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Soit pp un nombre premier et Fp=Z/pZ\mathbb{F}_p = \mathbb{Z} / p \mathbb{Z} le corps à pp éléments.

  1. On considère le cas n=2n=2. On pose q=(p2−p)(p2−1)q = (p^2 - p)(p^2 - 1).
    1. Déterminer le cardinal du groupe linéaire GL2(Fp)\mathrm{GL}_2(\mathbb{F}_p).
    2. Soit A∈M2(Fp)A \in \mathcal{M}_2(\mathbb{F}_p). Démontrer que l'on a la relation :
      Aq+2=A2A^{q+2} = A^2

  2. Généralisation : pour n∈N∗n \in \mathbb{N}^*, déterminer le cardinal NnN_n de GLn(Fp)\mathrm{GL}_n(\mathbb{F}_p) et proposer une relation analogue à celle de la question précédente pour une matrice A∈Mn(Fp)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{F}_p).

1.

Pour dénombrer GLn(Fp)\mathrm{GL}_n(\mathbb{F}_p), on peut compter le nombre de bases de (Fp)n(\mathbb{F}_p)^n. Chaque vecteur d'une base doit être choisi en dehors du sous-espace engendré par les précédents.

2.

Pour la question 1.(b), distinguer le cas où AA est inversible (utiliser le théorème de Lagrange) et le cas où AA ne l'est pas (utiliser le polynôme caractéristique et le théorème de Cayley-Hamilton).

3.

Pour la généralisation, utiliser le lemme des noyaux pour décomposer l'espace en une partie où AA est nilpotente et une partie où AA induit un automorphisme.

Idées clés

•

Dénombrement par colonnes libres dans un espace vectoriel fini.

•

Théorème de Lagrange dans le groupe fini GLn(Fp)\mathrm{GL}_n(\mathbb{F}_p).

•

Théorème de Cayley-Hamilton et réduction pour traiter les matrices singulières.

Résolution.

  1. Étude du cas n=2n=2.
    1. Une matrice A∈M2(Fp)A \in \mathcal{M}_2(\mathbb{F}_p) est inversible si et seulement si ses colonnes (C1,C2)(C_1, C_2) forment une base de (Fp)2(\mathbb{F}_p)^2. Pour construire une telle base : - On choisit C1∈(Fp)2∖{(0,0)}C_1 \in (\mathbb{F}_p)^2 \setminus \{(0,0)\}. Il y a p2−1p^2 - 1 choix possibles. - On choisit C2∈(Fp)2∖Vect(C1)C_2 \in (\mathbb{F}_p)^2 \setminus \mathrm{Vect}(C_1). Comme Vect(C1)\mathrm{Vect}(C_1) contient pp vecteurs, il reste p2−pp^2 - p choix. Par principe multiplicatif, on obtient :
      ∣GL2(Fp)∣=(p2−1)(p2−p)=q\boxed{|\mathrm{GL}_2(\mathbb{F}_p)| = (p^2 - 1)(p^2 - p) = q}

    2. Soit A∈M2(Fp)A \in \mathcal{M}_2(\mathbb{F}_p). Premier cas : A∈GL2(Fp)A \in \mathrm{GL_2(\mathbb{F}_p).} D'après le théorème de Lagrange, l'ordre de AA dans le groupe fini (GL2(Fp),×)(\mathrm{GL}_2(\mathbb{F}_p), \times) divise le cardinal du groupe qq. On a donc Aq=I2A^q = I_2. En multipliant par A2A^2, on obtient :
      Aq+2=A2\boxed{A^{q+2} = A^2}

      Second cas : A∉GL2(Fp)A \notin \mathrm{GL_2(\mathbb{F}_p).} Alors det⁡(A)=0\det(A) = 0. Le polynôme caractéristique de AA est χA(X)=X2−Tr(A)X+det⁡(A)=X2−λX\chi_A(X) = X^2 - \mathrm{Tr}(A)X + \det(A) = X^2 - \lambda X avec λ=Tr(A)∈Fp\lambda = \mathrm{Tr}(A) \in \mathbb{F}_p. D'après le théorème de Cayley-Hamilton :

