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_2(\mathbb{C})$ à spectre singleton}

Soient A,BA, B et CC trois matrices non nulles de M2(C)\mathcal{M}_{2}(\mathbb{C}). Démontrer qu'il existe une combinaison linéaire non nulle de ces trois matrices ne possédant qu'une seule valeur propre dans C\mathbb{C}.

1.

Rappeler la condition sur le polynôme caractéristique pour qu'une matrice d'ordre 2 possède une unique valeur propre.

2.

Utiliser le discriminant Δ(M)=Tr(M)2−4det⁡(M)\Delta(M) = \text{Tr}(M)^2 - 4\det(M).

3.

Étudier la nature de l'application M↦Δ(M)M \mapsto \Delta(M) sur le sous-espace V=Vect(A,B,C)V = \text{Vect}(A, B, C).

4.

Utiliser une propriété fondamentale des formes quadratiques sur un espace vectoriel complexe.

Idées clés

•

Lien entre racine double du polynôme caractéristique et discriminant.

•

Structure de forme quadratique du discriminant en dimension 2.

•

Propriété des zéros des formes quadratiques sur C\mathbb{C}.

Résolution.

  1. Caractérisation du spectre singleton. Soit M∈M2(C)M \in \mathcal{M}_2(\mathbb{C}). Son polynôme caractéristique est donné par :
    χM(X)=X2−Tr(M)X+det⁡(M)\chi_M(X) = X^2 - \text{Tr}(M)X + \det(M)
    La matrice MM possède une unique valeur propre si et seulement si χM\chi_M possède une racine double. Ceci est équivalent à l'annulation de son discriminant :
    Δ(M)=Tr(M)2−4det⁡(M)=0\boxed{\Delta(M) = \text{Tr}(M)^2 - 4\det(M) = 0}

  2. Nature algébrique du discriminant. L'application Tr:M2(C)→C\text{Tr} : \mathcal{M}_2(\mathbb{C}) \to \mathbb{C} est une forme linéaire. Par conséquent, M↦Tr(M)2M \mapsto \text{Tr}(M)^2 est une forme quadratique. L'application det⁡:M2(C)→C\det : \mathcal{M}_2(\mathbb{C}) \to \mathbb{C} est également une forme quadratique sur M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}) car pour M=(abcd)M = \begin{pmatrix} a & b
    c & d \end{pmatrix}
    , on a det⁡(M)=ad−bc\det(M) = ad - bc, qui est un polynôme homogène de degré 2 en les coefficients de MM. On en déduit que Δ:M↦Tr(M)2−4det⁡(M)\Delta : M \mapsto \text{Tr}(M)^2 - 4\det(M) est une forme quadratique sur M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}).

  3. Existence d'un vecteur isotrope. Soit V=Vect(A,B,C)V = \text{Vect}(A, B, C) le sous-espace engendré par les trois matrices. Distinguons deux cas selon la dimension de VV :
    • Cas 1 : dim⁡V≥2\dim V \geq 2. On sait que toute forme quadratique sur un espace vectoriel complexe de dimension n≥2n \geq 2 admet un vecteur isotrope non nul. En effet, si la forme est nulle, n'importe quel vecteur convient. Sinon, dans une base de diagonalisation, l'équation s'écrit ∑i=1rλixi2=0\sum_{i=1}^r \lambda_i x_i^2 = 0 avec r≥1r \geq 1. Si r=1r=1, λ1x12=0\lambda_1 x_1^2 = 0 admet des solutions non nulles dès que n≥2n \geq 2 (on prend x1=0x_1=0 et un autre xi≠0x_i \neq 0). Si r≥2r \geq 2, on peut trouver une solution non nulle en utilisant le fait que tout nombre complexe admet une racine carrée. Ainsi, il existe M∈V∖{0}M \in V \setminus \{0\} tel que Δ(M)=0\Delta(M) = 0.
    • Cas 2 : dim⁡V=1\dim V = 1. Dans ce cas, A,BA, B et CC sont colinéaires. Comme elles sont supposées non nulles, V=Vect(A)V = \text{Vect}(A). Si AA possède une seule valeur propre, le résultat est immédiat. Si AA possède deux valeurs propres distinctes, alors Δ(A)≠0\Delta(A) \neq 0. Dans ce cas précis, aucune matrice non nulle de VV (de la forme λA\lambda A) ne possède une unique valeur propre.

  4. Interprétation pour trois matrices. L'énoncé de Tosel/LLG, en proposant trois matrices, suggère souvent de se placer dans le cas où l'on peut trouver une matrice nilpotente. Considérons l'hyperplan H={M∈M2(C)∣Tr(M)=0}H = \{ M \in \mathcal{M}_2(\mathbb{C}) \mid \text{Tr}(M) = 0 \}. Si dim⁡Vect(A,B,C)=3\dim \text{Vect}(A, B, C) = 3, alors par la formule de Grassmann :
    dim⁡(V∩H)=dim⁡V+dim⁡H−dim⁡M2(C)=3+3−4=2\dim(V \cap H) = \dim V + \dim H - \dim \mathcal{M}_2(\mathbb{C}) = 3 + 3 - 4 = 2
    Sur l'espace V∩HV \cap H, la trace est nulle, donc Δ(M)=−4det⁡(M)\Delta(M) = -4\det(M). Comme dim⁡(V∩H)=2\dim(V \cap H) = 2, il existe M∈(V∩H)∖{0}M \in (V \cap H) \setminus \{0\} tel que det⁡(M)=0\det(M) = 0. Pour une telle matrice :
    Tr(M)=0etdet⁡(M)=0  ⟹  Sp(M)={0}\boxed{\text{Tr}(M) = 0   \text{et}   \det(M) = 0 \implies \text{Sp}(M) = \{0\}}
    La matrice MM est donc non nulle et possède 0 comme unique valeur propre.

Attention à ne pas oublier que ce résultat est faux sur R\mathbb{R}. Par exemple, si V=Vect((100−1),(0110))V = \text{Vect}\left( \begin{pmatrix} 1 & 0
0 & -1 \end{pmatrix}, \begin{pmatrix} 0 & 1
1 & 0 \end{pmatrix} \right)
, toute matrice non nulle de VV a deux valeurs propres distinctes réelles ±x2+y2\pm \sqrt{x^2+y^2}, sauf la matrice nulle.