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Théorème de Cayley-Hamilton

Le théorème de Cayley-Hamilton affirme que tout endomorphisme d'un espace de dimension finie est annulé par son polynôme caractéristique. Il fournit un polynôme annulateur explicite de degré nn, d'où l'on tire le polynôme minimal, l'inverse et les puissances d'une matrice.

Au programmeDeuxième année (MP, MPI, PSI) · Réduction des endomorphismes (polynômes annulateurs)

Énoncé

Théorème (Cayley-Hamilton)

Soit EE un K\K-espace vectoriel de dimension finie n≥1n\ge 1 et u∈L(E)u\in\mathcal{L}(E), de polynôme caractéristique χu=det⁡(Xid⁡−u)\chi_u=\det(X\operatorname{id}-u). Alors

χu(u)=0.\chi_u(u)=0.

Version matricielle : pour tout A∈Mn(K)A\in\mathcal{M}_n(\K), χA(A)=0\chi_A(A)=0. En conséquence, le polynôme minimal μu\mu_u divise χu\chi_u, et deg⁡μu≤n\deg\mu_u\le n.

Démonstration

Par les matrices compagnons. Il suffit de montrer que χu(u)(x)=0\chi_u(u)(x)=0 pour tout x∈Ex\in E. C'est clair si x=0x=0. Soit x≠0x\neq 0 et pp le plus grand entier tel que la famille (x,u(x),…,up−1(x))(x,u(x),\dots,u^{p-1}(x)) soit libre ; on a 1≤p≤n1\le p\le n. Par maximalité de pp, il existe a0,…,ap−1∈Ka_0,\dots,a_{p-1}\in\K tels que

up(x)=−∑k=0p−1akuk(x).u^p(x)=-\sum_{k=0}^{p-1}a_ku^k(x).

Le sous-espace F=Vect⁡(x,…,up−1(x))F=\operatorname{Vect}\big(x,\dots,u^{p-1}(x)\big) est stable par uu : uu envoie uk(x)u^k(x) sur uk+1(x)∈Fu^{k+1}(x)\in F pour k≤p−2k\le p-2, et up−1(x)u^{p-1}(x) sur up(x)∈Fu^p(x)\in F. Dans cette base, la matrice de uFu_F est la matrice compagnon du polynôme Q=Xp+ap−1Xp−1+⋯+a0Q=X^p+a_{p-1}X^{p-1}+\cdots+a_0, donc χuF=Q\chi_{u_F}=Q (calcul du polynôme caractéristique d'une matrice compagnon). Complétons en une base de EE : la matrice de uu est triangulaire par blocs (CQB0D)\begin{pmatrix}C_Q&B\\0&D\end{pmatrix}, donc χu=Q χD\chi_u=Q\,\chi_D (déterminant par blocs ; si F=EF=E, il n'y a pas de bloc DD et l'on pose χD=1\chi_D=1). Comme les polynômes en uu commutent,

χu(u)(x)=χD(u)(Q(u)(x))=χD(u)(up(x)+∑k=0p−1akuk(x))=χD(u)(0)=0.\chi_u(u)(x)=\chi_D(u)\big(Q(u)(x)\big)=\chi_D(u)\Big(u^p(x)+\sum_{k=0}^{p-1}a_ku^k(x)\Big)=\chi_D(u)(0)=0.

Par la comatrice (version matricielle). Soit A∈Mn(K)A\in\mathcal{M}_n(\K) et χA=∑k=0nckXk\chi_A=\sum_{k=0}^nc_kX^k. La formule de la comatrice, valable dans Mn(K[X])\mathcal{M}_n(\K[X]), donne (XIn−A)com⁡(XIn−A)⊤=χA(X) In(XI_n-A)\operatorname{com}(XI_n-A)^{\top}=\chi_A(X)\,I_n. Les coefficients de com⁡(XIn−A)\operatorname{com}(XI_n-A) sont des polynômes de degré ≤n−1\le n-1, donc com⁡(XIn−A)⊤=∑k=0n−1XkBk\operatorname{com}(XI_n-A)^{\top}=\sum_{k=0}^{n-1}X^kB_k avec Bk∈Mn(K)B_k\in\mathcal{M}_n(\K). En posant B−1=Bn=0B_{-1}=B_n=0 et en identifiant les coefficients de XkX^k (coefficient par coefficient) :

Bk−1−ABk=ckIn(0≤k≤n).B_{k-1}-AB_k=c_kI_n\qquad(0\le k\le n).

On multiplie à gauche par AkA^k et on somme : ∑k=0n(AkBk−1−Ak+1Bk)=∑k=0nckAk\sum_{k=0}^n\big(A^kB_{k-1}-A^{k+1}B_k\big)=\sum_{k=0}^nc_kA^k. La somme de gauche est télescopique et vaut A0B−1−An+1Bn=0A^0B_{-1}-A^{n+1}B_n=0. Donc χA(A)=0\chi_A(A)=0.

