WikiPrépaLivrets

Sommes de Newton

Les sommes de Newton d'un polynôme sont les sommes des puissances kk-ièmes de ses racines. Pour une matrice, ce sont les traces tr⁡(Ak)\operatorname{tr}(A^k). Les identités de Newton les relient aux coefficients du polynôme, ce qui permet de reconstruire le polynôme caractéristique à partir des traces des puissances et de caractériser la nilpotence.

Hors programmePremière et deuxième année (MPSI, MP) · Polynômes (relations coefficients-racines) ; réduction

Énoncé

Définition et théorème (identités de Newton)

Soit x1,…,xn∈Cx_1,\dots,x_n\in\C et P=∏i=1n(X−xi)=Xn−σ1Xn−1+σ2Xn−2−⋯+(−1)nσnP=\prod_{i=1}^n(X-x_i)=X^n-\sigma_1X^{n-1}+\sigma_2X^{n-2}-\cdots+(-1)^n\sigma_n, où les σk\sigma_k sont les fonctions symétriques élémentaires des xix_i (on pose σ0=1\sigma_0=1). Les sommes de Newton sont

pk=∑i=1nxi k(k∈N, p0=n).p_k=\sum_{i=1}^n x_i^{\,k}\qquad(k\in\N,\ p_0=n).

Identités de Newton.

  • Pour 1≤k≤n1\le k\le n :  pk−σ1pk−1+σ2pk−2−⋯+(−1)k−1σk−1p1+(−1)k k σk=0\ p_k-\sigma_1p_{k-1}+\sigma_2p_{k-2}-\cdots+(-1)^{k-1}\sigma_{k-1}p_1+(-1)^k\,k\,\sigma_k=0.
  • Pour k≥nk\ge n :  pk−σ1pk−1+⋯+(−1)nσnpk−n=0\ p_k-\sigma_1p_{k-1}+\cdots+(-1)^n\sigma_np_{k-n}=0.

Traces. Si A∈Mn(C)A\in\mathcal{M}_n(\C) a pour valeurs propres λ1,…,λn\lambda_1,\dots,\lambda_n (comptées avec multiplicité), alors tr⁡(Ak)=∑iλi k\operatorname{tr}(A^k)=\sum_i\lambda_i^{\,k} pour tout k∈Nk\in\N.

Démonstration

Cas k≥nk\ge n. Chaque xix_i est racine de PP, donc xi k−nP(xi)=0x_i^{\,k-n}P(x_i)=0, c'est-à-dire xi k−σ1xi k−1+⋯+(−1)nσnxi k−n=0x_i^{\,k}-\sigma_1x_i^{\,k-1}+\cdots+(-1)^n\sigma_nx_i^{\,k-n}=0. On somme sur ii.

Cas 1≤k≤n1\le k\le n. On introduit le polynôme réciproque R(t)=∏i=1n(1−xit)=∑j=0n(−1)jσjtjR(t)=\prod_{i=1}^n(1-x_it)=\sum_{j=0}^n(-1)^j\sigma_jt^j. En dérivant le produit,

−tR′(t)=∑i=1nxit∏j≠i(1−xjt).-tR'(t)=\sum_{i=1}^n x_it\prod_{j\neq i}(1-x_jt).

Pour tt réel assez proche de 00, on a 1−xit≠01-x_it\neq 0 pour tout ii, donc −tR′(t)=R(t)∑i=1nxit1−xit-tR'(t)=R(t)\sum_{i=1}^n\frac{x_it}{1-x_it}. Au voisinage de 00, xit1−xit=∑m=1nxi mtm+O(tn+1)\frac{x_it}{1-x_it}=\sum_{m=1}^{n}x_i^{\,m}t^m+O(t^{n+1}), et RR est bornée, d'où

−tR′(t)=(∑j=0n(−1)jσjtj)(∑m=1npmtm)+O(tn+1).-tR'(t)=\Big(\sum_{j=0}^n(-1)^j\sigma_jt^j\Big)\Big(\sum_{m=1}^n p_mt^m\Big)+O(t^{n+1}).

