WikiPrépaLivrets

Considérons un endomorphisme ff de l'espace vectoriel R3\mathbb{R}^3 satisfaisant l'équation polynomiale suivante :

2f33f2+Id=02 f^3 - 3 f^2 + \text{Id} = 0

  1. Démontrer que la suite d'endomorphismes (fnn)nN\left( \frac{f^n}{n} \right)_{n \in \mathbb{N}} est convergente. On notera gg sa limite.
  2. Dans cette question, on suppose que l'endomorphisme limite gg n'est pas nul. Déterminer explicitement le commutant de ff, c'est-à-dire l'ensemble :
    C(f)={hL(R3)hf=fh}\mathcal{C}(f) = \{ h \in \mathcal{L}(\mathbb{R}^3) \mid h \circ f = f \circ h \}

1.

Factoriser le polynôme annulateur P(X)=2X33X2+1P(X) = 2X^3 - 3X^2 + 1 pour identifier les valeurs propres possibles et leurs multiplicités.

2.

Utiliser le lemme des noyaux pour décomposer R3\mathbb{R}^3 en sous-espaces stables par ff, puis étudier la restriction de ff à chacun de ces espaces.

3.

Pour la question 2, relier la condition g0g \neq 0 au degré du polynôme minimal de ff. Utiliser ensuite le lien entre le degré du polynôme minimal et la dimension du commutant.

Idées clés

Étude d'une suite de matrices via la réduction (lemme des noyaux).

Lien entre polynôme minimal et dimension du commutant.

Structure du commutant pour un endomorphisme cyclique.

1. Étude de la convergence de la suite.

Cherchons d'abord les racines du polynôme annulateur P(X)=2X33X2+1P(X) = 2X^3 - 3X^2 + 1. On remarque que 11 est une racine évidente : 2(1)33(1)2+1=02(1)^3 - 3(1)^2 + 1 = 0. En dérivant, P(X)=6X26X=6X(X1)P'(X) = 6X^2 - 6X = 6X(X-1), on constate que P(1)=0P'(1) = 0. Ainsi, 11 est une racine au moins double. Par division euclidienne ou identification, on obtient :

P(X)=2(X1)2(X+12)\boxed{P(X) = 2(X-1)^2 \left( X + \frac{1}{2} \right)}

D'après le lemme des noyaux, puisque les facteurs sont premiers entre eux, on a la décomposition en sous-espaces stables :

R3=ker(fId)2ker(f+12Id)\mathbb{R}^3 = \ker(f - \text{Id})^2 \oplus \ker\left( f + \frac{1}{2}\text{Id} \right)

Soit x=x1+x2x = x_1 + x_2 la décomposition d'un vecteur quelconque de R3\mathbb{R}^3 selon cette somme directe.

Sur le sous-espace E1/2=ker(f+12Id)E_{-1/2} = \ker(f + \frac{1}{2}\text{Id}), on a f(x2)=12x2f(x_2) = -\frac{1}{2}x_2, donc :

fn(x2)=(12)nx2    fn(x2)nn+0f^n(x_2) = \left( -\frac{1}{2} \right)^n x_2 \implies \frac{f^n(x_2)}{n} \xrightarrow[n \to +\infty]{} 0

Sur le sous-espace E1=ker(fId)2E_1 = \ker(f - \text{Id})^2, posons n=fE1IdE1n = f_{|E_1} - \text{Id}_{|E_1}. Par définition de E1E_1, l'endomorphisme nn est nilpotent d'indice au plus 2, soit n2=0n^2 = 0. Puisque Id\text{Id} et nn commutent, on utilise la formule du binôme de Newton :

fE1n=(Id+n)n=k=0n(nk)nk=(n0)Id+(n1)n+0=Id+nnf^n_{|E_1} = (\text{Id} + n)^n = \sum_{k=0}^n \binom{n}{k} n^k = \binom{n}{0} \text{Id} + \binom{n}{1} n + 0 = \text{Id} + n \cdot n

On en déduit le comportement asymptotique sur E1E_1 :

fE1nn=1nId+nn+n=fE1IdE1\frac{f^n_{|E_1}}{n} = \frac{1}{n} \text{Id} + n \xrightarrow[n \to +\infty]{} n = f_{|E_1} - \text{Id}_{|E_1}

La suite fnn\frac{f^n}{n} converge donc vers l'endomorphisme gg défini par :

gE1=fE1IdE1etgE1/2=0\boxed{g_{|E_1} = f_{|E_1} - \text{Id}_{|E_1}   \text{et}   g_{|E_{-1/2}} = 0}

2. Détermination du commutant.

Supposons g0g \neq 0. D'après l'expression précédente, cela signifie que fE1IdE1f_{|E_1} \neq \text{Id}_{|E_1}. Le polynôme minimal MfM_f divise PP et possède les mêmes racines que le polynôme caractéristique χf\chi_f. Ici, χf(X)=(X1)2(X+1/2)\chi_f(X) = (X-1)^2(X+1/2) car dimR3=3\dim \mathbb{R}^3 = 3 et la somme des dimensions des noyaux de la décomposition précédente est 3.

Si ff était diagonalisable, son polynôme minimal serait (X1)(X+1/2)(X-1)(X+1/2), ce qui impliquerait fE1=IdE1f_{|E_1} = \text{Id}_{|E_1} et donc g=0g=0. Comme g0g \neq 0, ff n'est pas diagonalisable. Son polynôme minimal est donc nécessairement :

Mf(X)=(X1)2(X+12)\boxed{M_f(X) = (X-1)^2\left( X + \frac{1}{2} \right)}

On remarque que deg(Mf)=3=dimR3\deg(M_f) = 3 = \dim \mathbb{R}^3. L'endomorphisme ff est donc cyclique. Un résultat classique de cours (ou démontrable par réduction de la dimension) stipule que pour un endomorphisme cyclique, le commutant est réduit à l'ensemble des polynômes en cet endomorphisme :

C(f)=R[f]\mathcal{C}(f) = \mathbb{R}[f]

Comme deg(Mf)=3\text{deg}(M_f) = 3, la famille (Id,f,f2)(\text{Id}, f, f^2) forme une base de R[f]\mathbb{R}[f]. On conclut :

C(f)=Vect(Id,f,f2)={aId+bf+cf2(a,b,c)R3}\boxed{\mathcal{C}(f) = \text{Vect}(\text{Id}, f, f^2) = \{ a \text{Id} + b f + c f^2 \mid (a, b, c) \in \mathbb{R}^3 \}}

Une erreur fréquente est d'oublier de vérifier si ff est diagonalisable. Si ff l'était, gg serait nul car sur chaque sous-espace propre, la suite λnn\frac{\lambda^n}{n} converge vers 0 pour λ1|\lambda| \leq 1. La condition g0g \neq 0 impose que l'un des blocs de la décomposition n'est pas diagonal.