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Soit A∈Mn(C)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) une matrice diagonalisable dont toutes les valeurs propres sont de module 11. On considère une matrice M∈Mn(C)M \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{C}) quelconque. Pour tout k∈Nk \in \mathbb{N}, on définit la suite (Uk)k≥0(U_k)_{k \geq 0} par :

Uk=1k+1∑i=0kAiMA−iU_{k} = \frac{1}{k+1} \sum_{i=0}^{k} A^{i} M A^{-i}

Montrer que la suite (Uk)k≥0\left(U_{k}\right)_{k \geq 0} converge dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}) et déterminer sa limite en fonction des sous-espaces propres de AA.

1.

Commencer par réduire la matrice AA dans une base de diagonalisation.

2.

Exprimer le terme général de la somme dans cette base de travail.

3.

Étudier la convergence de chaque coefficient de la matrice à l'aide d'un argument de moyenne de Cesàro pour les suites géométriques.

4.

Interpréter la limite obtenue comme une somme de projections sur les sous-espaces propres.

Idées clés

•

Diagonalisation de AA pour simplifier les puissances AiA^i.

•

Étude coefficient par coefficient après changement de base.

•

Utilisation de la convergence de la moyenne de Cesàro pour des termes de module 1.

Résolution.

La matrice AA est diagonalisable dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}). Il existe donc une matrice inversible P∈GLn(C)P \in \mathrm{GL}_n(\mathbb{C}) et une matrice diagonale D=diag(λ1,…,λn)D = \mathrm{diag}(\lambda_1, \dots, \lambda_n) telles que :

A=PDP−1A = PDP^{-1}

Puisque les valeurs propres de AA sont de module 11, on a pour tout j∈{1,…,n}j \in \{1, \dots, n\}, ∣λj∣=1|\lambda_j| = 1. En particulier, AA est inversible et A−1=PD−1P−1A^{-1} = P D^{-1} P^{-1}. On injecte cette décomposition dans l'expression de UkU_k :

Uk=1k+1∑i=0k(PDiP−1)M(PD−iP−1)U_k = \frac{1}{k+1} \sum_{i=0}^{k} (P D^i P^{-1}) M (P D^{-i} P^{-1})

En factorisant par PP et P−1P^{-1}, on obtient :

Uk=P(1k+1∑i=0kDi(P−1MP)D−i)P−1U_k = P \left( \frac{1}{k+1} \sum_{i=0}^{k} D^i (P^{-1} M P) D^{-i} \right) P^{-1}

Posons N=P−1MPN = P^{-1} M P. La matrice Vk=DiND−iV_k = D^i N D^{-i} a pour coefficients :

(Vk)r,s=λri⋅Nr,s⋅λs−i=(λrλs)iNr,s(V_k)_{r,s} = \lambda_r^i \cdot N_{r,s} \cdot \lambda_s^{-i} = \left( \frac{\lambda_r}{\lambda_s} \right)^i N_{r,s}

Par linéarité, le coefficient (r,s)(r,s) de la matrice Wk=1k+1∑i=0kDiND−iW_k = \frac{1}{k+1} \sum_{i=0}^k D^i N D^{-i} est :

(Wk)r,s=Nr,s⋅(1k+1∑i=0k(λrλs)i)(W_k)_{r,s} = N_{r,s} \cdot \left( \frac{1}{k+1} \sum_{i=0}^k \left( \frac{\lambda_r}{\lambda_s} \right)^i \right)

Posons ω=λrλs\omega = \frac{\lambda_r}{\lambda_s}. Puisque ∣λr∣=∣λs∣=1|\lambda_r| = |\lambda_s| = 1, on a ∣ω∣=1|\omega| = 1. Étudions la limite de la moyenne de Cesàro σk(ω)=1k+1∑i=0kωi\sigma_k(\omega) = \frac{1}{k+1} \sum_{i=0}^k \omega^i :

  • Cas 1 : λr=λs\lambda_r = \lambda_s. Alors ω=1\omega = 1. La somme vaut k+1k+1, donc σk(1)=1→1\sigma_k(1) = 1 \to 1.
  • Cas 2 : λr≠λs\lambda_r \neq \lambda_s. Alors ω≠1\omega \neq 1 et ∣ω∣=1|\omega| = 1. La somme est une suite géométrique : ∑i=0kωi=1−ωk+11−ω\sum_{i=0}^k \omega^i = \frac{1-\omega^{k+1}}{1-\omega}. On en déduit la majoration :
    ∣σk(ω)∣≤1k+1∣1∣+∣ωk+1∣∣1−ω∣=2(k+1)∣1−ω∣→k→+∞0|\sigma_k(\omega)| \leq \frac{1}{k+1} \frac{|1| + |\omega^{k+1}|}{|1-\omega|} = \frac{2}{(k+1)|1-\omega|} \xrightarrow[k \to +\infty]{} 0

Ainsi, la matrice WkW_k converge vers une matrice diagonale par blocs W∞W_\infty dont les coefficients sont :

(W∞)r,s={Nr,ssi λr=λs0sinon\boxed{(W_\infty)_{r,s} = \begin{cases} N_{r,s} & \text{si } \lambda_r = \lambda_s
0 & \text{sinon} \end{cases}}

Par continuité du produit matriciel, la suite (Uk)(U_k) converge vers U∞=PW∞P−1U_\infty = P W_\infty P^{-1}.

Interprétation de la limite.

Notons μ1,…,μp\mu_1, \dots, \mu_p les valeurs propres distinctes de AA et E1,…,EpE_1, \dots, E_p les sous-espaces propres associés. Soit Πj\Pi_j le projecteur sur EjE_j parallèlement à ⨁l≠jEl\bigoplus_{l \neq j} E_l. La décomposition spectrale de l'identité donne I=∑j=1pΠjI = \sum_{j=1}^p \Pi_j. Le calcul précédent montre que la limite U∞U_\infty est l'endomorphisme u∞u_\infty défini par :

U∞=∑j=1pΠjMΠj\boxed{U_\infty = \sum_{j=1}^p \Pi_j M \Pi_j}

Attention à ne pas oublier que la convergence de 1k+1∑ωi\frac{1}{k+1}\sum \omega^i vers 00 nécessite ∣ω∣=1|\omega|=1 avec ω≠1\omega \neq 1. Si ∣ω∣>1|\omega| > 1, la suite diverge grossièrement. Ici, l'hypothèse sur le module des valeurs propres est cruciale.