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On s'intéresse aux propriétés des racines complexes d'un polynôme unitaire à coefficients entiers.

  1. Soit P=Xn+an−1Xn−1+⋯+a0∈Z[X]P = X^n + a_{n-1}X^{n-1} + \dots + a_0 \in \mathbb{Z}[X] un polynôme unitaire de degré n≥1n \geq 1. Justifier qu'il existe une matrice M∈Mn(Z)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Z}) dont le polynôme caractéristique est χM=P\chi_M = P.
  2. On note λ1,…,λn\lambda_1, \dots, \lambda_n les racines complexes de PP comptées avec multiplicité.
    1. Démontrer que pour tout k∈N∗k \in \mathbb{N}^*, la somme Sk=∑j=1nλjkS_k = \sum_{j=1}^n \lambda_j^k est un nombre entier.
    2. Pour k∈N∗k \in \mathbb{N}^*, on définit le polynôme Pk=∏j=1n(X−λjk)P_k = \prod_{j=1}^n (X - \lambda_j^k). Montrer que PkP_k appartient à Z[X]\mathbb{Z}[X].

  3. On suppose dans cette question que toutes les racines λj\lambda_j sont de module 11.
    1. En utilisant les relations entre coefficients et racines, montrer que l'ensemble {Pk∣k∈N∗}\{P_k \mid k \in \mathbb{N}^*\} est fini.
    2. En déduire que chaque λj\lambda_j est une racine de l'unité.

  4. Soit f:N→Cf : \mathbb{N} \to \mathbb{C} la fonction définie par f(k)=∑j=1nλjkf(k) = \sum_{j=1}^n \lambda_j^k. Montrer que si toutes les racines λj\lambda_j sont de module au plus 11, alors ff est périodique à partir d'un certain rang.

1.

Piste 1 : Penser à la matrice compagnon du polynôme PP.

2.

Piste 2 : Utiliser le lien entre la trace de MkM^k et la somme des puissances kk-ièmes des valeurs propres.

3.

Piste 3 : Remarquer que les coefficients de PkP_k sont des fonctions symétriques élémentaires des λjk\lambda_j^k. Si ∣λj∣=1|\lambda_j|=1, ces coefficients sont bornés. S'ils sont entiers et bornés, il n'y a qu'un nombre fini de possibilités.

4.

Piste 4 : Si les racines sont des racines de l'unité ou nulles, les puissances finissent par boucler.

Idées clés

•

Matrice compagnon et intégrité des coefficients.

•

Lien entre Tr(Mk)\text{Tr}(M^k) et ∑λik\sum \lambda_i^k.

•

Argument de finitude pour les polynômes à coefficients entiers bornés.

Résolution.

  1. Considérons la matrice compagnon CP∈Mn(Z)C_P \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Z}) associée au polynôme PP :
    CP=(0…0−a01⋱⋮−a1⋮⋱0⋮0…1−an−1)C_P = \begin{pmatrix} 0 & \dots & 0 & -a_0
    1 & \ddots & \vdots & -a_1
    \vdots & \ddots & 0 & \vdots
    0 & \dots & 1 & -a_{n-1} \end{pmatrix}
    Un calcul classique par développement selon la dernière colonne (ou par récurrence) montre que :
    χCP(X)=det⁡(XIn−CP)=P(X)\boxed{\chi_{C_P}(X) = \det(XI_n - C_P) = P(X)}
    Comme P∈Z[X]P \in \mathbb{Z}[X], les coefficients aia_i sont entiers, donc CP∈Mn(Z)C_P \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Z}).

    1. Soit MM la matrice compagnon de PP. Ses valeurs propres complexes sont exactement les racines λ1,…,λn\lambda_1, \dots, \lambda_n de PP. D'après le cours, les valeurs propres de MkM^k sont λ1k,…,λnk\lambda_1^k, \dots, \lambda_n^k. Ainsi, on a la relation :
      Tr(Mk)=∑j=1nλjk\text{Tr}(M^k) = \sum_{j=1}^n \lambda_j^k
      Puisque M∈Mn(Z)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Z}), alors Mk∈Mn(Z)M^k \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Z}) par stabilité du produit. La trace d'une matrice à coefficients entiers est un entier.
      ∀k∈N∗, Sk∈Z\boxed{\forall k \in \mathbb{N}^*, \ S_k \in \mathbb{Z}}

