a). Montrer que
(b). Montrer que pour tout entier
(c). Montrer que pour tout entier
(d). En déduire que le nombre de Frobenius associé à
Soient
a, b, c ∈ ℤ . On dit que
a est congru à
b modulo
c , noté
a ≡ bmodc , s'il existe
k ∈ ℤ tel que
a = b + ck .
Question 3.4. Soient
a_1, …, a_n ∈ ℕ, n ⩾ 2 des entiers positifs. Pour tout
ℓ ∈ ℕ , on définit
t_ℓ le plus petit entier positif congru à
ℓ modulo
a_n et représentable comme une combinaison linéaire positive de
a_1, …, a_(n − 1) . Montrer que
Si
A et
B sont deux parties de
ℝ^d , l'ensemble
A + B est l'ensemble des
u + v avec
u ∈ A et
v ∈ B . Si
t est un réel,
tA est l'ensemble des
tu, u ∈ A . S'il existe un réel positif
t tel que
ℝ^d = tA + B , on définit le rayon couvrant de
A par rapport à
B par
On considère
L = {(x_1, …, x_(n − 1))|x_i ∈ ℤ et
∑_(i = 1)^(n − 1)a_i x_i ≡ 0moda_n} et
S = {(x_1, …, x_(n − 1))|x_i ∈ ℝ, x_i ⩾ 0 et
∑_(i = 1)^(n − 1)a_i x_i ⩽ 1} .
Question 3.5. Montrer queℤ^(n − 1) ⊆ (g(a_1, …, a_n) + a_n)S + L .
Question 3.6. Montrer queμ(S, L) existe et que
μ(S, L) ⩽ g(a_1, …, a_n) + a_1 + ⋯ + a_n .
Question 3.7. Montrer queg(a_1, …, a_n) + a_n est le plus petit réel positif
t tel que
tS + L contienne
ℤ^(n − 1) .
Question 3.5. Montrer que
Question 3.6. Montrer que
Question 3.7. Montrer que
Question 3.8. Montrer que
μ(S, L) = g(a_1, …, a_n) + a_1 + ⋯ + a_n .
Partie 4 : Dénumérants et borne inférieure sur le nombre de Frobenius
On considère
a_1, …, a_n ∈ ℕ^∗ et
m ∈ ℕ^∗ des entiers strictement positifs. Le dénumérant
d(m, a_1, …, a_n) est le nombre de solutions dans
ℕ de l'équation
∑_(i = 1)^n a_i x_i = m , c'est-à-dire le cardinal de l'ensemble
On considère la fonction
f : ] − 1, 1[ → ℝ définie par
Question 4.1. Montrer que
f est développable en série entière et que son développement est
f(x) = ∑_(i = 0)^∞d(i, a_1, …, a_n)x^i .
Question 4.2. Donner une formule explicite pour
d(m, 1, 2) .
On suppose désormais fixésa_1, …, a_n ∈ ℕ^∗ des entiers strictement positifs.
Étant donnésb_1, …, b_n ∈ ℕ , on considère
B(b_1, …, b_n) le rectangle
n -dimensionnel formé de l'ensemble des points
x ∈ ℝ^n tels que
b_i a_i ⩽ x_i < (b_i + 1)a_i . Étant donné
r ∈ ℝ^+ , on considère la pyramide
P(r) formée de l'ensemble des vecteurs
x ∈ (ℝ^+)^n tels que
x_1 + ⋯ + x_n ⩽ r .
Question 4.3. Montrer queP(m) ⊆ ⋃_(b_1 a_1 + ⋯ + b_n a_n ⩽ m)B(b_1, …, b_n) .
On définitd^′(m, a_1, …, a_n) = ∑_(i = 0)^m d(i, a_1, …, a_n) , le nombre de solutions dans
ℕ de l'inégalité
∑_(i = 1)^n a_i x_i ⩽ m .
On suppose désormais fixés
Étant donnés
Question 4.3. Montrer que
On définit
On pose
p_n = ∏_(i = 1)^n a_i et
s_n = ∑_(i = 1)^n a_i .
Question 4.4. Montrer que(m^n)/(n!p_n) ⩽ d^′(m, a_1, …, a_n) ⩽ ((m + s_n)^n)/(n!p_n) .
On poseg_n = g(a_1, …, a_n) .
Question 4.5. On considère la fonctionf : ]0, + ∞[ → ]0, + ∞[ définie par
f(y) = ((y + g_n + s_n)^n)/y . Montrer que
f(y) > n!p_n .
Question 4.4. Montrer que
On pose
Question 4.5. On considère la fonction
Question 4.6. Montrer que
g(a_1, …, a_n) ⩾ (n − 1)/n((n − 1)!∏_(i = 1)^n a_i)^(1/(n − 1)) − ∑_(i = 1)^n a_i .
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