Méthode : quand et comment l'utiliser

  • Inverse comme polynôme en AA : si χA=Xn+cn−1Xn−1+⋯+c0\chi_A=X^n+c_{n-1}X^{n-1}+\cdots+c_0 et AA est inversible, alors c0=(−1)ndet⁡A≠0c_0=(-1)^n\det A\neq 0 et A−1=−1c0(An−1+cn−1An−2+⋯+c1In)A^{-1}=-\frac{1}{c_0}\big(A^{n-1}+c_{n-1}A^{n-2}+\cdots+c_1I_n\big).
  • Puissances : AmA^m est le reste de la division euclidienne de XmX^m par χA\chi_A, évalué en AA.
  • Polynôme minimal : il divise χA\chi_A ; on le cherche parmi les diviseurs unitaires de χA\chi_A qui ont les mêmes racines que χA\chi_A.

Exemples d'application

Une matrice 2 × 2

Soit A=(1234)A=\begin{pmatrix}1&2\\3&4\end{pmatrix}. En dimension 22, χA=X2−tr⁡(A)X+det⁡A=X2−5X−2\chi_A=X^2-\operatorname{tr}(A)X+\det A=X^2-5X-2. Cayley-Hamilton donne A2=5A+2I2A^2=5A+2I_2 ; on vérifie : A2=(7101522)=5A+2I2A^2=\begin{pmatrix}7&10\\15&22\end{pmatrix}=5A+2I_2. Comme A(A−5I2)=2I2A(A-5I_2)=2I_2,

A−1=12(A−5I2)=(−213/2−1/2).A^{-1}=\frac12(A-5I_2)=\begin{pmatrix}-2&1\\3/2&-1/2\end{pmatrix}.

Indice de nilpotence

Soit A∈Mn(C)A\in\mathcal{M}_n(\C) nilpotente. Sa seule valeur propre est 00 (si AX=λXAX=\lambda X avec X≠0X\neq 0 et Am=0A^m=0, alors λmX=0\lambda^mX=0, donc λ=0\lambda=0). Comme χA\chi_A est scindé sur C\C, χA=Xn\chi_A=X^n, et Cayley-Hamilton donne An=0A^n=0 : l'indice de nilpotence est au plus nn. Le résultat vaut aussi pour A∈Mn(R)A\in\mathcal{M}_n(\R), vue dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\C).

Erreurs classiques

  • La « preuve » χA(A)=det⁡(AIn−A)=det⁡(0)=0\chi_A(A)=\det(AI_n-A)=\det(0)=0 est fausse : χA(A)\chi_A(A) est une matrice, obtenue en substituant AA à l'indéterminée dans le polynôme χA\chi_A, alors que det⁡(AIn−A)=0\det(AI_n-A)=0 est une égalité entre scalaires qui ne dit rien sur cette matrice.

  • Croire la réciproque : un polynôme annulateur n'est pas forcément le polynôme caractéristique. I2I_2 est annulée par X−1X-1, alors que χI2=(X−1)2\chi_{I_2}=(X-1)^2.

  • Confondre polynôme minimal et polynôme caractéristique : on a seulement μA∣χA\mu_A\mid\chi_A, et l'égalité est fausse en général (exemple de InI_n, n≥2n\ge 2).

  • Oublier la dimension finie : en dimension infinie, le polynôme caractéristique n'est pas défini, et un endomorphisme peut n'avoir aucun polynôme annulateur non nul (dérivation sur K[X]\K[X]).

Place dans le programme

Deuxième année (MP, MPI, PSI), chapitre « Réduction des endomorphismes (polynômes annulateurs) ».

Le théorème fait partie du cours de réduction de deuxième année. Plusieurs démonstrations sont classiques ; celle par les matrices compagnons et celle par la comatrice sont présentées ci-dessous.

Dans les sujets de concours

Pour vous entraîner sur des sujets complets : Réduction des endomorphismes (472 sujets).

Sujets où cette notion intervient explicitement :

Questions fréquentes

Que dit le théorème de Cayley-Hamilton ?

Toute matrice carrée annule son polynôme caractéristique : χA(A)=0\chi_A(A)=0. Par exemple, en dimension 22, A2−tr⁡(A)A+det⁡(A)I2=0A^2-\operatorname{tr}(A)A+\det(A)I_2=0.

À quoi sert le théorème de Cayley-Hamilton ?

À disposer d'un polynôme annulateur de degré nn : on en déduit que le polynôme minimal divise χA\chi_A, on exprime A−1A^{-1} et les puissances AmA^m comme polynômes en AA de degré <n<n, et on montre qu'une matrice nilpotente vérifie An=0A^n=0.

Quelle démonstration du théorème de Cayley-Hamilton retenir ?

Les deux preuves classiques sont celle par les matrices compagnons (sous-espace engendré par les itérés d'un vecteur) et celle par la comatrice de XIn−AXI_n-A. Sur C\C, on peut aussi trigonaliser, puis conclure par densité ou directement sur la forme triangulaire.

Exercices corrigés utilisant : Théorème de Cayley-Hamilton

35 exercices