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Soit A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}). On suppose qu'il existe une norme d'algèbre NN sur Mn(C)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) telle que N(A)≤1N(A) \leq 1.

Démontrer que la multiplicité de l'éventuelle racine 11 dans le polynôme minimal de AA est au plus égale à 11.

1.

Utiliser la propriété de la norme d'algèbre pour montrer que la suite (Ak)k∈N(A^k)_{k \in \mathbb{N}} est bornée.

2.

Raisonner par l'absurde en supposant que la multiplicité de 11 dans le polynôme minimal πA\pi_A est supérieure ou égale à 22.

3.

Appliquer le lemme des noyaux pour décomposer l'espace et étudier l'action de AA sur le sous-espace caractéristique associé à la valeur propre 11.

4.

Utiliser la formule du binôme de Newton pour exprimer les puissances de AA restreintes à ce sous-espace.

Idées clés

•

Lien entre norme d'algèbre et bornitude des puissances : N(Ak)≤N(A)kN(A^k) \leq N(A)^k.

•

Décomposition de l'espace par le lemme des noyaux.

•

Croissance polynomiale des coefficients de la matrice (I+N)k(I+N)^k.

Résolution.

  1. Bornitude de la suite des puissances. Par définition d'une norme d'algèbre, pour toutes matrices B,C∈Mn(C)B, C \in \mathcal{M}_n(\mathbb{C}), on a N(BC)≤N(B)N(C)N(BC) \leq N(B)N(C). Une récurrence immédiate montre que pour tout k∈N∗k \in \mathbb{N}^*, N(Ak)≤N(A)kN(A^k) \leq N(A)^k. Comme N(A)≤1N(A) \leq 1, on en déduit :
    ∀k∈N,N(Ak)≤1\forall k \in \mathbb{N},   N(A^k) \leq 1
    La suite (Ak)k∈N(A^k)_{k \in \mathbb{N}} est donc une suite bornée dans l'espace vectoriel de dimension finie Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).
  2. Analyse de la multiplicité spectrale via le polynôme minimal. Soit πA\pi_A le polynôme minimal de AA. Supposons par l'absurde que 11 soit une racine de πA\pi_A de multiplicité m≥2m \geq 2. On peut alors écrire πA=(X−1)mQ\pi_A = (X-1)^m Q avec Q∈C[X]Q \in \mathbb{C}[X] et Q(1)≠0Q(1) \neq 0. D'après le lemme des noyaux, on a la décomposition suivante de l'espace E=CnE = \mathbb{C}^n en sous-espaces stables par AA :
    Cn=ker⁡(A−I)m⊕ker⁡Q(A)\mathbb{C}^n = \ker(A-I)^m \oplus \ker Q(A)
    Considérons le sous-espace V=ker⁡(A−I)mV = \ker(A-I)^m. Comme m≥2m \geq 2, le polynôme minimal de l'endomorphisme induit par AA sur VV est (X−1)m(X-1)^m. En particulier, il existe un vecteur x∈Vx \in V tel que (A−I)x≠0(A-I)x \neq 0 et (A−I)2x=0(A-I)^2 x = 0.
  3. Étude de la croissance de AkxA^k x. Posons y=(A−I)xy = (A-I)x. Par construction y≠0y \neq 0 et Ay=yAy = y (car (A−I)y=0(A-I)y = 0). Calculons AkxA^k x pour k∈Nk \in \mathbb{N} en utilisant la structure de binôme A=I+(A−I)A = I + (A-I) :
    Akx=(I+(A−I))kx=∑j=0k(kj)(A−I)jxA^k x = (I + (A-I))^k x = \sum_{j=0}^k \binom{k}{j} (A-I)^j x
    Comme (A−I)2x=0(A-I)^2 x = 0, les termes de la somme pour j≥2j \geq 2 sont nuls. Il reste :
    Akx=x+k(A−I)x=x+ky\boxed{ A^k x = x + k(A-I)x = x + ky }
  4. Contradiction. Plaçons-nous dans une norme de vecteur ∥⋅∥\|\cdot\| sur Cn\mathbb{C}^n. D'après l'inégalité triangulaire inversée :
    ∥Akx∥=∥x+ky∥≥k∥y∥−∥x∥\|A^k x\| = \|x + ky\| \geq k\|y\| - \|x\|
    Comme y≠0y \neq 0, on a ∥y∥>0\|y\| > 0, donc :
    lim⁡k→+∞∥Akx∥=+∞\lim_{k \to +\infty} \|A^k x\| = +\infty
    Or, toutes les normes en dimension finie sont équivalentes. La bornitude de (Ak)(A^k) dans (Mn(C),N)(\mathcal{M}_n(\mathbb{C}), N) implique l'existence d'une constante C>0C > 0 telle que pour tout kk et tout vecteur vv, ∥Akv∥≤C∥v∥\|A^k v\| \leq C \|v\|. Ceci est en contradiction flagrante avec la divergence de ∥Akx∥\|A^k x\|. Par conséquent, l'hypothèse m≥2m \geq 2 est fausse. La multiplicité de 11 dans le polynôme minimal est donc au plus égale à 11.

Ne pas confondre la multiplicité de la valeur propre dans le polynôme minimal et dans le polynôme caractéristique. Une valeur propre peut être de multiplicité élevée dans le polynôme caractéristique tout en étant de multiplicité 1 dans le minimal (cas de l'identité InI_n par exemple).