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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et P=Xn+∑k=0n−1akXkP = X^{n} + \sum_{k=0}^{n-1} a_{k} X^{k} un polynôme de K[X]\mathbb{K}[X]. On désigne par x1,…,xnx_{1}, \ldots, x_{n} les racines de PP dans une extension de corps où PP est scindé (par exemple C\mathbb{C}), comptées avec leurs multiplicités.

Pour tout k∈Nk \in \mathbb{N}, on définit la somme de Newton d'ordre kk par Sk=∑i=1n(xi)kS_{k} = \sum_{i=1}^{n} (x_{i})^{k}.

On introduit la matrice compagnon C∈Mn(K)C \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) définie par :

C=(010⋯0001⋱⋮⋮⋱⋱000⋯01−a0−a1⋯−an−2−an−1)C = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 0 & \cdots & 0
0 & 0 & 1 & \ddots & \vdots
\vdots & & \ddots & \ddots & 0
0 & 0 & \cdots & 0 & 1
-a_{0} & -a_{1} & \cdots & -a_{n-2} & -a_{n-1} \end{pmatrix}

  1. Établir que pour tout entier k≥nk \geq n, on a la relation de récurrence suivante :
    Sk+an−1Sk−1+⋯+a0Sk−n=0S_{k} + a_{n-1} S_{k-1} + \dots + a_{0} S_{k-n} = 0

  2. Démontrer que pour tout k∈⟦1,n−1⟧k \in \llbracket 1, n-1 \rrbracket, les sommes de Newton vérifient :
    Sk+an−1Sk−1+⋯+an−k+1S1=−kan−kS_{k} + a_{n-1} S_{k-1} + \dots + a_{n-k+1} S_{1} = -k a_{n-k}

1.

Commencer par rappeler ou démontrer le lien entre les racines de PP et les valeurs propres de la matrice compagnon CC.

2.

Pour la première question, utiliser le théorème de Cayley-Hamilton appliqué à la matrice CC et exploiter la linéarité de la trace.

3.

Pour la seconde question, on peut utiliser la relation entre la dérivée du polynôme caractéristique et les sommes de Newton : P′(X)=∑i=1nP(X)X−xiP'(X) = \sum_{i=1}^n \frac{P(X)}{X-x_i}, ou travailler sur les traces des puissances de CC en lien avec les polynômes symétriques élémentaires.

Idées clés

•

Utilisation du polynôme caractéristique de la matrice compagnon.

•

Lien entre spectre et trace : Tr(Ck)=∑λik\text{Tr}(C^k) = \sum \lambda_i^k.

•

Théorème de Cayley-Hamilton pour obtenir des relations de récurrence.

Résolution.

  1. Par un calcul classique de déterminant (par exemple par récurrence ou développement selon la dernière ligne), on montre que le polynôme caractéristique de la matrice compagnon CC est :
    χC(X)=det⁡(XIn−C)=Xn+an−1Xn−1+⋯+a1X+a0=P(X)\chi_C(X) = \det(XI_n - C) = X^n + a_{n-1}X^{n-1} + \dots + a_1 X + a_0 = P(X)

    Les valeurs propres de CC (comptées avec multiplicités) sont donc exactement les racines x1,…,xnx_1, \dots, x_n du polynôme PP. Pour toute matrice MM, la trace de MkM^k est égale à la somme des puissances kk-ièmes de ses valeurs propres. On a donc :

    ∀k∈N,Tr(Ck)=∑i=1nxik=Sk\forall k \in \mathbb{N},   \text{Tr}(C^k) = \sum_{i=1}^n x_i^k = S_k

    D'après le théorème de Cayley-Hamilton, la matrice CC annule son polynôme caractéristique PP. On a donc l'égalité matricielle :

    Cn+an−1Cn−1+⋯+a1C+a0In=0Mn(K)C^n + a_{n-1}C^{n-1} + \dots + a_1 C + a_0 I_n = 0_{\mathcal{M}_n(\mathbb{K})}

    Soit k≥nk \geq n. En multipliant cette égalité par Ck−nC^{k-n} à gauche, on obtient :

