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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^*. On considère une matrice A∈Mn(Z)A \in \mathcal{M}_{n}(\mathbb{Z}) que l'on suppose triangulaire supérieure.

On fait l'hypothèse que tous les coefficients diagonaux de AA sont égaux à 11.

Démontrer, sans avoir recours à la théorie des déterminants (ni à la formule de la co-matrice), que la matrice AA est inversible dans l'anneau Mn(Z)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{Z}).

1.

Décomposer la matrice AA sous la forme In+NI_n + N.

2.

Étudier la nature de la matrice NN ainsi introduite, notamment ses coefficients diagonaux.

3.

Utiliser une identité polynomiale classique liant (1+x)(1+x) et (1−(−x)k)(1 - (-x)^k).

Idées clés

•

Décomposition en partie identité et partie strictement triangulaire.

•

Nilpotence des matrices strictement triangulaires.

•

Utilisation de la formule de la progression géométrique pour les endomorphismes nilpotents.

Résolution.

Posons la matrice NN définie par :

N=A−InN = A - I_n

Par hypothèse, AA est une matrice triangulaire supérieure dont les coefficients diagonaux valent 11.

Il en résulte que NN est une matrice triangulaire supérieure dont les coefficients diagonaux sont tous nuls :

∀i∈{1,…,n},Ni,i=Ai,i−1=1−1=0\forall i \in \{1, \dots, n\},   N_{i,i} = A_{i,i} - 1 = 1 - 1 = 0

Une telle matrice est dite strictement triangulaire supérieure.

D'après le cours sur la nilpotence, toute matrice strictement triangulaire supérieure de taille nn est nilpotente d'indice au plus nn. Nous avons donc :

Nn=0n\boxed{N^n = 0_n}

Cherchons maintenant à exprimer l'inverse de A=In+NA = I_n + N.

Considérons l'identité polynomiale suivante, valable pour toute matrice MM et tout entier p∈N∗p \in \mathbb{N}^* :

(In+M)∑k=0p−1(−M)k=In−(−M)p(I_n + M) \sum_{k=0}^{p-1} (-M)^k = I_n - (-M)^p

Appliquons cette relation à la matrice NN avec p=np = n :

(In+N)∑k=0n−1(−N)k=In−(−N)n(I_n + N) \sum_{k=0}^{n-1} (-N)^k = I_n - (-N)^n

Comme Nn=0nN^n = 0_n, le terme de droite se simplifie et nous obtenons :

(In+N)(∑k=0n−1(−1)kNk)=In(I_n + N) \left( \sum_{k=0}^{n-1} (-1)^k N^k \right) = I_n

Ceci prouve que la matrice A=In+NA = I_n + N est inversible dans Mn(Q)\mathcal{M}_n(\mathbb{Q}) et que son inverse est :

A−1=∑k=0n−1(−1)kNk\boxed{A^{-1} = \sum_{k=0}^{n-1} (-1)^k N^k}

Il reste à justifier que cette matrice appartient à Mn(Z)\mathcal{M}_n(\mathbb{Z}).

  • Par construction, N=A−InN = A - I_n. Comme A∈Mn(Z)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Z}) et In∈Mn(Z)I_n \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Z}), on a N∈Mn(Z)N \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Z}).
  • L'ensemble Mn(Z)\mathcal{M}_n(\mathbb{Z}) est un sous-anneau de Mn(Q)\mathcal{M}_n(\mathbb{Q}). Il est donc stable par produit.
  • Ainsi, pour tout k∈{0,…,n−1}k \in \{0, \dots, n-1\}, NkN^k appartient à Mn(Z)\mathcal{M}_n(\mathbb{Z}).
  • Finalement, A−1A^{-1} est une combinaison linéaire finie à coefficients entiers de matrices de Mn(Z)\mathcal{M}_n(\mathbb{Z}).

On en conclut que :

A−1∈Mn(Z)\boxed{A^{-1} \in \mathcal{M}_n(\mathbb{Z})}

L'erreur classique serait de dire que toute matrice de Mn(Z)\mathcal{M}_n(\mathbb{Z}) inversible dans Mn(R)\mathcal{M}_n(\mathbb{R}) possède un inverse dans Mn(Z)\mathcal{M}_n(\mathbb{Z}). C'est faux : par exemple 2In2I_n a pour inverse 12In∉Mn(Z)\frac{1}{2}I_n \notin \mathcal{M}_n(\mathbb{Z}). La condition nécessaire et suffisante est que le déterminant soit égal à 11 ou −1-1, ce qui est bien le cas ici (le déterminant d'une matrice triangulaire est le produit de ses coefficients diagonaux). Mais l'énoncé imposait de se passer du déterminant.