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Soit pp un nombre premier donné. On se propose de déterminer l'ensemble des matrices AA appartenant à Mp(Q)\mathcal{M}_{p}(\mathbb{Q}) qui satisfont la relation :

Ap=IpA^{p} = I_{p}
où IpI_p désigne la matrice identité de taille p×pp \times p.

1.

Utiliser le polynôme annulateur P(X)=Xp−1P(X) = X^p - 1 et le décomposer en facteurs irréductibles dans Q[X]\mathbb{Q}[X].

2.

Rappeler ou démontrer le critère d'Eisenstein appliqué au polynôme cyclotomic Φp(X)=∑k=0p−1Xk\Phi_p(X) = \sum_{k=0}^{p-1} X^k.

3.

Faire le lien entre le polynôme minimal μA\mu_A et le polynôme caractéristique χA\chi_A en utilisant des arguments de degré.

4.

Distinguer éventuellement le cas p=2p=2 des cas où pp est un nombre premier impair.

Idées clés

•

Polynôme annulateur et minimal (μA∣Xp−1\mu_A \mid X^p-1).

•

Irréductibilité du polynôme cyclotomiqe Φp\Phi_p sur Q\mathbb{Q} via le critère d'Eisenstein.

•

Relation de degré : deg⁡(χA)=p\deg(\chi_A) = p.

•

Théorème de décomposition des noyaux et réduction par blocs.

Résolution.

1. Analyse des polynômes annulateurs. Soit A∈Mp(Q)A \in \mathcal{M}_p(\mathbb{Q}) telle que Ap=IpA^p = I_p. Le polynôme P(X)=Xp−1P(X) = X^p - 1 est un polynôme annulateur de AA. Dans Q[X]\mathbb{Q}[X], ce polynôme se décompose de la manière suivante :

Xp−1=(X−1)Φp(X)avecΦp(X)=∑k=0p−1XkX^p - 1 = (X - 1) \Phi_p(X)   \text{avec}   \Phi_p(X) = \sum_{k=0}^{p-1} X^k

Le polynôme Φp\Phi_p est irréductible sur Q\mathbb{Q}. Pour le justifier, on considère Q(X)=Φp(X+1)=(X+1)p−1X=∑k=1p(pk)Xk−1Q(X) = \Phi_p(X+1) = \frac{(X+1)^p - 1}{X} = \sum_{k=1}^p \binom{p}{k} X^{k-1}. Tous les coefficients de QQ sauf le dominant sont divisibles par pp, et le terme constant est pp (non divisible par p2p^2). D'après le critère d'Eisenstein, QQ est irréductible, donc Φp\Phi_p l'est aussi.

2. Détermination du polynôme minimal. Le polynôme minimal μA\mu_A de AA divise Xp−1X^p - 1. Comme Q[X]\mathbb{Q}[X] est un anneau factoriel et que X−1X-1 et Φp\Phi_p sont irréductibles et distincts (car Φp(1)=p≠0\Phi_p(1) = p \neq 0), les diviseurs unitaires de Xp−1X^p-1 sont :

1,X−1,Φp(X),Xp−11,   X-1,   \Phi_p(X),   X^p-1

3. Lien avec le polynôme caractéristique. On sait que χA\chi_A est de degré pp et que μA\mu_A et χA\chi_A ont les mêmes racines dans C\mathbb{C}. De plus, chaque facteur irréductible de χA\chi_A dans Q[X]\mathbb{Q}[X] doit diviser μA\mu_A. Ainsi, χA\chi_A est de la forme (X−1)a(Φp(X))b(X-1)^a (\Phi_p(X))^b avec a,b∈Na, b \in \mathbb{N}. La condition sur le degré impose :

a+b(p−1)=p\boxed{ a + b(p-1) = p }

4. Étude des cas selon pp.

Premier cas : p>2p > 2. Comme pp est premier et p>2p > 2, alors p−1>1p-1 > 1. Les seules solutions entières de a+b(p−1)=pa + b(p-1) = p sont :

  • b=0b = 0, ce qui implique a=pa = p. Alors χA=(X−1)p\chi_A = (X-1)^p. Comme AA est diagonalisable dans C\mathbb{C} (annulée par Xp−1X^p-1 à racines simples), on en déduit μA=X−1\mu_A = X-1, donc A=Ip\boxed{A = I_p}.
  • b=1b = 1, ce qui implique a=1a = 1. Alors χA=(X−1)Φp(X)=Xp−1\chi_A = (X-1)\Phi_p(X) = X^p - 1. Dans ce cas, AA est semblable sur Q\mathbb{Q} à la matrice compagnon C(Xp−1)C(X^p-1) :
    A∼(0…011⋱⋮0⋮⋱0⋮0…10)\boxed{ A \sim \begin{pmatrix} 0 & \dots & 0 & 1
    1 & \ddots & \vdots & 0
    \vdots & \ddots & 0 & \vdots
    0 & \dots & 1 & 0 \end{pmatrix} }

Deuxième cas : p=2p = 2. L'équation devient a+b(1)=2a + b(1) = 2. Les solutions sont :

  • (a,b)=(2,0)  ⟹  χA=(X−1)2  ⟹  A=I2(a,b) = (2,0) \implies \chi_A = (X-1)^2 \implies A = I_2.
  • (a,b)=(0,2)  ⟹  χA=(X+1)2  ⟹  A=−I2(a,b) = (0,2) \implies \chi_A = (X+1)^2 \implies A = -I_2.
  • (a,b)=(1,1)  ⟹  χA=X2−1  ⟹  A∼(0110)(a,b) = (1,1) \implies \chi_A = X^2-1 \implies A \sim \begin{pmatrix} 0 & 1
    1 & 0 \end{pmatrix}
    ou diag(1,−1)\text{diag}(1, -1).

Conclusion. Les matrices solutions sont celles semblables (dans Mp(Q)\mathcal{M}_p(\mathbb{Q})) à :

  • IpI_p.
  • La matrice compagnon du polynôme Xp−1X^p-1.
  • Uniquement si p=2p=2 : la matrice −I2-I_2.

L'erreur classique est d'oublier que l'irréductibilité dépend du corps de base. Sur C\mathbb{C}, il y aurait beaucoup plus de classes de similitude. Ici, l'irréductibilité de Φp\Phi_p sur Q\mathbb{Q} restreint drastiquement les formes possibles du polynôme caractéristique.