Les deux membres sont des polynômes en tt à O(tn+1)O(t^{n+1}) près ; par unicité du développement limité, leurs coefficients de tkt^k coïncident pour 1≤k≤n1\le k\le n. À gauche, le coefficient de tkt^k est −k(−1)kσk-k(-1)^k\sigma_k ; à droite, c'est ∑j=0k−1(−1)jσjpk−j\sum_{j=0}^{k-1}(-1)^j\sigma_jp_{k-j}. Ainsi

∑j=0k−1(−1)jσjpk−j+(−1)kkσk=0,\sum_{j=0}^{k-1}(-1)^j\sigma_jp_{k-j}+(-1)^kk\sigma_k=0,

qui est l'identité annoncée. Pour k=nk=n, elle coïncide avec celle du premier cas, car p0=np_0=n.

Traces. On trigonalise : A=QTQ−1A=QTQ^{-1} avec TT triangulaire de diagonale (λ1,…,λn)(\lambda_1,\dots,\lambda_n). Alors Ak=QTkQ−1A^k=QT^kQ^{-1}, TkT^k est triangulaire de diagonale (λ1 k,…,λn k)(\lambda_1^{\,k},\dots,\lambda_n^{\,k}), et la trace est invariante par similitude.

Méthode : quand et comment l'utiliser

Les identités permettent de calculer les pkp_k de proche en proche à partir des coefficients : p1=σ1p_1=\sigma_1, p2=σ1p1−2σ2=σ12−2σ2p_2=\sigma_1p_1-2\sigma_2=\sigma_1^2-2\sigma_2, p3=σ1p2−σ2p1+3σ3p_3=\sigma_1p_2-\sigma_2p_1+3\sigma_3. Réciproquement, en caractéristique nulle (K=R\K=\R ou C\C), on peut diviser par kk : les nn premières sommes p1,…,pnp_1,\dots,p_n déterminent σ1,…,σn\sigma_1,\dots,\sigma_n, donc le polynôme PP. Pour une matrice, les traces tr⁡(Ak)\operatorname{tr}(A^k), 1≤k≤n1\le k\le n, déterminent donc χA\chi_A.

Exemples d'application

Nilpotence par les traces

Énoncé. Soit A∈Mn(C)A\in\mathcal{M}_n(\C) telle que tr⁡(Ak)=0\operatorname{tr}(A^k)=0 pour k=1,…,nk=1,\dots,n. Alors AA est nilpotente.

Par les identités de Newton. Avec pk=tr⁡(Ak)=0p_k=\operatorname{tr}(A^k)=0 pour 1≤k≤n1\le k\le n, l'identité de rang kk, qui ne fait intervenir que p1,…,pkp_1,\dots,p_k, se réduit à (−1)kkσk=0(-1)^kk\sigma_k=0, donc σk=0\sigma_k=0 pour tout k∈{1,…,n}k\in\{1,\dots,n\}. Ainsi χA=Xn\chi_A=X^n et, par Cayley-Hamilton, An=0A^n=0.

Par Vandermonde. Supposons que AA ait des valeurs propres non nulles, et notons μ1,…,μr\mu_1,\dots,\mu_r (1≤r≤n1\le r\le n) les valeurs propres non nulles distinctes, de multiplicités m1,…,mr≥1m_1,\dots,m_r\ge 1. Alors ∑j=1rmjμj k=0\sum_{j=1}^r m_j\mu_j^{\,k}=0 pour k=1,…,rk=1,\dots,r. La matrice (μj k)1≤k,j≤r(\mu_j^{\,k})_{1\le k,j\le r} a pour déterminant μ1⋯μr∏i<j(μj−μi)≠0\mu_1\cdots\mu_r\prod_{i<j}(\mu_j-\mu_i)\neq 0, donc m1=⋯=mr=0m_1=\cdots=m_r=0 : contradiction. Toutes les valeurs propres sont nulles, χA=Xn\chi_A=X^n et AA est nilpotente.

