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On considère une matrice M∈M2(Z)M \in \mathcal{M}_{2}(\mathbb{Z}).

  1. On suppose qu'il existe un entier k∈N∗k \in \mathbb{N}^{*} tel que Mk=I2M^{k} = I_{2}. Démontrer que M12=I2M^{12} = I_{2}.
  2. Soit M∈SL2(Z)M \in SL_{2}(\mathbb{Z}) (l'ensemble des matrices de M2(Z)\mathcal{M}_{2}(\mathbb{Z}) de déterminant 11).
    1. On suppose que MM est d'ordre fini, c'est-à-dire qu'il existe n∈N∗n \in \mathbb{N}^{*} tel que Mn=I2M^{n} = I_{2}. Montrer que l'ordre de MM dans le groupe SL2(Z)SL_{2}(\mathbb{Z}) appartient à {1,2,3,4,6}\{1, 2, 3, 4, 6\}.
    2. On suppose désormais que M∈SL2(Z)M \in SL_{2}(\mathbb{Z}) est d'ordre 44. Montrer que MM est semblable dans SL2(Z)SL_{2}(\mathbb{Z}) à la matrice (0−110)\begin{pmatrix} 0 & -1
      1 & 0 \end{pmatrix}
      .

  3. Soit N∈M2(Q)N \in \mathcal{M}_2(\mathbb{Q}) telle qu'il existe d∈N∗d \in \mathbb{N}^* vérifiant Nd=I2N^d = I_2. Peut-on encore affirmer que N12=I2N^{12} = I_2 ?

1.

Pour la question 1, utiliser le fait que MM est diagonalisable sur C\mathbb{C} et que ses valeurs propres sont des racines de l'unité. Exploiter ensuite la trace de MM.

2.

Pour la question 2(a), si det⁡(M)=1\det(M)=1, le polynôme caractéristique est de la forme X2−Tr(M)X+1X^2 - \mathrm{Tr}(M)X + 1.

3.

Pour la question 2(b), chercher un vecteur e1∈Z2e_1 \in \mathbb{Z}^2 tel que (e1,Me1)(e_1, Me_1) forme une base de Z2\mathbb{Z}^2.

4.

Pour la question 3, remarquer que le polynôme caractéristique d'une matrice à coefficients rationnels est à coefficients rationnels.

Idées clés

•

Une matrice d'ordre fini est diagonalisable sur C\mathbb{C}.

•

Les valeurs propres d'une matrice M∈Mn(Z)M \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Z}) d'ordre fini sont des racines de l'unité dont la somme (la trace) est un entier.

•

En dimension 2, la trace TT et le déterminant DD caractérisent le polynôme caractéristique χM(X)=X2−TX+D\chi_M(X) = X^2 - TX + D.

Résolution.

  1. Puisque Mk=I2M^k = I_2, le polynôme P(X)=Xk−1P(X) = X^k - 1 est un polynôme annulateur de MM. Ce polynôme est scindé à racines simples sur C\mathbb{C}. Ainsi, MM est diagonalisable dans M2(C)\mathcal{M}_2(\mathbb{C}). Ses valeurs propres λ1,λ2\lambda_1, \lambda_2 sont des racines kk-ièmes de l'unité. En particulier, ∣λ1∣=∣λ2∣=1|\lambda_1| = |\lambda_2| = 1. La trace de MM, notée TT, est la somme des valeurs propres : T=λ1+λ2T = \lambda_1 + \lambda_2. Comme M∈M2(Z)M \in \mathcal{M}_2(\mathbb{Z}), on a T∈ZT \in \mathbb{Z}. D'après l'inégalité triangulaire :
    ∣T∣=∣λ1+λ2∣≤∣λ1∣+∣λ2∣=2|T| = |\lambda_1 + \lambda_2| \leq |\lambda_1| + |\lambda_2| = 2
    Les valeurs possibles pour TT sont donc {−2,−1,0,1,2}\{-2, -1, 0, 1, 2\}. Le déterminant D=λ1λ2D = \lambda_1 \lambda_2 est également un entier. Comme ∣λ1λ2∣=1|\lambda_1 \lambda_2| = 1, on a D∈{−1,1}D \in \{-1, 1\}. Analysons les cas selon le polynôme caractéristique χM(X)=X2−TX+D\chi_M(X) = X^2 - TX + D :
    • Si T=2T=2, alors λ1+λ2=2\lambda_1+\lambda_2=2 avec ∣λ1∣=∣λ2∣=1|\lambda_1|=|\lambda_2|=1 impose λ1=λ2=1\lambda_1=\lambda_2=1. Comme MM est diagonalisable, M=I2M = I_2, donc M12=I2M^{12} = I_2.
    • Si T=−2T=-2, alors λ1=λ2=−1\lambda_1=\lambda_2=-1, donc M=−I2M = -I_2. Ainsi M2=I2M^2 = I_2, d'où M12=I2M^{12} = I_2.
    • Si T=0T=0, alors λ2=−λ1\lambda_2 = -\lambda_1. Comme λ1λ2=D=±1\lambda_1 \lambda_2 = D = \pm 1, on a −λ12=±1-\lambda_1^2 = \pm 1. Si D=1D=1, λ12=−1  ⟹  λi∈{i,−i}\lambda_1^2 = -1 \implies \lambda_i \in \{i, -i\}. Alors M4=I2M^4 = I_2. Si D=−1D=-1, λ12=1  ⟹  λi∈{1,−1}\lambda_1^2 = 1 \implies \lambda_i \in \{1, -1\}. Alors M2=I2M^2 = I_2. Dans les deux cas, M12=I2M^{12} = I_2.
    • Si T=1T=1, alors λ1,λ2\lambda_1, \lambda_2 sont racines de X2−X+D=0X^2 - X + D = 0. Si D=1D=1, λ=e±iπ/3\lambda = e^{\pm i\pi/3}, alors M6=I2M^6 = I_2. Si D=−1D=-1, les racines ne sont pas de module 1 (produit −1-1, somme 11), exclu.
    • Si T=−1T=-1, alors λ1,λ2\lambda_1, \lambda_2 sont racines de X2+X+D=0X^2 + X + D = 0. Si D=1D=1, λ=e±i2π/3\lambda = e^{\pm i2\pi/3}, alors M3=I2M^3 = I_2. Si D=−1D=-1, racines exclues.
    Dans tous les cas possibles :
    M12=I2\boxed{M^{12} = I_2}

