La formule de Grassmann relie la dimension d'une somme de deux sous-espaces vectoriels à celle de leur intersection. C'est l'outil de base pour montrer qu'une intersection n'est pas réduite à ou qu'une somme est directe, sans calcul de coordonnées.
Énoncé
Théorème (formule de Grassmann)
Soit un -espace vectoriel et , deux sous-espaces vectoriels de de dimension finie. Alors est de dimension finie et
En particulier, , avec égalité si et seulement si la somme est directe, c'est-à-dire si et seulement si .
L'espace lui-même n'a pas besoin d'être de dimension finie.
Démonstration
Par le théorème du rang. On considère l'application
Elle est linéaire, son image est et l'espace de départ est de dimension finie égale à . Son noyau est
car avec et impose . L'application est un isomorphisme de sur , donc . Le théorème du rang donne alors de dimension finie et
Par un supplémentaire. est un sous-espace de , qui est de dimension finie : il admet un supplémentaire dans , avec . On a . De plus car , donc . La somme est donc directe et .
Méthode : quand et comment l'utiliser
On utilise la formule dans deux sens.
- Minorer une intersection : comme , on a lorsque est de dimension finie.
- Montrer qu'une somme est directe ou égale à : si , il suffit de vérifier pour obtenir .
Exemples d'application
Deux plans distincts de se coupent selon une droite
Soit deux plans vectoriels de . La somme contient strictement , donc . La formule donne : l'intersection est une droite vectorielle.
Noyau et image d'un endomorphisme
Soit avec de dimension finie . Par le théorème du rang, . D'après la formule de Grassmann, si et seulement si , ce qui équivaut à .
Erreurs classiques
Écrire : la réunion de deux sous-espaces n'est en général pas un sous-espace. La formule porte sur la somme .
Étendre la formule à trois sous-espaces sur le modèle de l'inclusion-exclusion. Trois droites distinctes de ont des intersections deux à deux et triple nulles, mais .
Conclure à partir de seul : il faut aussi , et cela n'a de sens qu'en dimension finie.
Oublier l'hypothèse de dimension finie de et : sinon l'égalité n'a pas de sens, puisqu'on ne peut pas soustraire des dimensions infinies.
Place dans le programme
Première année (MPSI, MP2I, PCSI), chapitre « Espaces vectoriels de dimension finie ».
L'énoncé et sa démonstration sont au cœur du cours de première année. En deuxième année, la formule sert constamment en réduction et dans les espaces euclidiens.
Dans les sujets de concours
Pour vous entraîner sur des sujets complets : Algèbre linéaire (703 sujets).
Sujets où cette notion intervient explicitement :
Questions fréquentes
Quelle différence entre la formule de Grassmann et le théorème du rang ?
La formule de Grassmann se déduit du théorème du rang appliqué à sur . Les deux résultats sont équivalents en pratique ; Grassmann est la forme adaptée aux sommes de sous-espaces.
Parle-t-on de formule ou de théorème de Grassmann ?
Les deux expressions désignent le même résultat : pour deux sous-espaces de dimension finie.
Existe-t-il une formule pour trois sous-espaces ?
Non, pas de formule générale en fonction des seules intersections : l'exemple de trois droites du plan le montre. On a seulement l'inégalité , avec égalité si et seulement si la somme est directe.