    Ck+an−1Ck−1+⋯+a0Ck−n=0C^k + a_{n-1}C^{k-1} + \dots + a_0 C^{k-n} = 0

    En appliquant l'application trace, qui est linéaire, il vient :

    Tr(Ck)+an−1Tr(Ck−1)+⋯+a0Tr(Ck−n)=0\text{Tr}(C^k) + a_{n-1}\text{Tr}(C^{k-1}) + \dots + a_0 \text{Tr}(C^{k-n}) = 0

    En remplaçant les traces par les sommes SjS_j, on obtient finalement :

    Sk+an−1Sk−1+⋯+a0Sk−n=0\boxed{ S_k + a_{n-1} S_{k-1} + \dots + a_0 S_{k-n} = 0 }

  2. Pour 1≤k<n1 \leq k < n, la méthode précédente ne s'applique pas directement car multiplier par Ck−nC^{k-n} ferait intervenir des puissances négatives (si CC est inversible). Considérons la relation entre PP et ses racines : P(X)=∏i=1n(X−xi)P(X) = \prod_{i=1}^n (X-x_i). En dérivant cette expression, on obtient P′(X)=∑i=1nP(X)X−xiP'(X) = \sum_{i=1}^n \frac{P(X)}{X-x_i}. Pour ∣X∣|X| "assez grand" (ou formellement dans K((1/X))\mathbb{K}((1/X))), on peut écrire le développement en série :
    1X−xi=1X11−xiX=∑j=0∞xijXj+1\frac{1}{X-x_i} = \frac{1}{X} \frac{1}{1 - \frac{x_i}{X}} = \sum_{j=0}^{\infty} \frac{x_i^j}{X^{j+1}}

    En sommant sur ii, on trouve :

    P′(X)P(X)=∑i=1n∑j=0∞xijXj+1=∑j=0∞SjXj+1\frac{P'(X)}{P(X)} = \sum_{i=1}^n \sum_{j=0}^{\infty} \frac{x_i^j}{X^{j+1}} = \sum_{j=0}^{\infty} \frac{S_j}{X^{j+1}}

    On a donc l'égalité formelle P′(X)=P(X)∑j=0∞SjX−(j+1)P'(X) = P(X) \sum_{j=0}^{\infty} S_j X^{-(j+1)}. Explicitons P(X)=Xn+an−1Xn−1+⋯+a0P(X) = X^n + a_{n-1}X^{n-1} + \dots + a_0 et P′(X)=nXn−1+(n−1)an−1Xn−2+⋯+a1P'(X) = nX^{n-1} + (n-1)a_{n-1}X^{n-2} + \dots + a_1. Le coefficient devant Xn−k−1X^{n-k-1} dans le produit P(X)(∑j=0∞SjX−(j+1))P(X) \left( \sum_{j=0}^{\infty} S_j X^{-(j+1)} \right) est donné par :

    Sk+an−1Sk−1+⋯+an−kS0S_k + a_{n-1}S_{k-1} + \dots + a_{n-k}S_0
    Or, dans P′(X)P'(X), le coefficient de Xn−k−1X^{n-k-1} est (n−k)an−k(n-k)a_{n-k} (pour k<nk < n). On a donc : Sk+an−1Sk−1+⋯+an−k+1S1+an−kS0=(n−k)an−kS_k + a_{n-1}S_{k-1} + \dots + a_{n-k+1}S_1 + a_{n-k}S_0 = (n-k)a_{n-k}. Comme S0=∑i=1nxi0=nS_0 = \sum_{i=1}^n x_i^0 = n, l'égalité devient :
    Sk+an−1Sk−1+⋯+an−k+1S1+nan−k=nan−k−kan−kS_k + a_{n-1}S_{k-1} + \dots + a_{n-k+1}S_1 + n a_{n-k} = n a_{n-k} - k a_{n-k}

    Ce qui se simplifie en :

    Sk+an−1Sk−1+⋯+an−k+1S1=−kan−k\boxed{ S_k + a_{n-1} S_{k-1} + \dots + a_{n-k+1} S_1 = -k a_{n-k} }

Ne pas oublier que S0=nS_0 = n (somme de nn termes égaux à 1) et non 1. C'est une erreur fréquente qui fausse les relations de Newton pour k<nk < n.