Un calcul de sommes de Newton

Soit x1,x2,x3x_1,x_2,x_3 les racines complexes de X3−X−1X^3-X-1, de sorte que σ1=0\sigma_1=0, σ2=−1\sigma_2=-1, σ3=1\sigma_3=1. Les identités donnent p1=0p_1=0, p2=σ12−2σ2=2p_2=\sigma_1^2-2\sigma_2=2, p3=σ1p2−σ2p1+3σ3=3p_3=\sigma_1p_2-\sigma_2p_1+3\sigma_3=3, puis p4=σ1p3−σ2p2+σ3p1=2p_4=\sigma_1p_3-\sigma_2p_2+\sigma_3p_1=2. Contrôle direct : xi3=xi+1x_i^3=x_i+1 donne p3=p1+3=3p_3=p_1+3=3 et xi4=xi2+xix_i^4=x_i^2+x_i donne p4=p2+p1=2p_4=p_2+p_1=2.

Erreurs classiques

  • Confondre les deux formes : le terme (−1)kkσk(-1)^kk\sigma_k n'apparaît que pour k≤nk\le n ; pour k>nk>n, la relation est une récurrence linéaire d'ordre nn sans ce terme.

  • Oublier que l'on divise par kk : en caractéristique pp, le résultat sur la nilpotence est faux. Dans Mp(Z/pZ)\mathcal{M}_p(\Z/p\Z) avec pp premier, IpI_p vérifie tr⁡(Ip k)=p=0\operatorname{tr}(I_p^{\,k})=p=0 pour tout kk sans être nilpotente. Sur R\R ou C\C, aucun problème.

  • Écrire tr⁡(Ak)=∑λi k\operatorname{tr}(A^k)=\sum\lambda_i^{\,k} en ne sommant que sur les valeurs propres distinctes : il faut compter les multiplicités, et utiliser les valeurs propres complexes pour une matrice réelle.

  • Confondre pkp_k et σk\sigma_k : par exemple p2=σ12−2σ2p_2=\sigma_1^2-2\sigma_2 et non σ2\sigma_2.

Place dans le programme

Première et deuxième année (MPSI, MP), chapitre « Polynômes (relations coefficients-racines) ; réduction ».

Les identités de Newton ne sont pas au programme : il faut les redémontrer avant de s'en servir dans une copie ou à l'oral. En revanche, l'égalité tr⁡(Ak)=∑iλik\operatorname{tr}(A^k)=\sum_i\lambda_i^k découle directement de la trigonalisation, et la caractérisation de la nilpotence par les traces se démontre aussi par un argument de Vandermonde, sans les identités de Newton.

Dans les sujets de concours

Pour vous entraîner sur des sujets complets : Polynômes et fractions rationnelles (272 sujets), Réduction des endomorphismes (472 sujets).

Sujets où cette notion intervient explicitement :

Questions fréquentes

Qu'appelle-t-on somme de Newton ?

Pour des nombres x1,…,xnx_1,\dots,x_n (en général les racines d'un polynôme), la kk-ième somme de Newton est pk=x1 k+⋯+xn kp_k=x_1^{\,k}+\cdots+x_n^{\,k}. Pour une matrice complexe, pk=tr⁡(Ak)p_k=\operatorname{tr}(A^k) avec les valeurs propres comptées avec multiplicité.

Que disent les formules de Newton ?

Elles relient les sommes pkp_k aux fonctions symétriques élémentaires σk\sigma_k : pk−σ1pk−1+⋯+(−1)k−1σk−1p1+(−1)kkσk=0p_k-\sigma_1p_{k-1}+\cdots+(-1)^{k-1}\sigma_{k-1}p_1+(-1)^kk\sigma_k=0 pour 1≤k≤n1\le k\le n. Elles sont hors programme et doivent être redémontrées.

Les sommes de Newton sont-elles au programme ?

La notion de trace de AkA^k comme somme des λi k\lambda_i^{\,k} découle du cours. Les identités de Newton, elles, sont hors programme ; de nombreux exercices les font établir.

Exercices corrigés utilisant : Sommes de Newton

5 exercices