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Soient GG un groupe fini d'ordre nn et VV un C\mathbb{C}-espace vectoriel de dimension finie. On considère un morphisme de groupes ρ:G→GL(V)\rho: G \rightarrow \mathrm{GL}(V). On appelle caractère de la représentation ρ\rho l'application χ:G→C\chi: G \rightarrow \mathbb{C} définie par χ(s)=Tr⁡(ρ(s))\chi(s) = \operatorname{Tr}(\rho(s)).

On dit que ρ\rho est une représentation irréductible si les seuls sous-espaces de VV stables par tous les endomorphismes ρ(s)\rho(s) (pour s∈Gs \in G) sont {0}\{0\} et VV.

  1. Propriétés élémentaires du caractère. Montrer les points suivants pour tout (s,t)∈G2(s, t) \in G^2 :
    1. χ(1G)=dim⁡(V)\chi(1_G) = \operatorname{dim}(V).
    2. χ(s−1)=χ(s)‾\chi(s^{-1}) = \overline{\chi(s)}.
    3. χ(st)=χ(ts)\chi(st) = \chi(ts).

  2. Lemme de Schur. Soient ρ1:G→GL(V1)\rho_1: G \rightarrow \mathrm{GL}(V_1) et ρ2:G→GL(V2)\rho_2: G \rightarrow \mathrm{GL}(V_2) deux représentations irréductibles de GG. Soit f:V1→V2f: V_1 \rightarrow V_2 une application linéaire telle que pour tout s∈Gs \in G, ρ2(s)∘f=f∘ρ1(s)\rho_2(s) \circ f = f \circ \rho_1(s).
    1. Montrer que ff est soit nulle, soit un isomorphisme.
    2. On suppose ici V1=V2V_1 = V_2 et ρ1=ρ2\rho_1 = \rho_2. Prouver que ff est une homothétie.

  3. Applications aux projecteurs de Schur. On se donne h∈L(V1,V2)h \in \mathcal{L}(V_1, V_2) quelconque et on définit l'application :
    h0=1∣G∣∑s∈Gρ2(s)−1∘h∘ρ1(s)h_{0} = \frac{1}{|G|} \sum_{s \in G} \rho_2(s)^{-1} \circ h \circ \rho_1(s)
    1. Montrer que si ρ1\rho_1 et ρ2\rho_2 ne sont pas isomorphes (c'est-à-dire qu'il n'existe aucun isomorphisme ff vérifiant la relation de la question 2), alors h0=0h_0 = 0.
    2. On suppose V1=V2V_1 = V_2 et ρ1=ρ2\rho_1 = \rho_2. Exprimer h0h_0 en fonction de Tr⁡(h)\operatorname{Tr}(h) et Id⁡V1\operatorname{Id}_{V_1}.

1.

Pour la question 1.(b), utiliser le fait que ss est d'ordre fini, donc ρ(s)\rho(s) est diagonalisable et ses valeurs propres sont des racines de l'unité.

2.

Pour la question 2.(a), considérer le noyau et l'image de ff et utiliser l'irréductibilité.

3.

Pour la question 2.(b), utiliser le fait que tout endomorphisme sur un C\mathbb{C}-espace vectoriel admet au moins une valeur propre.

4.

Pour la question 3, vérifier d'abord que h0h_0 vérifie la relation de commutation de la question 2.

Idées clés

•

Irréductibilité : absence de sous-espaces stables non triviaux.

•

Stabilité du noyau et de l'image d'un morphisme de représentations.

•

Sur C\mathbb{C}, tout endomorphisme possède un spectre non vide.

•

Propriété de la trace : Tr⁡(AB)=Tr⁡(BA)\operatorname{Tr}(AB) = \operatorname{Tr}(BA).

Résolution.

    1. Par définition, ρ(1G)=Id⁡V\rho(1_G) = \operatorname{Id}_V. Ainsi, χ(1G)=Tr⁡(Id⁡V)=dim⁡(V)\chi(1_G) = \operatorname{Tr}(\operatorname{Id}_V) = \operatorname{dim}(V).
      χ(1G)=dim⁡V\boxed{\chi(1_G) = \dim V}

    2. Soit s∈Gs \in G. Comme GG est fini, il existe m∈N∗m \in \mathbb{N}^* tel que sm=1Gs^m = 1_G. Alors ρ(s)m=ρ(sm)=Id⁡V\rho(s)^m = \rho(s^m) = \operatorname{Id}_V. Le polynôme Xm−1X^m - 1, scindé à racines simples sur C\mathbb{C}, est un polynôme annulateur de ρ(s)\rho(s). L'endomorphisme ρ(s)\rho(s) est donc diagonalisable et ses valeurs propres λ1,…,λd\lambda_1, \dots, \lambda_d sont des racines mm-ièmes de l'unité. En particulier, pour tout jj, ∣λj∣=1|\lambda_j| = 1, d'où λj−1=λj‾\lambda_j^{-1} = \overline{\lambda_j}. Comme les valeurs propres de ρ(s−1)=ρ(s)−1\rho(s^{-1}) = \rho(s)^{-1} sont les λj−1\lambda_j^{-1}, on a :
      χ(s−1)=∑j=1dλj−1=∑j=1dλj‾=∑j=1dλj‾=χ(s)‾\chi(s^{-1}) = \sum_{j=1}^d \lambda_j^{-1} = \sum_{j=1}^d \overline{\lambda_j} = \overline{\sum_{j=1}^d \lambda_j} = \overline{\chi(s)}
      χ(s−1)=χ(s)‾\boxed{\chi(s^{-1}) = \overline{\chi(s)}}