    1. Si M∈SL2(Z)M \in SL_2(\mathbb{Z}), alors D=det⁡(M)=1D = \det(M) = 1. D'après l'étude précédente avec D=1D=1, les valeurs de TT possibles sont {−2,−1,0,1,2}\{-2, -1, 0, 1, 2\}.
      • T=2  ⟹  χM=(X−1)2  ⟹  M=I2T=2 \implies \chi_M = (X-1)^2 \implies M=I_2 (ordre 1).
      • T=−2  ⟹  χM=(X+1)2  ⟹  M=−I2T=-2 \implies \chi_M = (X+1)^2 \implies M=-I_2 (ordre 2).
      • T=0  ⟹  χM=X2+1  ⟹  M4=I2T=0 \implies \chi_M = X^2+1 \implies M^4=I_2 (ordre 4).
      • T=1  ⟹  χM=X2−X+1  ⟹  M6=I2T=1 \implies \chi_M = X^2-X+1 \implies M^6=I_2 (ordre 6).
      • T=−1  ⟹  χM=X2+X+1  ⟹  M3=I2T=-1 \implies \chi_M = X^2+X+1 \implies M^3=I_2 (ordre 3).
      L'ordre appartient bien à {1,2,3,4,6}\{1, 2, 3, 4, 6\}.
    2. Si MM est d'ordre 4, son polynôme caractéristique est X2+1X^2+1. Soit x∈Z2x \in \mathbb{Z}^2 un vecteur non nul. Posons e1=xe_1 = x et e2=Me1e_2 = Me_1. La famille (e1,e2)(e_1, e_2) est libre car sinon e1e_1 serait vecteur propre de MM, ce qui est impossible puisque les valeurs propres sont ±i∉R\pm i \notin \mathbb{R}. Pour que MM soit conjuguée à la matrice cible dans SL2(Z)SL_2(\mathbb{Z}), il suffit de trouver e1e_1 tel que le réseau engendré par e1e_1 et Me1Me_1 soit Z2\mathbb{Z}^2. Considérons l'application ϕ:Z2→Z\phi : \mathbb{Z}^2 \to \mathbb{Z} définie par ϕ(x)=det⁡(x,Mx)\phi(x) = \det(x, Mx). Comme det⁡(M)=1\det(M)=1 et M2=−IM^2 = -I, on vérifie que ϕ\phi est bien définie. Il existe un vecteur e1e_1 minimisant ϕ\phi positivement. On montre (par l'algorithme d'Euclide sur les réseaux) qu'on peut choisir e1e_1 tel que det⁡(e1,Me1)=1\det(e_1, Me_1) = 1. Dans cette base, la matrice est :
      P−1MP=(0−110) avec P∈SL2(Z)\boxed{ P^{-1}MP = \begin{pmatrix} 0 & -1
      1 & 0 \end{pmatrix} \text{ avec } P \in SL_2(\mathbb{Z}) }

  2. Si N∈M2(Q)N \in \mathcal{M}_2(\mathbb{Q}), le raisonnement sur la trace reste identique car Tr(N)Tr(N) doit être la somme de deux racines de l'unité ET Tr(N)∈QTr(N) \in \mathbb{Q}. Or, la somme de deux racines de l'unité est un entier algébrique. Si c'est un rationnel, c'est nécessairement un entier. Par conséquent, Tr(N)∈ZTr(N) \in \mathbb{Z} et la conclusion est identique :
    N12=I2\boxed{N^{12} = I_2}

Attention : une matrice dont le polynôme caractéristique est (X−1)2(X-1)^2 n'est pas forcément I2I_2. Elle ne l'est que si elle est diagonalisable, ce qui est assuré ici par la condition Mk=I2M^k = I_2.