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Soit n∈N∗n \in \mathbb{N}^* et Mn(K)\mathcal{M}_{n}(\mathbb{K}) l'algèbre des matrices carrées sur K=R\mathbb{K} = \mathbb{R} ou C\mathbb{C}. On munit cet espace d'une norme d'algèbre ∥⋅∥\|\cdot\| (vérifiant ∥AB∥≤∥A∥⋅∥B∥\|AB\| \leq \|A\| \cdot \|B\| et ∥In∥=1\|I_n\| = 1). Soit GG un sous-groupe de GLn(K)GL_n(\mathbb{K}).

  1. On suppose dans cette question que K=C\mathbb{K} = \mathbb{C} et qu'il existe α∈]0,1[\alpha \in ]0, 1[ tel que :
    ∀g∈G,∥g−In∥≤α\forall g \in G,   \|g - I_n\| \leq \alpha
    1. Soit g∈Gg \in G et λ\lambda une valeur propre de gg. Montrer que ∣λ∣=1|\lambda| = 1.
    2. En considérant les puissances de gg, montrer que l'unique valeur propre de gg est 11.
    3. Montrer que la matrice h=g−Inh = g - I_n est nilpotente.
    4. En étudiant le comportement de gkg^k pour k∈Nk \in \mathbb{N}, établir que g=Ing = I_n.

  2. Montrer que pour toute norme ∥⋅∥\|\cdot\| sur Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}), il existe un réel r>0r > 0 tel que le seul sous-groupe de GLn(C)GL_n(\mathbb{C}) contenu dans la boule ouverte B(In,r)B(I_n, r) soit {In}\{I_n\}.

  3. On revient au cas où ∥⋅∥\|\cdot\| est une norme d'algèbre. Peut-on améliorer la condition α<1\alpha < 1 ? On montrera que le résultat de la question 1 reste vrai si l'on suppose seulement α<3\alpha < \sqrt{3}.

1.

Pour le (a), remarquer que si g∈Gg \in G, alors pour tout k∈Zk \in \mathbb{Z}, gk∈Gg^k \in G. La suite (gk)k∈Z(g^k)_{k \in \mathbb{Z}} est donc bornée dans Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}).

2.

Pour le (b), si λ=eiθ≠1\lambda = e^{i\theta} \neq 1, on peut trouver un entier kk tel que λk\lambda^k soit "loin" de 11 sur le cercle unité.

3.

Pour le (d), utiliser la formule du binôme pour (In+h)k(I_n + h)^k et raisonner par l'absurde sur l'indice de nilpotence.

4.

Pour la question 2, utiliser l'équivalence des normes en dimension finie.

5.

Pour la question 3, étudier la distance maximale entre 11 et les autres racines de l'unité.

Idées clés

•

Stabilité par passage à la puissance dans un groupe : g∈G  ⟹  ∀k∈Z,gk∈Gg \in G \implies \forall k \in \mathbb{Z}, g^k \in G.

•

Lien entre bornitude d'une suite de matrices et ses valeurs propres.

•

Une matrice dont l'unique valeur propre est 11 s'écrit In+NI_n + N avec NN nilpotente.

•

Croissance polynomiale des puissances d'une matrice non-diagonale.

Résolution.

    1. Soit g∈Gg \in G et λ∈C\lambda \in \mathbb{C} une valeur propre de gg. Puisque GG est un groupe, pour tout k∈Zk \in \mathbb{Z}, gk∈Gg^k \in G. D'après l'énoncé, pour tout k∈Zk \in \mathbb{Z}, ∥gk−In∥≤α\|g^k - I_n\| \leq \alpha, donc par inégalité triangulaire :
      ∥gk∥≤∥In∥+α=1+α\|g^k\| \leq \|I_n\| + \alpha = 1 + \alpha
      La suite (gk)k∈Z(g^k)_{k \in \mathbb{Z}} est donc bornée. Or, si λ\lambda est valeur propre de gg, alors λk\lambda^k est valeur propre de gkg^k. Pour toute norme subordonnée (et par extension pour toute norme par équivalence), le rayon spectral est majoré par la norme. Ici, on a directement ∣λk∣≤∥gk∥≤1+α|\lambda^k| \leq \|g^k\| \leq 1+\alpha. Si ∣λ∣>1|\lambda| > 1, alors ∣λk∣→+∞|\lambda^k| \to +\infty quand k→+∞k \to +\infty, ce qui est exclu. Si ∣λ∣<1|\lambda| < 1, alors ∣λk∣=∣1/λ∣−k→+∞|\lambda^k| = |1/\lambda|^{-k} \to +\infty quand k→−∞k \to -\infty, ce qui est exclu. On en déduit :
      ∣λ∣=1\boxed{|\lambda| = 1}

    2. Supposons λ≠1\lambda \neq 1. On sait que λ=eiθ\lambda = e^{i\theta} avec θ∈]0,2π[\theta \in ]0, 2\pi[. Puisque gk∈Gg^k \in G pour tout k∈Zk \in \mathbb{Z}, l'inégalité ∥gk−In∥≤α\|g^k - I_n\| \leq \alpha impose que pour toute valeur propre μ\mu de gkg^k, on a ∣μ−1∣≤α|\mu - 1| \leq \alpha. En particulier, pour μ=λk\mu = \lambda^k, on doit avoir :
      ∀k∈Z,∣eikθ−1∣≤α<1\forall k \in \mathbb{Z},   |e^{ik\theta} - 1| \leq \alpha < 1
      Or, l'ensemble {eikθ,k∈Z}\{e^{ik\theta}, k \in \mathbb{Z}\} est soit un sous-groupe fini du cercle unité (si θ∈2πQ\theta \in 2\pi \mathbb{Q}), soit dense dans le cercle unité. Dans les deux cas, si θ≠0\theta \neq 0, il existe toujours un entier kk tel que eikθe^{ik\theta} soit dans le demi-plan gauche (par exemple proche de −1-1). Pour un tel kk, ∣eikθ−1∣≥2>1|e^{ik\theta} - 1| \geq \sqrt{2} > 1, ce qui contredit l'hypothèse. L'unique valeur propre possible est donc :
      Sp(g)={1}\boxed{\text{Sp}(g) = \{1\}}

    3. Soit h=g−Inh = g - I_n. Le polynôme caractéristique de gg est χg(X)=(X−1)n\chi_g(X) = (X-1)^n. D'après le théorème de Cayley-Hamilton, on a (g−In)n=0n(g - I_n)^n = 0_n.
      hn=0n\boxed{h^n = 0_n}
      Ainsi hh est nilpotente.