      A2−λA=0  ⟹  A2=λAA^2 - \lambda A = 0 \implies A^2 = \lambda A
      Par une récurrence immédiate, pour tout k≥1k \geq 1, on a Ak=λk−1AA^k = \lambda^{k-1} A. Pour k≥2k \geq 2, on peut aussi écrire Ak=λk−2A2A^k = \lambda^{k-2} A^2. On en déduit :
      Aq+2=λqA2A^{q+2} = \lambda^q A^2
      Si λ=0\lambda = 0, alors A2=0A^2 = 0 et la relation Aq+2=A2A^{q+2} = A^2 est vérifiée (0=00=0). Si λ≠0\lambda \neq 0, alors λ∈Fp∗\lambda \in \mathbb{F}_p^*. D'après le petit théorème de Fermat, λp−1=1\lambda^{p-1} = 1. Comme q=p(p−1)(p2−1)q = p(p-1)(p^2-1), on voit que p−1p-1 divise qq. On a donc λq=1\lambda^q = 1. Finalement, dans tous les cas pour n=2n=2 :
      Aq+2=A2\boxed{A^{q+2} = A^2}

  2. Généralisation. Pour dénombrer GLn(Fp)\mathrm{GL}_n(\mathbb{F}_p), on choisit successivement nn vecteurs linéairement indépendants. Le kk-ième vecteur doit être hors de l'espace de dimension k−1k-1 engendré par les précédents (contenant pk−1p^{k-1} vecteurs).
    Nn=∏k=0n−1(pn−pk)\boxed{N_n = \prod_{k=0}^{n-1} (p^n - p^k)}

    Soit A∈Mn(Fp)A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{F}_p). On souhaite montrer ANn+n=AnA^{N_n + n} = A^n. Le polynôme caractéristique χA\chi_A est de degré nn. On l'écrit χA(X)=XdQ(X)\chi_A(X) = X^d Q(X) avec Q(0)≠0Q(0) \neq 0 et d≤nd \leq n. D'après le lemme des noyaux, comme XdX^d et QQ sont premiers entre eux :

    Fpn=ker⁡(Ad)⊕ker⁡(Q(A))\mathbb{F}_p^n = \ker(A^d) \oplus \ker(Q(A))
    Soit E1=ker⁡(Ad)E_1 = \ker(A^d) et E2=ker⁡(Q(A))E_2 = \ker(Q(A)). Ces deux sous-espaces sont stables par AA. Sur E1E_1, AA est nilpotente. Comme dim⁡E1≤n\dim E_1 \leq n, on a A∣E1n=0A^n_{|E_1} = 0, donc A∣E1Nn+n=0=A∣E1nA^{N_n+n}_{|E_1} = 0 = A^n_{|E_1}. Sur E2E_2, l'endomorphisme induit par AA, noté u2u_2, est un automorphisme car ker⁡(u2)=ker⁡(A)∩ker⁡(Q(A))={0}\ker(u_2) = \ker(A) \cap \ker(Q(A)) = \{0\} (puisque Q(0)≠0Q(0) \neq 0). Soit m=dim⁡E2≤nm = \dim E_2 \leq n. Alors u2∈GL(E2)≅GLm(Fp)u_2 \in \mathrm{GL}(E_2) \cong \mathrm{GL}_m(\mathbb{F}_p). D'après le théorème de Lagrange, u2Nm=idE2u_2^{N_m} = \mathrm{id}_{E_2}. On remarque que pour tout m≤nm \leq n, NmN_m divise NnN_n (car chaque facteur de NmN_m est un facteur de NnN_n). Donc u2Nn=idE2u_2^{N_n} = \mathrm{id}_{E_2}. En multipliant par u2nu_2^n, on a u2Nn+n=u2nu_2^{N_n+n} = u_2^n. Les deux endomorphismes ANn+nA^{N_n+n} et AnA^n coïncident sur E1E_1 et sur E2E_2. Ils sont donc égaux :
    ANn+n=An\boxed{A^{N_n+n} = A^n}

Ne pas oublier que pour A∉GLn(Fp)A \notin \mathrm{GL}_n(\mathbb{F}_p), on n'a pas ANn=InA^{N_n} = I_n. Il faut impérativement multiplier par AnA^n pour "annuler" la partie nilpotente.