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Soit pp un nombre premier et n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On note Mn(Z)\mathcal{M}_n(\mathbb{Z}) l'ensemble des matrices carrées d'ordre nn à coefficients entiers.

  1. Soient A,B∈Mn(Z)A, B \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Z}). Montrer que l'on a la congruence suivante :
    Tr⁡((A+B)p)≡Tr⁡(Ap)+Tr⁡(Bp)(modp)\operatorname{Tr}((A+B)^p) \equiv \operatorname{Tr}(A^p) + \operatorname{Tr}(B^p) \pmod p

  2. En déduire que pour toute matrice A∈Mn(Z)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Z}), on a :
    Tr⁡(Ap)≡Tr⁡(A)(modp)\operatorname{Tr}(A^p) \equiv \operatorname{Tr}(A) \pmod p

  3. On considère la suite (un)n∈N(u_n)_{n \in \mathbb{N}} définie par les conditions initiales u0=3,u1=0,u2=2u_0 = 3, u_1 = 0, u_2 = 2 et la relation de récurrence :
    ∀n∈N,un+3=un+1+un\forall n \in \mathbb{N},   u_{n+3} = u_{n+1} + u_n
    Démontrer que pour tout nombre premier pp, l'entier upu_p est divisible par pp.

1.

Pour les questions 1 et 2, travailler dans le corps fini Fp=Z/pZ\mathbb{F}_p = \mathbb{Z}/p\mathbb{Z}. Utiliser le fait que dans un anneau de caractéristique pp, la puissance pp-ième interagit de façon particulière avec la trace via les valeurs propres ou le polynôme caractéristique.

2.

Pour la question 2, on peut utiliser le fait que le polynôme caractéristique χA\chi_A vérifie χA(X)p=χA(Xp)\chi_A(X)^p = \chi_A(X^p) dans Fp[X]\mathbb{F}_p[X].

3.

Pour la question 3, exprimer unu_n comme la trace de la puissance nn-ième d'une matrice compagnon bien choisie.

Idées clés

•

Morphisme de Frobenius dans les corps de caractéristique pp.

•

Lien entre trace d'une matrice et somme de ses valeurs propres (dans une extension de corps).

•

Propriété du polynôme caractéristique sur Fp\mathbb{F}_p.

•

Représentation matricielle des suites récurrentes linéaires.

Résolution.

  1. Plaçons-nous dans le corps Fp=Z/pZ\mathbb{F}_p = \mathbb{Z}/p\mathbb{Z}. Soit Aˉ\bar{A} et Bˉ\bar{B} les projections de AA et BB dans Mn(Fp)\mathcal{M}_n(\mathbb{F}_p). Soit K\mathbb{K} une extension de corps de Fp\mathbb{F}_p dans laquelle les polynômes caractéristiques de Aˉ,Bˉ\bar{A}, \bar{B} et A+B‾\overline{A+B} sont scindés (par exemple le corps de rupture ou la clôture algébrique). Notons (λi)1≤i≤n(\lambda_i)_{1 \le i \le n} les valeurs propres de Aˉ\bar{A} dans K\mathbb{K}. On sait que :
    Tr⁡(Aˉp)=∑i=1nλip\operatorname{Tr}(\bar{A}^p) = \sum_{i=1}^n \lambda_i^p
    Or, dans un corps de caractéristique pp, l'application x↦xpx \mapsto x^p (Frobenius) est un morphisme d'anneaux. En particulier, (∑xi)p=∑xip(\sum x_i)^p = \sum x_i^p. On a donc :
    Tr⁡(Aˉp)=(∑i=1nλi)p=(Tr⁡(Aˉ))p\operatorname{Tr}(\bar{A}^p) = \left( \sum_{i=1}^n \lambda_i \right)^p = (\operatorname{Tr}(\bar{A}))^p
    De même, Tr⁡(Bˉp)=(Tr⁡(Bˉ))p\operatorname{Tr}(\bar{B}^p) = (\operatorname{Tr}(\bar{B}))^p et Tr⁡((A+B‾)p)=(Tr⁡(A+B‾))p\operatorname{Tr}((\overline{A+B})^p) = (\operatorname{Tr}(\overline{A+B}))^p. Puisque Tr⁡(A+B‾)=Tr⁡(Aˉ)+Tr⁡(Bˉ)\operatorname{Tr}(\overline{A+B}) = \operatorname{Tr}(\bar{A}) + \operatorname{Tr}(\bar{B}), il vient :
    Tr⁡((A+B‾)p)=(Tr⁡(Aˉ)+Tr⁡(Bˉ))p=Tr⁡(Aˉ)p+Tr⁡(Bˉ)p\operatorname{Tr}((\overline{A+B})^p) = (\operatorname{Tr}(\bar{A}) + \operatorname{Tr}(\bar{B}))^p = \operatorname{Tr}(\bar{A})^p + \operatorname{Tr}(\bar{B})^p
    En revenant aux traces dans Fp\mathbb{F}_p, on obtient :
    Tr⁡((A+B)p)≡Tr⁡(Ap)+Tr⁡(Bp)(modp)\boxed{\operatorname{Tr}((A+B)^p) \equiv \operatorname{Tr}(A^p) + \operatorname{Tr}(B^p) \pmod p}

