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Soit nNn \in \mathbb{N}^* et AMn(C)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}). On suppose que la suite de matrices (Ak)kN(A^{k})_{k \in \mathbb{N}} converge vers une matrice MMn(C)M \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}).

  1. Justifier que MM est la matrice d'un projecteur. En déduire que MM est diagonalisable.
  2. On suppose dans cette question que AMn(Z)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{Z}). Montrer que si 11 n'est pas valeur propre de MM, alors la matrice AA est nilpotente.

1.

Pour la question 1, utiliser la continuité du produit matriciel et l'unicité de la limite en considérant la suite (A2k)kN(A^{2k})_{k \in \mathbb{N}}.

2.

Se rappeler qu'un projecteur est toujours diagonalisable car il annule un polynôme scindé à racines simples.

3.

Pour la question 2, identifier d'abord la matrice MM en utilisant le fait que ses seules valeurs propres possibles sont 0 et 1.

4.

Utiliser ensuite la structure discrète de Z\mathbb{Z} : une suite d'entiers qui converge est stationnaire.

Idées clés

Utilisation de la relation de récurrence A2k=Ak×AkA^{2k} = A^k \times A^k pour obtenir une équation sur la limite.

Lien entre polynôme annulateur à racines simples et diagonalisabilité.

Propriété des suites à valeurs dans un ensemble discret (ici Z\mathbb{Z} ou Mn(Z)\mathcal{M}_n(\mathbb{Z})).

Résolution.

  1. Par hypothèse, la suite (Ak)kN(A^k)_{k \in \mathbb{N}} converge vers MM. Considérons la suite extraite (A2k)kN(A^{2k})_{k \in \mathbb{N}}. Comme il s'agit d'une sous-suite d'une suite convergente, elle converge vers la même limite MM. Par ailleurs, pour tout kNk \in \mathbb{N}, on a la relation :
    A2k=Ak×AkA^{2k} = A^k \times A^k
    L'application (X,Y)XY(X, Y) \mapsto XY est bilinéaire en dimension finie, elle est donc continue. Par passage à la limite dans l'égalité précédente, nous obtenons :
    M=M×M=M2M = M \times M = M^2
    La matrice MM vérifie l'équation M2M=0M^2 - M = 0. Ainsi, MM annule le polynôme P(X)=X2X=X(X1)P(X) = X^2 - X = X(X-1).
    M est la matrice d’un projecteur.\boxed{ M \text{ est la matrice d'un projecteur.} }
    Le polynôme PP est scindé sur C\mathbb{C} (et même sur R\mathbb{R}) et ses racines {0,1}\{0, 1\} sont simples. D'après le critère de diagonalisation par les polynômes annulateurs :
    M est diagonalisable.\boxed{ M \text{ est diagonalisable.} }

  2. Supposons que AMn(Z)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Z}) et que 1Sp(M)1 \notin \text{Sp}(M). D'après la question précédente, MM est un projecteur. Ses valeurs propres sont donc incluses dans l'ensemble {0,1}\{0, 1\}. Comme 11 n'est pas valeur propre de MM par hypothèse, la seule valeur propre possible de MM est 00. Une matrice de projecteur dont la seule valeur propre est 00 est nécessairement la matrice nulle. On a donc :
    M=0\boxed{ M = 0 }
    La suite (Ak)kN(A^k)_{k \in \mathbb{N}} converge donc vers la matrice nulle. Notons Ak=(ai,j(k))1i,jnA^k = (a_{i,j}^{(k)})_{1 \le i,j \le n}. Pour chaque couple d'indices (i,j)(i,j), la suite de coefficients (ai,j(k))kN(a_{i,j}^{(k)})_{k \in \mathbb{N}} est une suite d'entiers relatifs car AA est à coefficients entiers (le produit de matrices à coefficients entiers reste à coefficients entiers). Puisque Ak0A^k \to 0, chaque suite de coefficients converge vers 00 :
    (i,j)1,n2,limk+ai,j(k)=0\forall (i,j) \in \llbracket 1, n \rrbracket^2,   \lim_{k \to +\infty} a_{i,j}^{(k)} = 0
    Or, une suite d'entiers qui converge vers 00 est stationnaire à 00 à partir d'un certain rang. Il existe donc un entier k0k_0 tel que pour tout kk0k \ge k_0, tous les coefficients ai,j(k)a_{i,j}^{(k)} soient nuls. Ceci implique que :
    k0N,Ak0=0\exists k_0 \in \mathbb{N},   A^{k_0} = 0
    A est une matrice nilpotente.\boxed{ A \text{ est une matrice nilpotente.} }

Attention à ne pas oublier que la limite d'une suite de matrices AkA^k n'existe pas toujours (penser à une rotation d'angle π/2\pi/2). L'existence de la limite impose des contraintes fortes sur le spectre de AA.