    4. Puisque g=In+hg = I_n + h et que hh et InI_n commutent, on peut utiliser la formule du binôme :
      gk=(In+h)k=∑j=0n−1(kj)hjg^k = (I_n + h)^k = \sum_{j=0}^{n-1} \binom{k}{j} h^j
      Supposons h≠0h \neq 0. Soit p∈{1,…,n−1}p \in \{1, \dots, n-1\} l'indice de nilpotence de hh (tel que hp=0h^p = 0 et hp−1≠0h^{p-1} \neq 0). Alors :
      gk=In+kh+k(k−1)2h2+⋯+(kp−1)hp−1g^k = I_n + k h + \frac{k(k-1)}{2} h^2 + \dots + \binom{k}{p-1} h^{p-1}
      C'est une expression polynomiale en kk dont le coefficient dominant est 1(p−1)!hp−1≠0\frac{1}{(p-1)!} h^{p-1} \neq 0. Il en résulte que ∥gk∥→+∞\|g^k\| \to +\infty quand k→+∞k \to +\infty. Ceci contredit le fait que la suite (gk)(g^k) est bornée (car incluse dans la boule B(In,α)B(I_n, \alpha)). L'unique possibilité est donc h=0h = 0, soit :
      g=In\boxed{g = I_n}

  1. Soit ∥⋅∥′\|\cdot\|' une norme quelconque sur Mn(C)\mathcal{M}_n(\mathbb{C}). On sait qu'en dimension finie, toutes les normes sont équivalentes. Soit ∥⋅∥\|\cdot\| une norme d'algèbre sur cet espace. Il existe C>0C > 0 tel que ∥A∥≤C∥A∥′\|A\| \leq C \|A\|' pour tout AA. D'après la question 1, le résultat est vrai pour la norme ∥⋅∥\|\cdot\| avec α=1/2\alpha = 1/2. Posons r=12Cr = \frac{1}{2C}. Si G⊂B′(In,r)G \subset B'(I_n, r), alors pour tout g∈Gg \in G :
    ∥g−In∥≤C∥g−In∥′<C⋅12C=12\|g - I_n\| \leq C \|g - I_n\|' < C \cdot \frac{1}{2C} = \frac{1}{2}
    En appliquant le résultat de la question 1, on conclut que G={In}G = \{I_n\}.

  2. Reprenons l'argument de la question 1(b). Si λ∈U∖{1}\lambda \in \mathbb{U} \setminus \{1\}, on cherche s'il existe k∈Zk \in \mathbb{Z} tel que ∣λk−1∣≥3|\lambda^k - 1| \geq \sqrt{3}. Soit λ=eiθ\lambda = e^{i\theta} avec θ∈]0,π]\theta \in ]0, \pi]. Cas 1 : θ∈[2π/3,π]\theta \in [2\pi/3, \pi]. Alors ∣λ−1∣=2sin⁡(θ/2)≥2sin⁡(π/3)=3|\lambda - 1| = 2\sin(\theta/2) \geq 2\sin(\pi/3) = \sqrt{3}. L'inégalité est vérifiée pour k=1k=1. Cas 2 : θ∈]0,2π/3[\theta \in ]0, 2\pi/3[. L'arc de cercle {eit,t∈[2π/3,4π/3]}\{e^{it}, t \in [2\pi/3, 4\pi/3]\} a une longueur de 2π/32\pi/3. Comme on "saute" sur le cercle avec un pas de θ<2π/3\theta < 2\pi/3, on est certain de tomber au moins une fois dans cet arc (ou de le "sauter" en atterrissant plus loin, mais ici le pas est plus petit que la fenêtre). Plus rigoureusement, soit k0=min⁡{k∈N∗∣kθ≥2π/3}k_0 = \min \{ k \in \mathbb{N}^* \mid k\theta \geq 2\pi/3 \}. Alors (k0−1)θ<2π/3(k_0-1)\theta < 2\pi/3, donc k0θ<2π/3+θ<2π/3+2π/3=4π/3k_0\theta < 2\pi/3 + \theta < 2\pi/3 + 2\pi/3 = 4\pi/3. Ainsi k0θ∈[2π/3,4π/3]k_0\theta \in [2\pi/3, 4\pi/3], ce qui implique ∣λk0−1∣≥3|\lambda^{k_0} - 1| \geq \sqrt{3}. Conclusion : Si sup⁡g∈G∥g−In∥<3\sup_{g \in G} \|g-I_n\| < \sqrt{3}, alors pour tout λ∈Sp(g)\lambda \in \text{Sp}(g), on doit avoir λ=1\lambda=1. La suite du raisonnement (nilpotence) reste inchangée.

Attention à ne pas oublier de traiter le cas k→−∞k \to -\infty pour montrer que ∣λ∣=1|\lambda| = 1. Si on ne regarde que k∈Nk \in \mathbb{N}, on prouve seulement ∣λ∣≤1|\lambda| \leq 1.