    2. Le polynôme Pk=∏j=1n(X−λjk)P_k = \prod_{j=1}^n (X - \lambda_j^k) est le polynôme caractéristique de la matrice MkM^k. Comme MkM^k est à coefficients entiers, son polynôme caractéristique est, par définition du déterminant, un polynôme unitaire à coefficients entiers.
      Pk∈Z[X]\boxed{P_k \in \mathbb{Z}[X]}

    1. Notons Pk=Xn+cn−1(k)Xn−1+⋯+c0(k)P_k = X^n + c_{n-1}(k)X^{n-1} + \dots + c_0(k). D'après les relations coefficients-racines, chaque cn−i(k)c_{n-i}(k) est (au signe près) la ii-ème fonction symétrique élémentaire des racines λ1k,…,λnk\lambda_1^k, \dots, \lambda_n^k. Par exemple, ∣cn−1(k)∣=∣∑λjk∣≤∑∣λj∣k|c_{n-1}(k)| = |\sum \lambda_j^k| \leq \sum |\lambda_j|^k. Si ∣λj∣=1|\lambda_j| = 1 pour tout jj, alors pour tout i∈{1,…,n}i \in \{1, \dots, n\} :
      ∣cn−i(k)∣≤(ni)max⁡j∣λj∣ik=(ni)|c_{n-i}(k)| \leq \binom{n}{i} \max_j |\lambda_j|^{ik} = \binom{n}{i}
      Les coefficients de PkP_k sont des entiers (d'après 2.b) et ils sont bornés par une constante indépendante de kk. Or, il n'existe qu'un nombre fini d'entiers dans un intervalle borné. Il n'y a donc qu'un nombre fini de choix possibles pour chaque coefficient, et par extension, un nombre fini de polynômes PkP_k.
      L’ensemble {Pk∣k∈N∗} est fini.\boxed{\text{L'ensemble } \{P_k \mid k \in \mathbb{N}^*\} \text{ est fini.}}

    2. L'ensemble des racines de tous les PkP_k est donc un ensemble fini. En particulier, pour une racine fixée λi\lambda_i, l'ensemble {λik∣k∈N∗}\{\lambda_i^k \mid k \in \mathbb{N}^*\} est fini. Cela implique qu'il existe k1<k2k_1 < k_2 tels que λik1=λik2\lambda_i^{k_1} = \lambda_i^{k_2}. Puisque ∣λi∣=1|\lambda_i|=1, on a λi≠0\lambda_i \neq 0, donc λik2−k1=1\lambda_i^{k_2 - k_1} = 1.
      λi est une racine de l’uniteˊ.\boxed{\lambda_i \text{ est une racine de l'unité.}}

  2. Si ∣λj∣≤1|\lambda_j| \leq 1, alors soit λj=0\lambda_j = 0, soit ∣λj∣=1|\lambda_j| = 1. En effet, si 0<∣λj∣<10 < |\lambda_j| < 1, alors ∣c0(k)∣=∣∏λjk∣|c_0(k)| = |\prod \lambda_j^k| tendrait vers 0 sans jamais l'atteindre, ce qui est impossible pour un entier non nul. Ainsi, les racines non nulles sont des racines de l'unité (d'après 3.b). Chaque λj≠0\lambda_j \neq 0 vérifie λjmj=1\lambda_j^{m_j} = 1 pour un certain mj∈N∗m_j \in \mathbb{N}^*. En prenant N=ppcm(mj)N = \text{ppcm}(m_j), on a λjN=1\lambda_j^N = 1 pour tout λj≠0\lambda_j \neq 0. Dès que k≥1k \geq 1 (pour gérer le cas λj=0\lambda_j=0), on a λjk+N=λjk\lambda_j^{k+N} = \lambda_j^k. Par sommation, f(k+N)=f(k)f(k+N) = f(k) pour kk assez grand.

Attention à ne pas oublier le cas où certaines racines pourraient être nulles. Le module égal à 1 est une condition forte ; si on suppose seulement le module inférieur ou égal à 1, il faut utiliser l'argument sur le produit des racines (le coefficient constant c0c_0) pour exclure les valeurs de module strictement compris entre 0 et 1.