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Le but de cet exercice est d'établir une relation fondamentale entre le déterminant et la trace via les séries entières, puis d'appliquer ce résultat à l'étude combinatoire des graphes.

  1. Soit A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}). On note ρ(A)\rho(A) son rayon spectral. Montrer que pour tout complexe zz tel que ∣z∣<1ρ(A)|z| < \frac{1}{\rho(A)}, on a l'identité suivante :
    det⁡(In+zA)=exp⁡(∑k=1+∞(−1)k−1Tr⁡(Ak)kzk)\det(I_{n} + z A) = \exp \left( \sum_{k=1}^{+\infty} \frac{(-1)^{k-1} \operatorname{Tr}(A^{k})}{k} z^{k} \right)

  2. On considère un graphe non orienté GG possédant mm sommets, numérotés de 11 à mm. On note M∈Mm(Z)M \in \mathcal{M}_{m}(\mathbb{Z}) sa matrice d'adjacence, définie par Mi,j=1M_{i,j}=1 si les sommets ii et jj sont reliés par une arête, et 00 sinon. Pour tout n∈N∗n \in \mathbb{N}^*, on note Nn(G)N_n(G) le nombre de chemins fermés de longueur nn dans le graphe.
    1. Justifier que Nn(G)=Tr⁡(Mn)N_n(G) = \operatorname{Tr}(M^n).
    2. On définit la fonction zêta du graphe par la série :
      ζG(z)=exp⁡(∑n=1+∞Nn(G)nzn)\zeta_{G}(z) = \exp \left( \sum_{n=1}^{+\infty} \frac{N_{n}(G)}{n} z^{n} \right)
      Montrer que pour tout complexe zz de module strictement inférieur à 1/ρ(M)1/\rho(M), on a :
      ζG(z)=1det⁡(Im−zM)\zeta_{G}(z) = \frac{1}{\det(I_{m} - z M)}

1.

Pour la première question, utiliser le fait que toute matrice de Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) est trigonalisable. Exprimer le déterminant et la trace à l'aide des valeurs propres.

2.

Utiliser le développement en série entière de la fonction u↦ln⁡(1+u)u \mapsto \ln(1+u) pour ∣u∣<1|u| < 1.

3.

Pour la question 2.(a), interpréter le coefficient (Mn)i,j(M^n)_{i,j} comme le nombre de chemins de longueur nn allant de ii vers jj.

4.

Pour la question 2.(b), appliquer la formule de la question 1 avec une matrice et une variable zz bien choisies.

Idées clés

•

Trigonalisation sur C\mathbb{C} pour ramener le problème aux valeurs propres.

•

Utilisation des séries entières (ln⁡\ln et exp⁡\exp).

•

Lien combinatoire entre puissances de la matrice d'adjacence et dénombrement de chemins.

1. Preuve de l'identité déterminant-trace.

Soit A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}). Le corps C\mathbb{C} étant algébriquement clos, le polynôme caractéristique de AA est scindé.

Par conséquent, AA est trigonalisable dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}). Il existe P∈GLn(C)P \in GL_n(\mathbb{C}) et une matrice triangulaire supérieure TT telles que :

A=PTP−1A = P T P^{-1}

Les coefficients diagonaux de TT sont les valeurs propres λ1,…,λn\lambda_1, \dots, \lambda_n de AA (comptées avec multiplicité).

Pour tout k∈N∗k \in \mathbb{N}^*, on a Ak=PTkP−1A^k = P T^k P^{-1}. La matrice TkT^k est également triangulaire et ses coefficients diagonaux sont λ1k,…,λnk\lambda_1^k, \dots, \lambda_n^k. On en déduit :

Tr⁡(Ak)=Tr⁡(Tk)=∑i=1nλik\operatorname{Tr}(A^k) = \operatorname{Tr}(T^k) = \sum_{i=1}^n \lambda_i^k

Considérons maintenant z∈Cz \in \mathbb{C} tel que ∣z∣<1ρ(A)|z| < \frac{1}{\rho(A)}. Par définition du rayon spectral, pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\}, on a ∣λi∣≤ρ(A)|\lambda_i| \le \rho(A), donc ∣zλi∣<1|z \lambda_i| < 1.

