Soit (α,β)R2(\alpha, \beta) \in \mathbb{R}^{2} et n2n \geq 2. On considère la matrice An(α,β)Mn(R)A_{n}(\alpha, \beta) \in \mathrm{M}_{n}(\mathbb{R}) suivante :

An(α,β)=(αβ00βαβ00βαβ00βα)A_{n}(\alpha, \beta)=\left(\begin{array}{ccccc} \alpha & \beta & 0 & \cdots & 0
\beta & \alpha & \beta & \ddots & \vdots
0 & \ddots & \ddots & \ddots & 0
\vdots & \ddots & \beta & \alpha & \beta
0 & \cdots & 0 & \beta & \alpha \end{array}\right)
  1. Montrer que An(α,β)A_n(\alpha, \beta) est diagonalizable.
  2. Déterminer les valeurs propres de cette matrice.
  3. Expliciter les sous-espaces propres associés.

1.

Pour β=0\beta = 0, le résultat est immédiat. Supposer β0\beta \neq 0.

2.

Traduire l'équation aux valeurs propres AX=λXAX = \lambda X sous forme d'une relation de récurrence linéaire d'ordre 2 sur les composantes de XX.

3.

Utiliser les conditions aux limites x0=0x_0 = 0 et xn+1=0x_{n+1} = 0 pour restreindre les valeurs possibles de λ\lambda.

Idées clés

Exploitation de la structure tridiagonale via une récurrence.

Utilisation de la symétrie réelle pour la diagonalisabilité.

Résolution d'équations caractéristiques trigonométriques.

Résolution.

  1. La matrice An(α,β)A_n(\alpha, \beta) est une matrice réelle et symétrique : tAn(α,β)=An(α,β)^t A_n(\alpha, \beta) = A_n(\alpha, \beta).

    D'après le théorème spectral, toute matrice réelle symétrique est diagonalizable dans une base orthonormée.

    An(α,β) est diagonalizable.\boxed{A_n(\alpha, \beta) \text{ est diagonalizable.}}

  2. Cherchons les éléments propres de A=An(α,β)A = A_n(\alpha, \beta). Si β=0\beta = 0, A=αInA = \alpha I_n, la seule valeur propre est α\alpha.

    Supposons désormais β0\beta \neq 0. Soit λC\lambda \in \mathbb{C} et X=(x1,,xn)CnX = (x_1, \dots, x_n) \in \mathbb{C}^n non nul tel que AX=λXAX = \lambda X. En posant x0=0x_0 = 0 et xn+1=0x_{n+1} = 0, le système se traduit par la relation de récurrence suivante :

    k{1,,n},βxk1+αxk+βxk+1=λxk\forall k \in \{1, \dots, n\},   \beta x_{k-1} + \alpha x_k + \beta x_{k+1} = \lambda x_k

    Ce qui se réécrit :

    xk+1λαβxk+xk1=0x_{k+1} - \frac{\lambda - \alpha}{\beta} x_k + x_{k-1} = 0

    L'équation caractéristique associée est r2λαβr+1=0r^2 - \frac{\lambda - \alpha}{\beta} r + 1 = 0. Le produit des racines est 1, donc les racines sont de la forme rr et 1/r1/r.

    Si r=±1r = \pm 1, alors xkx_k est de la forme (A+Bk)rk(A+Bk)r^k. Les conditions x0=xn+1=0x_0=x_{n+1}=0 imposent A=B=0A=B=0, ce qui donne X=0X=0, impossible.

    Ainsi les racines sont distinctes. On peut poser r=eiθr = e^{i\theta} avec θC\theta \in \mathbb{C}. La relation r+1/r=λαβr + 1/r = \frac{\lambda - \alpha}{\beta} devient 2cosθ=λαβ2 \cos \theta = \frac{\lambda - \alpha}{\beta}.

    La solution générale de la récurrence est xk=Aeikθ+Beikθx_k = A e^{ik\theta} + B e^{-ik\theta}. Comme x0=0x_0 = 0, on a A+B=0A + B = 0, donc xk=Csin(kθ)x_k = C \sin(k\theta).

    La condition xn+1=0x_{n+1} = 0 impose sin((n+1)θ)=0\sin((n+1)\theta) = 0, d'où (n+1)θ=pπ(n+1)\theta = p\pi avec p{1,,n}p \in \{1, \dots, n\}. On en déduit les valeurs de λ\lambda :

    λp=α+2βcos(pπn+1)pour p{1,,n}\boxed{\lambda_p = \alpha + 2\beta \cos\left(\frac{p\pi}{n+1}\right)   \text{pour } p \in \{1, \dots, n\}}

  3. Pour chaque p{1,,n}p \in \{1, \dots, n\}, la valeur propre λp\lambda_p est associée au vecteur propre XpX_p dont les composantes sont :
    xk,p=sin(kpπn+1)pour k{1,,n}\boxed{x_{k,p} = \sin\left(\frac{kp\pi}{n+1}\right)   \text{pour } k \in \{1, \dots, n\}}

    Comme les nn valeurs propres trouvées sont distinctes (la fonction cosinus est injective sur ]0,π[]0, \pi[), chaque sous-espace propre est une droite vectorielle :

    Eλp(A)=Vect(Xp)\boxed{E_{\lambda_p}(A) = \mathrm{Vect}(X_p)}

Attention à l'indice de la somme dans les conditions aux limites. L'introduction de x0x_0 et xn+1x_{n+1} est un artifice classique pour transformer un système fini en une suite infinie vérifiant une relation de récurrence.