    3. En utilisant la propriété de morphisme et la cyclicité de la trace :
      χ(st)=Tr⁡(ρ(s)ρ(t))=Tr⁡(ρ(t)ρ(s))=χ(ts)\chi(st) = \operatorname{Tr}(\rho(s)\rho(t)) = \operatorname{Tr}(\rho(t)\rho(s)) = \chi(ts)

    1. Soit x∈ker⁡fx \in \ker f. Alors pour tout s∈Gs \in G :
      f(ρ1(s)(x))=ρ2(s)(f(x))=ρ2(s)(0)=0f(\rho_1(s)(x)) = \rho_2(s)(f(x)) = \rho_2(s)(0) = 0
      Donc ker⁡f\ker f est stable par tous les ρ1(s)\rho_1(s). Par irréductibilité de ρ1\rho_1, ker⁡f={0}\ker f = \{0\} ou ker⁡f=V1\ker f = V_1. Soit y∈Im⁡fy \in \operatorname{Im} f, y=f(x)y = f(x). Alors pour tout s∈Gs \in G :
      ρ2(s)(y)=ρ2(s)(f(x))=f(ρ1(s)(x))∈Im⁡f\rho_2(s)(y) = \rho_2(s)(f(x)) = f(\rho_1(s)(x)) \in \operatorname{Im} f
      L'image de ff est stable par tous les ρ2(s)\rho_2(s). Par irréductibilité de ρ2\rho_2, Im⁡f={0}\operatorname{Im} f = \{0\} ou Im⁡f=V2\operatorname{Im} f = V_2. Conclusion : Si f≠0f \neq 0, alors ker⁡f={0}\ker f = \{0\} (injectivité) et Im⁡f=V2\operatorname{Im} f = V_2 (surjectivité), donc ff est un isomorphisme.

    2. On suppose ρ1=ρ2\rho_1 = \rho_2. Comme V1V_1 est un C\mathbb{C}-espace vectoriel de dimension finie, ff admet au moins une valeur propre λ∈C\lambda \in \mathbb{C}. Poser g=f−λId⁡V1g = f - \lambda \operatorname{Id}_{V_1}. L'application gg est linéaire et vérifie aussi la relation de commutation :
      ρ1(s)∘(f−λId⁡)=ρ1(s)∘f−λρ1(s)=f∘ρ1(s)−λρ1(s)=(f−λId⁡)∘ρ1(s)\rho_1(s) \circ (f - \lambda \operatorname{Id}) = \rho_1(s) \circ f - \lambda \rho_1(s) = f \circ \rho_1(s) - \lambda \rho_1(s) = (f - \lambda \operatorname{Id}) \circ \rho_1(s)
      D'après la question précédente, gg est soit nulle, soit un isomorphisme. Or, λ\lambda étant valeur propre, ker⁡(g)≠{0}\ker(g) \neq \{0\}. Donc gg n'est pas un isomorphisme.
      g=0  ⟹  f=λId⁡V1\boxed{g = 0 \implies f = \lambda \operatorname{Id}_{V_1}}

    1. Vérifions si h0h_0 vérifie la relation de commutation. Soit t∈Gt \in G : \begin{align*} \rho_2(t) \circ h_0 &= \frac{1}{|G|} \sum_{s \in G} \rho_2(t) \rho_2(s)^{-1} h \rho_1(s)
      &= \frac{1}{|G|} \sum_{s \in G} \rho_2(t s^{-1}) h \rho_1(s) \end{align*} Posons u=st−1u = s t^{-1}, d'où s=uts = ut. Quand ss parcourt GG, uu parcourt GG. Remarquons que ts−1=(st−1)−1=u−1t s^{-1} = (s t^{-1})^{-1} = u^{-1}. \begin{align*} \rho_2(t) \circ h_0 &= \frac{1}{|G|} \sum_{u \in G} \rho_2(u^{-1}) h \rho_1(ut)
      &= \left( \frac{1}{|G|} \sum_{u \in G} \rho_2(u^{-1}) h \rho_1(u) \right) \circ \rho_1(t)
      &= h_0 \circ \rho_1(t) \end{align*} h0h_0 vérifie la condition du lemme de Schur. Comme ρ1\rho_1 et ρ2\rho_2 ne sont pas isomorphes, h0h_0 ne peut pas être un isomorphisme. D'après 2.(a), on a nécessairement :
      h0=0\boxed{h_0 = 0}

    2. Si ρ1=ρ2\rho_1 = \rho_2, la question 2.(b) assure que h0h_0 est une homothétie : h0=λId⁡h_0 = \lambda \operatorname{Id}. Calculons la trace de h0h_0 : \begin{align*} \operatorname{Tr}(h_0) &= \frac{1}{|G|} \sum_{s \in G} \operatorname{Tr}(\rho_1(s)^{-1} h \rho_1(s))
      &= \frac{1}{|G|} \sum_{s \in G} \operatorname{Tr}(h)   \text{par cyclicité de la trace}
      &= \operatorname{Tr}(h) \end{align*} D'autre part, Tr⁡(λId⁡)=λdim⁡(V1)\operatorname{Tr}(\lambda \operatorname{Id}) = \lambda \operatorname{dim}(V_1). On en déduit λ=Tr⁡(h)dim⁡V1\lambda = \frac{\operatorname{Tr}(h)}{\operatorname{dim} V_1}.
      h0=Tr⁡(h)dim⁡V1Id⁡V1\boxed{h_0 = \frac{\operatorname{Tr}(h)}{\operatorname{dim} V_1} \operatorname{Id}_{V_1}}

Attention à ne pas oublier que l'existence d'une valeur propre (utilisée en 2.b) nécessite de travailler sur un corps algébriquement clos comme C\mathbb{C}. Sur R\mathbb{R}, le résultat est faux (penser à une rotation dans le plan).