  2. Utilisons maintenant le petit théorème de Fermat pour les scalaires de Fp\mathbb{F}_p : ∀x∈Fp,xp=x\forall x \in \mathbb{F}_p, x^p = x. D'après le raisonnement précédent, on a établi que Tr⁡(Aˉp)=(Tr⁡(Aˉ))p\operatorname{Tr}(\bar{A}^p) = (\operatorname{Tr}(\bar{A}))^p. En appliquant Fermat à l'élément x=Tr⁡(Aˉ)∈Fpx = \operatorname{Tr}(\bar{A}) \in \mathbb{F}_p, on obtient :
    Tr⁡(Aˉp)=Tr⁡(Aˉ)\operatorname{Tr}(\bar{A}^p) = \operatorname{Tr}(\bar{A})
    Ce qui se traduit par la congruence dans Z\mathbb{Z} :
    Tr⁡(Ap)≡Tr⁡(A)(modp)\boxed{\operatorname{Tr}(A^p) \equiv \operatorname{Tr}(A) \pmod p}
    Autre méthode via le polynôme caractéristique : Dans Fp[X]\mathbb{F}_p[X], si χA(X)=∑ckXk\chi_A(X) = \sum c_k X^k, alors χA(X)p=∑ckpXkp=∑ckXkp=χA(Xp)\chi_A(X)^p = \sum c_k^p X^{kp} = \sum c_k X^{kp} = \chi_A(X^p). De plus, les valeurs propres de Aˉp\bar{A}^p sont les (λip)(\lambda_i^p). Ainsi χAˉp(X)=∏(X−λip)\chi_{\bar{A}^p}(X) = \prod (X - \lambda_i^p). En évaluant en XpX^p, on a χAˉp(Xp)=∏(Xp−λip)=∏(X−λi)p=χAˉ(X)p=χAˉ(Xp)\chi_{\bar{A}^p}(X^p) = \prod (X^p - \lambda_i^p) = \prod (X - \lambda_i)^p = \chi_{\bar{A}}(X)^p = \chi_{\bar{A}}(X^p). Par identification des coefficients de Xp(n−1)X^{p(n-1)}, on retrouve Tr⁡(Aˉp)=Tr⁡(Aˉ)\operatorname{Tr}(\bar{A}^p) = \operatorname{Tr}(\bar{A}).

  3. Considérons la matrice compagnon MM associée à la relation de récurrence :
    M=(010001110)∈M3(Z)M = \begin{pmatrix} 0 & 1 & 0
    0 & 0 & 1
    1 & 1 & 0 \end{pmatrix} \in \mathcal{M}_3(\mathbb{Z})
    Le polynôme caractéristique de MM est χM(X)=X3−X−1\chi_M(X) = X^3 - X - 1. Soient α,β,γ\alpha, \beta, \gamma les racines complexes de χM\chi_M. La suite (un)(u_n) vérifie une récurrence linéaire dont les racines de l'équation caractéristique sont α,β,γ\alpha, \beta, \gamma. Il existe donc a,b,ca, b, c tels que un=aαn+bβn+cγnu_n = a\alpha^n + b\beta^n + c\gamma^n. Les conditions initiales imposent :
    • u0=a+b+c=3u_0 = a + b + c = 3
    • u1=aα+bβ+cγ=Tr⁡(M)=0u_1 = a\alpha + b\beta + c\gamma = \operatorname{Tr}(M) = 0
    • u2=aα2+bβ2+cγ2=Tr⁡(M2)u_2 = a\alpha^2 + b\beta^2 + c\gamma^2 = \operatorname{Tr}(M^2)
    Calculons Tr⁡(M2)\operatorname{Tr}(M^2). M2=(001110011)M^2 = \begin{pmatrix} 0 & 0 & 1
    1 & 1 & 0
    0 & 1 & 1 \end{pmatrix}
    , donc Tr⁡(M2)=0+1+1=2\operatorname{Tr}(M^2) = 0+1+1=2. On remarque que u0,u1,u2u_0, u_1, u_2 correspondent exactement aux traces de M0,M1,M2M^0, M^1, M^2 (en effet a=b=c=1a=b=c=1 convient). Par récurrence (ou par propriété des traces des puissances), on a :
    ∀n∈N,un=Tr⁡(Mn)\forall n \in \mathbb{N},   u_n = \operatorname{Tr}(M^n)
    En appliquant le résultat de la question 2 à la matrice MM, on a :
    up=Tr⁡(Mp)≡Tr⁡(M)(modp)u_p = \operatorname{Tr}(M^p) \equiv \operatorname{Tr}(M) \pmod p
    Comme Tr⁡(M)=0\operatorname{Tr}(M) = 0, on en conclut que :
    up≡0(modp)\boxed{u_p \equiv 0 \pmod p}

Attention à ne pas affirmer que Ap≡A(modp)A^p \equiv A \pmod p pour les matrices. C'est faux en général ! Par exemple, si A=(0100)A = \begin{pmatrix} 0 & 1
0 & 0 \end{pmatrix}
, alors Ap=0A^p = 0 pour p≥2p \ge 2, mais A≠0A \neq 0. Seule la trace vérifie cette congruence systématiquement.