Le déterminant étant invariant par similitude :

det⁡(In+zA)=det⁡(P(In+zT)P−1)=det⁡(In+zT)\det(I_n + zA) = \det(P(I_n + zT)P^{-1}) = \det(I_n + zT)

Comme In+zTI_n + zT est triangulaire, son déterminant est le produit de ses coefficients diagonaux :

det⁡(In+zA)=∏i=1n(1+zλi)\det(I_n + zA) = \prod_{i=1}^n (1 + z\lambda_i)

En utilisant la fonction exponentielle et le développement en série entière de ln⁡(1+u)\ln(1+u) pour ∣u∣<1|u| < 1, on obtient :

det⁡(In+zA)=exp⁡(∑i=1nln⁡(1+zλi))\det(I_n + zA) = \exp \left( \sum_{i=1}^n \ln(1 + z\lambda_i) \right)

det⁡(In+zA)=exp⁡(∑i=1n∑k=1+∞(−1)k−1(zλi)kk)\det(I_n + zA) = \exp \left( \sum_{i=1}^n \sum_{k=1}^{+\infty} \frac{(-1)^{k-1} (z\lambda_i)^k}{k} \right)

Comme les sommes sont finies sur ii, on peut intervertir les symboles ∑\sum :

det⁡(In+zA)=exp⁡(∑k=1+∞(−1)k−1zkk∑i=1nλik)\det(I_n + zA) = \exp \left( \sum_{k=1}^{+\infty} \frac{(-1)^{k-1} z^k}{k} \sum_{i=1}^n \lambda_i^k \right)

En remplaçant la somme des puissances des valeurs propres par la trace, on obtient le résultat :

det⁡(In+zA)=exp⁡(∑k=1+∞(−1)k−1Tr⁡(Ak)kzk)\boxed{ \det(I_n + zA) = \exp \left( \sum_{k=1}^{+\infty} \frac{(-1)^{k-1} \operatorname{Tr}(A^k)}{k} z^k \right) }

2. Application aux graphes.

  1. Nombre de chemins fermés. Par une récurrence classique sur nn, on montre que le coefficient (Mn)i,j(M^n)_{i,j} de la matrice MnM^n est égal au nombre de chemins de longueur nn joignant le sommet ii au sommet jj. Un chemin fermé de longueur nn est un chemin qui part d'un sommet ii et revient à ce même sommet ii en nn étapes. Pour un sommet ii fixé, ce nombre est donné par (Mn)i,i(M^n)_{i,i}. Le nombre total de chemins fermés de longueur nn dans le graphe est donc la somme de ces coefficients sur tous les sommets possibles :
    Nn(G)=∑i=1m(Mn)i,i=Tr⁡(Mn)N_n(G) = \sum_{i=1}^m (M^n)_{i,i} = \boxed{ \operatorname{Tr}(M^n) }

  2. Expression de la fonction zêta. On utilise l'identité démontrée à la question 1 en remplaçant AA par −M-M. Pour ∣z∣<1/ρ(M)|z| < 1/\rho(M), on a :
    det⁡(Im+z(−M))=exp⁡(∑k=1+∞(−1)k−1Tr⁡((−M)k)kzk)\det(I_m + z(-M)) = \exp \left( \sum_{k=1}^{+\infty} \frac{(-1)^{k-1} \operatorname{Tr}((-M)^k)}{k} z^k \right)

    Observons que Tr⁡((−M)k)=Tr⁡((−1)kMk)=(−1)kTr⁡(Mk)\operatorname{Tr}((-M)^k) = \operatorname{Tr}((-1)^k M^k) = (-1)^k \operatorname{Tr}(M^k). Le terme général de la somme devient :

    (−1)k−1(−1)kTr⁡(Mk)kzk=(−1)2k−1Tr⁡(Mk)kzk=−Tr⁡(Mk)kzk\frac{(-1)^{k-1} (-1)^k \operatorname{Tr}(M^k)}{k} z^k = \frac{(-1)^{2k-1} \operatorname{Tr}(M^k)}{k} z^k = - \frac{\operatorname{Tr}(M^k)}{k} z^k

    Ainsi :

    det⁡(Im−zM)=exp⁡(−∑k=1+∞Tr⁡(Mk)kzk)\det(I_m - zM) = \exp \left( - \sum_{k=1}^{+\infty} \frac{\operatorname{Tr}(M^k)}{k} z^k \right)

    Par définition de la fonction zêta et en utilisant Nk(G)=Tr⁡(Mk)N_k(G) = \operatorname{Tr}(M^k), on a :

    ζG(z)=exp⁡(∑k=1+∞Tr⁡(Mk)kzk)\zeta_G(z) = \exp \left( \sum_{k=1}^{+\infty} \frac{\operatorname{Tr}(M^k)}{k} z^k \right)

    On en déduit immédiatement :

    det⁡(Im−zM)=1ζG(z)\det(I_m - zM) = \frac{1}{\zeta_G(z)}
    Ce qui donne bien :
    ζG(z)=1det⁡(Im−zM)\boxed{ \zeta_G(z) = \frac{1}{\det(I_m - zM)} }

Attention au domaine de validité de la formule. Elle repose sur le développement en série entière du logarithme, ce qui impose que toutes les quantités zλiz\lambda_i soient de module strictement inférieur à 11. C'est pourquoi la condition ∣z∣<1/ρ(A)|z| < 1/\rho(A) est cruciale.