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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et K\mathbb{K} le corps R\mathbb{R} ou C\mathbb{C}. On munit Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}) d'une norme quelconque.

  1. Établir que le groupe linéaire GLn(K)GL_n(\mathbb{K}) est une partie dense de l'espace vectoriel Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}).
  2. On s'intéresse au cas des matrices à coefficients rationnels. L'ensemble GLn(Q)GL_n(\mathbb{Q}) est-il dense dans Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) ?
  3. Déterminer l'intérieur de GLn(K)GL_n(\mathbb{K}) dans Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}).

1.

Pour la densité, considérer la matrice M−λInM - \lambda I_n et exploiter les propriétés du polynôme caractéristique.

2.

Pour les rationnels, utiliser la densité de Q\mathbb{Q} dans R\mathbb{R} et la continuité du déterminant.

3.

Pour l'intérieur, se rappeler que le déterminant est une application continue.

Idées clés

•

Propriété algébrique : un polynôme non nul possède un nombre fini de racines.

•

Continuité de l'application déterminant sur Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}).

•

Caractérisation séquentielle de la densité.

Résolution.

  1. Soit M∈Mn(K)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{K}). Considérons le polynôme caractéristique de MM défini par :
    PM(λ)=det⁡(M−λIn)P_M(\lambda) = \det(M - \lambda I_n)

    Ce polynôme est de degré nn, il n'est donc pas identiquement nul. Par conséquent, il possède au plus nn racines dans K\mathbb{K}. Il existe donc un réel δ>0\delta > 0 tel que, pour tout λ∈K\lambda \in \mathbb{K} vérifiant 0<∣λ∣<δ0 < |\lambda| < \delta, on ait PM(λ)≠0P_M(\lambda) \neq 0. Cela signifie que la matrice M−λInM - \lambda I_n est inversible pour de telles valeurs de λ\lambda. Considérons alors la suite (Mk)k≥k0(M_k)_{k \geq k_0} définie par Mk=M−1kInM_k = M - \frac{1}{k} I_n. Pour kk assez grand, 1k<δ\frac{1}{k} < \delta, donc Mk∈GLn(K)M_k \in GL_n(\mathbb{K}). Comme lim⁡k→∞Mk=M\lim_{k \to \infty} M_k = M, tout élément de Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}) est limite d'une suite d'éléments de GLn(K)GL_n(\mathbb{K}).

    GLn(K) est dense dans Mn(K)\boxed{GL_n(\mathbb{K}) \text{ est dense dans } \mathcal{M}_n(\mathbb{K})}

  2. Montrons que GLn(Q)GL_n(\mathbb{Q}) est effectivement dense dans Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}). Soit M∈Mn(R)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) et ϵ>0\epsilon > 0. D'après la question précédente, il existe une matrice inversible A∈GLn(R)A \in GL_n(\mathbb{R}) telle que :
    ∥M−A∥<ϵ2\| M - A \| < \frac{\epsilon}{2}

    Puisque Q\mathbb{Q} est dense dans R\mathbb{R}, l'ensemble des matrices à coefficients rationnels Mn(Q)\mathcal{M}_n(\mathbb{Q}) est dense dans Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}). Il existe donc une suite (Qk)k∈N(Q_k)_{k \in \mathbb{N}} d'éléments de Mn(Q)\mathcal{M}_n(\mathbb{Q}) convergeant vers AA. L'application det⁡:Mn(R)→R\det : \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) \to \mathbb{R} est polynomiale en les coefficients, elle est donc continue. Ainsi :

    lim⁡k→∞det⁡(Qk)=det⁡(A)\lim_{k \to \infty} \det(Q_k) = \det(A)

    Comme AA est inversible, det⁡(A)≠0\det(A) \neq 0. Par définition de la limite, il existe un rang NN tel que pour tout k≥Nk \geq N, det⁡(Qk)≠0\det(Q_k) \neq 0. Pour kk suffisamment grand, QkQ_k appartient donc à GLn(Q)GL_n(\mathbb{Q}). En choisissant kk assez grand pour que ∥Qk−A∥<ϵ2\| Q_k - A \| < \frac{\epsilon}{2}, on obtient par inégalité triangulaire :

    ∥Qk−M∥≤∥Qk−A∥+∥A−M∥<ϵ2+ϵ2=ϵ\| Q_k - M \| \leq \| Q_k - A \| + \| A - M \| < \frac{\epsilon}{2} + \frac{\epsilon}{2} = \epsilon

    GLn(Q) est dense dans Mn(R)\boxed{GL_n(\mathbb{Q}) \text{ est dense dans } \mathcal{M}_n(\mathbb{R})}

  3. L'application det⁡:Mn(K)→K\det : \mathcal{M}_n(\mathbb{K}) \to \mathbb{K} est continue. On remarque que GLn(K)=det⁡−1(K∖{0})GL_n(\mathbb{K}) = \det^{-1} (\mathbb{K} \setminus \{0\}). Comme {0}\{0\} est un fermé de K\mathbb{K}, son complémentaire K∗=K∖{0}\mathbb{K}^* = \mathbb{K} \setminus \{0\} est un ouvert de K\mathbb{K}. Par continuité, GLn(K)GL_n(\mathbb{K}) est l'image réciproque d'un ouvert par une application continue, c'est donc un ouvert de Mn(K)\mathcal{M}_n(\mathbb{K}). Or, l'intérieur d'un ensemble ouvert est lui-même.
    Int(GLn(K))=GLn(K)\boxed{\text{Int}(GL_n(\mathbb{K})) = GL_n(\mathbb{K})}

Attention à ne pas confondre la densité de Q\mathbb{Q} dans R\mathbb{R} (qui concerne les coefficients) avec la densité de GLn(Q)GL_n(\mathbb{Q}) (qui concerne le déterminant non nul). Il faut bien passer par un intermédiaire inversible pour s'assurer que les matrices rationnelles proches ne tombent pas dans le noyau du déterminant.